MEMORABILIA

Malaise dans les rangs de la police : “Franchement, on a tous envie d’arrêter”

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Valeurs actuelles.
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– Dégoûtés par les sorties du ministre de l’Intérieur, les flics confient leur crainte de ne plus pouvoir exercer leur métier. Et s’attardent sur un point que personne ne semble vouloir évoquer : la violence à laquelle ils sont confrontés, eux.

Ils étaient en patrouille lorsqu’ils ont entendu Christophe Castaner au micro de Jean-Jacques Bourdin. « Etant donnée la gifle qu’on s’était prise la veille avec ses annonces, on imaginait pas qu’il puisse aller plus loin », entame un jeune flic de la banlieue parisienne. Et pourtant, ce matin-là, le ministre de l’Intérieur lâche une phrase qui ne passe pas du tout : « Les manifestations ne sont pas (autorisées) dans les faits car il y a un décret du premier ministre dans le cadre de la deuxième phase du déconfinement qui interdit les rassemblements de plus de dix personnes. Mais je crois que l’émotion mondiale, qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent. »

Pour les délinquants, l’émotion surpasse donc la loi, les flics n’en reviennent pas. La veille, à leur sujet, le même ministre parlait de tolérance zéro. De quoi parfaire l’exaspération d’une profession déjà fatiguée. « Dans un pays normal, Assa Traoré aurait été placée en garde-à-vue pour organisation de manifestation illégale ! Au lieu de ça, le ministre de l’Intérieur l’excuse et celui de la Justice l’invite à prendre le café, on est chez les fous sérieusement », poursuit un commissaire. Pour beaucoup de policiers et de gendarmes, cela va « encore et toujours dans le sens des délinquants ».

Le jeu dangereux du ministre de l’Intérieur

La veille, Christophe Castaner détaillait ses annonces concernant la police. D’abord, sur le racisme. Le ministre a proposé la suspension en cas de « soupçon avéré » de racisme. Son bras droit Laurent Nunez a précisé un peu plus tard qu’il s’agissait en réalité de « cas avéré ».

Les policiers sont sous le choc : « si c’est un soupçon avéré, il faudra nous expliquer le concept; si c’est un cas avéré, ils sont déjà punis. De la com, sur le dos des policiers comme toujours », s’emporte un flic présent sur le terrain depuis 20 ans.

« C’est bien la peine d’expliquer pendant une semaine que la police n’est pas raciste pour finir avec ce genre de déclaration. S’il croit que cela va acheter la paix avec qui que ce soit…». Ils sont nombreux à s’agacer des discours à répétition sur le sujet, et des discussions interminables sur les contrôles « au faciès ».

Le danger, c’est de laisser croire à la population que des hommes sont arrêtés en France parce qu’ils sont noirs ou arabes. « Une semaine plus tôt, tout le monde condamnait les propos de Camélia Jordana, et voilà que le gouvernement lui-même se met à jouer la même petite musique ! », s’alarme un autre commissaire de banlieue.

Il s’empresse d’expliquer la situation : « on contrôle lorsqu’il y a infraction ou sur mandat d’un procureur : les contrôles sont bien plus fréquents dans les zones criminogènes. Nous ciblons les contrôles pour empêcher la délinquance, mais nous ne choisissons pas la population à laquelle nous sommes confrontés dans ce cadre. »

Sur le terrain, un autre flic enchaîne : « on arrête beaucoup moins de femmes aussi, cela veut dire qu’on déteste les hommes c’est ça ? » Lui tient surtout à préciser qu’au sein de la police, la diversité est plus que représentée : « vous savez, les vendus… ». Entre colère et amertume, la coupe semble pleine.

La dure réalité du quotidien policier

Mais Christophe Castaner ne s’est pas arrêté là : il a également annoncé le renforcement de l’usage des caméras piétons ainsi que la fin de la technique de l’étranglement. Sur le premier point, la réaction est unanime : « on veut bien nous, mais on nous file du matos qui ne tient pas la route. On a deux heures d’autonomie, rien de plus ! » Depuis que toutes leurs interventions sont immédiatement filmées sur le terrain, souvent par les délinquants eux-mêmes, les policiers sont de plus en plus favorables à l’usage de ces caméras.

« Les donneurs de leçons des plateaux télé ou des ministères vont enfin découvrir ce qu’est la réalité de notre quotidien, de nos interventions, de la violences qu’on essuie et des insultes qu’on se prend dans la gueule », entame un policier d’Evry. C’est justement là que se sont rendus Edouard Philippe et Christophe Castaner mardi matin, quelques heures après les propos du second. « Qu’ils viennent plutôt dans une voiture avec nous, le soir, pour se rendre compte. Parce qu’à neuf heures du matin, je ne sais pas trop ce qu’ils cherchent à comprendre. Auraient-ils peur ? », poursuit l’un de ses collègues.

Qui dit intervention, dit technique d’interpellation. L’étranglement, c’est fini. Là encore, les policiers sont agacés. « C’est encore de la com, le mot fait peur alors on le jette en pâture sans explication comme si nous étions des sauvages… La vérité, c’est que cette interdiction va mettre en péril notre sécurité en intervention pour apaiser la colère sociale qui couve, calmer les politiques et les bien-pensants assis dans leur fauteuil cossu ».

Comme dans le cadre d’un match de football, les pros sont sur le terrain, pendant que d’autres commentent depuis leur canapé. Ce qu’ils racontent tous est pourtant simple à comprendre ; la technique en question ne s’utilise qu’en cas de rébellion, de violences, ou de disproportion réelle entre le gabarit de la personne interpellée et du policier qui est en face. « Il faut que les gens comprennent qu’on utilise cette méthode pour éviter les contacts violents, précisément », tient à préciser l’un d’eux. Sans ces outils de force intermédiaire, les policiers n’auront plus que deux choix : laisser faire ou aller au contact. Pas sûr que la perspective soit réjouissante, d’autant que la violence est grandissante dans certains quartiers.

Pour nous, l’émotion ne compte pas. Elle n’existe pas

Le soir même, quelques policiers se trouvaient à l’entrée de la cité des 3000, à Aulnay. Des voitures ont commencé à brûler et les policiers ont donc fait leur compte-rendu. Une réponse : interdiction d’intervenir. « Quand on en arrive à nous demander de laisser cramer, on se demande pourquoi on continue à faire ce métier. Ça devient de plus en plus fréquent en réalité, les politiques ont peur. C’est clair qu’on commence à être vraiment dégoûtés », résume sobrement l’un de ceux là. Les flics ne sont pas les seuls à se sentir abandonnés : la population de ces cités aussi.

Sans compter le message qui est envoyé aux délinquants eux-même : toujours plus d’impunité de leur côté. Sur le terrain, les gamins sont embauchés dans le trafic de drogue. Quand la police intervient, il n’est pas rare désormais que ces enfants évoquent leur couleur de peau pour éloigner la police. « Vous vous rendez compte ? Ils sont tout simplement entrain de rendre notre métier impossible ». 

Ailleurs dans le 93, un commissaire ne trouve même plus la force de commenter la situation. Il côtoie la délinquance quotidiennement, mais tient simplement à préciser qu’il tient « les politiques pour seuls et uniques responsables de tout ça ».

Un de ses hommes conclut : « Personne ne réalise la violence à laquelle nous sommes sans cesse confrontés, notamment dans les quartiers que tout le monde appelle perdus sans avoir l’air de comprendre ce que ça veut dire. Crachats, insultes, caillassages, coups et parfois même la mort… Mais pour nous, l’émotion ne compte pas. Elle n’existe pas. Franchement, on a tous envie d’arrêter. »

 

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