MEMORABILIA

«Le vent de haine qui se lève contre la police ne peut que favoriser l’anarchie»

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TRIBUNE – Jamais les forces de l’ordre n’ont été aussi insultées et menacées par des militants et des idéologues radicaux, alors que policiers et gendarmes sont les garants de notre sécurité, s’inquiète le chroniqueur Édouard Tétreau.

Par Edouard Tetreau
Le Figaro.
11 juin 2020

– La police, c’est la cité. Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais la double étymologie grecque (politeia) et latine (politia) du mot «police». Son expression est intemporelle et universelle: dans pratiquement toutes les langues du monde, elle s’écrit à partir de cette racine. Sans police, pas de cité: aucune société humaine ne peut survivre sans elle, sans ce «gouvernement de la cité».

 

La police, c’est le dernier rempart de la République. L’image est bonne: elle ne cesse d’être assiégée par les barbares qui veulent détruire notre gouvernement comme notre société humaine. Les barbares sont connus: ce sont les lâches terroristes du Bataclan, arrêtés par le courage d’un commissaire bravant l’indécision de sa hiérarchie, rentrant dans la salle avec son arme de poing face aux Kalachnikov des djihadistes. Celui, innommable, qui égorgea le commandant de police Jean-Baptiste Salvaing et sa compagne fonctionnaire de police, Jessica Schneider, sous les yeux de leur enfant de 3 ans, dans leur pavillon de Magnanville. Et celui qui égorgea, de sang-froid, ses quatre collègues de la Préfecture de police le 3 octobre 2019.

Mais les barbares ne se limitent pas aux islamistes. Outre le grand banditisme et la petite et moyenne délinquance – dont on peut craindre qu’une partie des 14.000 détenus libérés d’un coup grâce au Covid (un sixième des détenus en France, du jamais vu) vienne grossir les rangs -, la police doit faire rempart face aux assauts répétés, de plus en plus violents et organisés, des forces insurrectionnelles voulant prendre le pouvoir par la force. Les black blocs et autres milices de l’ultragauche violente. Les enfants de 1793 fascinés par le sang. Les zadistes spécialistes des zones à détruire. Les théoriciens français de la guérilla urbaine et les admirateurs de livres tels que L’Insurrection qui vient (La Fabrique, 2007), courageusement anonyme, où on lit: «L’offensive visant à libérer le territoire de son occupation policière est déjà engagée, et peut compter sur les inépuisables réserves de ressentiment que ces forces ont réunies contre elles.»

Nous y sommes.

Le vent de haine, la tempête de mépris qui se lève aujourd’hui contre les 145.000 policiers et 99.000 gendarmes de France sont inouïs, et n’ont pas d’équivalent dans notre histoire. Ils constituent une première victoire des barbares et des forces d’insurrection qui cherchent à déstabiliser le pays ; à détruire son rempart.

Ces dix dernières années, plus de 750 policiers et gendarmes se sont donné la mort, épuisés par leur mission et le manque de reconnaissance d’une nation oublieuse de celles et ceux qui la servent jusqu’au bout. Jusqu’au sacrifice 

Où est le crime des forces de l’ordre? Entre 2014 et 2018, 97 policiers et gendarmes sont morts en service pour nous protéger. Ils encaissèrent, au cours de la même période, 95.277 coups et blessures.

Les accuse-t-on de ne pas être assez contrôlés ou sanctionnés? En 2019, l’IGPN a déclenché 1460 enquêtes pour violences et procédé à 276 poursuites disciplinaires: difficile d’être davantage sous tutelle. Sont-elles trop payées, avec un salaire médian autour de 2500 euros? Abusent-elles de leurs armes, alors qu’on s’ingénie à les désarmer (LBD, pistolet électrique, interdiction de techniques d’immobilisation) quand l’argent de la drogue permet aux barbares de détenir des armes de plus en plus lourdes?

Ou bien n’obéissent-elles pas assez aux injonctions des voyous qui leur hurlaient à la figure, pendant les dernières manifestations de «gilets Jaunes»: «Suicidez-vous» ? Ces dix dernières années, plus de 750 policiers et gendarmes se sont donné la mort, épuisés par leur mission et le manque de reconnaissance d’une nation oublieuse de celles et ceux qui la servent jusqu’au bout. Jusqu’au sacrifice.

L’affaire Traoré est toujours en cours d’instruction après une demi-douzaine de contre-expertises. Qui oserait proclamer aujourd’hui la vérité sur cette affaire? En attendant, on peut encore écrire, dans ce pays de la liberté d’expression, deux vérités. D’abord, que deux des trois gendarmes ayant procédé à l’interpellation étaient d’origine antillaise. L’accusation si facile de racisme des forces de l’ordre est ici ridicule. Ensuite, sans accabler une famille éprouvée par le deuil, on rappellera que plusieurs de ses membres ont été condamnés à des peines de prison ferme.

Les forces de l’ordre méritent non seulement d’être applaudies tous les soirs, à l’instar des soignants qui eux aussi se battent pour nous, mais également d’être enfin dirigées, réorganisées et encouragées par une personnalité forte, digne d’elles 

Oui, la police et la gendarmerie françaises doivent faire face à un niveau de barbarie et de violences croissant: celui d’une société française qui change à grande vitesse et dont un nombre important de ses membres s’éloigne chaque jour davantage de ce que George Orwell appelait la «common decency».

Est-il indécent de réclamer au président de la République la démission du ministre de l’Intérieur, qui préfère mettre «un genou à terre» plutôt que de travailler à réorganiser un ministère délabré et à défendre ceux dont il a la charge? Un ministre fébrile au point de mettre l’émotion «au-dessus des règles juridiques» n’a rien à faire dans un gouvernement, encore moins Place Beauvau.

Lorsqu’il prendra ses fonctions, le successeur de M. Castaner pourrait par exemple commencer par se rendre à la brasserie du Zimmer, place du Châtelet, à Paris, et déposer une gerbe à la mémoire d’Edmond Dubent et Charles-Henri Porte, cofondateurs de ce réseau de résistance de la police parisienne pris par la Gestapo. Les forces de l’ordre méritent non seulement d’être applaudies tous les soirs, à l’instar des soignants qui eux aussi se battent pour nous, mais également d’être enfin dirigées, réorganisées et encouragées par une personnalité forte, digne d’elles. Digne d’un Clemenceau. Digne de la République, qui est l’autre traduction littérale du mot latin politia.

 

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