Choisir, tel est le défi auquel est cruellement confronté Emmanuel Macron. Réel défi pour celui qui, sous couvert de modération et de recherche d’équilibre, est convaincu que gouverner repose sur l’apparence de la neutralité et le relativisme, que toutes les positions se valent et qu’elles peuvent toutes être satisfaites


Dans la lettre qu’il adresse le 3 juin dernier aux présidents de l’Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental (CESE), le chef de l’État entreprend de solliciter une fois encore des avis pour penser le monde de l’après Covid-19. L’objectif est d’élaborer « un nouveau dessein français ». La nouveauté n’étant pas un gage de succès, Emmanuel Macron doit d’abord s’atteler à une tâche autrement plus politique : choisir.

Il en appelle à la « concorde nationale », tel Henri IV avec le Pardon royal s’adressant aux Parisiens pour légitimer son pouvoir, tel le Directoire qui baptise Concorde la place parisienne pour réconcilier les Français après la Terreur.  Là où la concorde est nécessaire, c’est qu’il y a eu désunion. Or, s’il est un moment où les Français n’ont pas été désunis et ont fait preuve d’une solidarité exemplaire, c’est bien lors de la pandémie de Covid-19. Il ne semble pas non plus y avoir de désaccords sur les solutions pour penser l’après pandémie : relocalisation en France des industries stratégiques et reconstruction de notre souveraineté nationale. Des solutions conservatrices en somme, qui s’inspirent d’un état d’esprit si bien décrit par le philosophe britannique Roger Scruton : “Les choses bonnes peuvent être aisément détruites mais non aisément créées”.

Et en même temps, il faut trancher

Quels billets blancs le Prince veut-il alors adresser à la Nation ? Choisir, tel est le défi auquel est cruellement confronté le président. Réel défi pour celui qui, sous couvert de modération et de recherche d’équilibre, est convaincu que gouverner repose sur l’apparence de la neutralité et le relativisme, que toutes les positions se valent et qu’elles peuvent toutes être satisfaites. Si la diversité d’opinions, leur expression et leur confrontation sont le gage d’une saine démocratie, gouverner implique nécessairement de décider, trancher, choisir, et donc de renoncer à certaines options. Là est la responsabilité politique. A l’inverse, écrit le penseur Olivier Rey : “Quand les gouvernements prétendent aligner leur politique sur les prescriptions de la science, ils n’assument pas la responsabilité qui leur est propre, et dissimulent leurs choix en simples conséquences de rapports d’expertise.

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Les Français eux, l’ont compris depuis bien longtemps : il n’est point de relativisme qui tienne face à l’évidence, point de tergiversation face aux faits, point d’hésitation face aux leçons à tirer d’une crise qui a révélé au grand jour les failles d’une société ouverte à tous les vents. Il faut poser des actes cohérents. Dès lors, comment comprendre que 300 entreprises françaises se retrouvent aujourd’hui avec des millions de masques invendus, pourtant produits à la demande de l’Etat, et aujourd’hui délaissés au profit de dix millions de masques vietnamiens moins onéreux ?

Sens commun lance une vaste consultation

La crise a réveillé l’instinct de conservation des Français. Il lui faut une traduction politique dont nous voyons se dessiner les contours dans la grande consultation que Sens Commun a lancée “Le conservatisme, un espoir pour la France ?” Les priorités qui se dégagent à ce stade sont très nettes : retrouver notre souveraineté, pas sous la forme d’une impossible indépendance autarcique, mais sous celle de l’autonomie, comme capacité à nous donner nos propres lois sans que des  juridictions supranationales nous imposent les leurs. Valoriser la famille comme le lieu naturel de l’entraide désintéressée. Réhabiliter la frontière comme une limite qui protège.

Le progressisme a fait son temps

Le remède est là, sous nos yeux. Mais il est incompatible avec un “en même temps” progressiste déraciné et mondialisé !

Cette crise a été sanitaire pendant trois mois, elle sera politique, économique et sociale, et même peut-être financière, pendant des années. L’indécision chronique mène à la confusion. Plus grave encore, elle détruit la confiance qui est pourtant à la base du lien qui unit un peuple à ses représentants. La confiance du peuple français en son président repose sur sa capacité à protéger la Nation et ses habitants tout en les menant vers une communauté de destin. Si l’on doit se poser la question de savoir si le conservatisme est un espoir pour la France, nous savons déjà que le progressisme ne l’est plus.

La pirouette du “en même temps” n’a que trop duré. Gouverner, c’est choisir et agir. La France ne peut s’offrir le luxe d’un immobilisme coupable, situation ironique pour celui qui se dit en marche.

Participer à la consultation : Le conservatisme, un espoir pour la France ?