MEMORABILIA

«Nos ministres ont peur et mettent un genou à terre devant des activistes»

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Affaire Traoré: 

TRIBUNEAncien secrétaire général du Conseil constitutionnel de 1997 à 2007, Jean-Éric Schoettl porte une appréciation sévère sur l’attitude de Christophe Castaner et de Nicole Belloubet.

Par Jean-Eric Schoettl

Le Figaro 11 juin 2020.

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– Affaires Zyed et Bouna, Théo, Leonarda, Mila, aujourd’hui affaire Traoré. Lorsque la France est accusée de racisme, le réflexe conditionné de nos élites pensantes et dirigeantes est constant: plaider coupable. Elles n’ont pas attendu l’épisode en cours pour mettre le genou à terre en signe de contrition. Leurs génuflexions physiques ou morales ont toujours la même signification: avouer la faute collective d’un État, d’une société, d’une mentalité majoritaire, coupables d’avoir colonisé, asservi, humilié telle ou telle minorité.

 

Tétanisés par les accusations lancées contre la France par les exaltés de l’identité offensée, nos dirigeants y répondent par l’autoflagellation. Nous sommes coupables en effet, mais daignez considérer la sincérité de notre repentir.

Bourgeois de Calais d’un nouveau genre, c’est la corde au cou qu’ils espèrent amadouer un mouvement identitaire (Indigènes de la République, décoloniaux, groupes islamo-gauchistes et communautaristes) qui a, depuis longtemps, remplacé un racisme par un autre. Les mots d’ordre des manifestations actuelles visent en effet non pas à extirper le racisme qui pourrait infecter ici et là certains agents de l’État, mais à dénoncer un «racisme d’État» que les militants de la diversité opprimée estiment structurel.

Pour les identitaires, lutter pour l’égalité des droits et l’intégration, comme le faisait un Martin Luther King, est une perte de temps et un piège du néocolonialisme. Le racisme est, pour eux, consubstantiel à notre État, à notre Histoire, à notre mémoire. Ce sont ces derniers qu’il faut détruire afin qu’advienne un monde nouveau. Le dessein des identitaires n’est pas de mettre fin au racisme, mais d’inverser le rapport de domination qui, dans leurs fantasmes, explique seul l’inégalité des conditions. Les idiots utiles qui leur servent de caution intellectuelle en feraient évidemment les premiers frais.

C’est à ce manichéisme que font crédit nos dirigeants au nom de ce qu’ils croient être un devoir d’empathie et d’humanisme.

Peu importent les expertises, les années écoulées et les états de service de la famille Traoré. Il faut aux activistes de l’identité un martyr à l’image de George Floyd 

Au lieu de réaffirmer les valeurs de la République et de faire acte d’autorité, voici un ministre de l’Intérieur qui désavoue ses propres troupes. Qui les désarme en leur interdisant des techniques d’interpellation dont il présuppose apparemment par avance qu’elles feront un usage abusif. Qui semble renoncer même à faire respecter l’ordre public face à des manifestations parfaitement illégales en ces temps de distanciation physique, mais rassemblant les activistes de la Bonne Cause.

Voici une garde des Sceaux priant en son ministère les proches d’un délinquant dont le décès à la suite d’une interpellation, il y a quatre ans, a été reconnu par une dizaine d’expertises comme non imputable à l’action de la gendarmerie. Mais peu importent les expertises, les années écoulées et les états de service de la famille Traoré. Il faut aux activistes de l’identité un martyr à l’image de George Floyd. Faute de mieux, Adama Traoré fera l’affaire.

À la différence d’Édouard Philippe, qui tient un discours conforme à sa fonction, les deux ministres nous diront qu’ils tiennent compte de la légitime émotion de ceux qui «ne peuvent que s’identifier» aux victimes afro-américaines de la brutalité policière qui sévit outre-Atlantique.

Et c’est bien là que le bât blesse: est-ce leur rôle à eux, ministres de la République, d’essentialiser une émotion, surtout lorsqu’elle est génératrice de discorde et dirigée (par un amalgame qui en dit long sur le racisme inversé pratiqué par les groupes identitaires) contre cette République que le gouvernement est censé protéger?

Comme on voit depuis une quarantaine d’années, pareille complaisance, sous prétexte d’apaiser, ne fait qu’accentuer la pugnacité des activistes, en leur assurant non seulement l’impunité, mais encore la considération de la République.

Pareille complaisance ne peut que dérouter – et pousser vers le populisme – la majorité de nos concitoyens. Ces derniers, à juste titre, ne se sentent aucunement complices des torts causés par l’Histoire aux minorités.

L’esclavage n’est pas de leur fait, et il n’est d’ailleurs pas une exclusivité occidentale. N’est-ce pas l’Occident qui l’a aboli le premier? Et on ne sache pas que la France contemporaine module les droits et obligations de ses résidents selon l’origine ethnique ou fasse preuve de mollesse dans la répression des discriminations.

Pour eux, la laïcité à la française est soit à dénoncer comme pavillon de complaisance d’une xénophobie crypto-coloniale, soit à édulcorer au nom du « vivre ensemble » 

Mais peu importe la réalité du racisme, de la xénophobie ou de «l’islamophobie» pour les ultras de l’identité. Il n’y a pas que pour Trump que les faits sont des opinions comme les autres. Pour les identitaires, le racisme est systémique. Il a toujours «été déjà là». C’est leur acte de foi. Nier que le racisme soit consubstantiel à la société occidentale, c’est en être complice. C’est, à leurs yeux, incarner l’ennemi dans cette guerre civile larvée qu’ils mènent sur les campus et dans certains quartiers.

Pour les tenants du racialisme, le rapport de domination est d’autant plus inexpiable qu’il prend les traits de l’universalisme. À cette aune, aucune expiation ministérielle ne suffira jamais.

Ainsi, pour les nouveaux progressistes, la statue de Victor Schoelcher est à déboulonner car abolir l’esclavage, lorsqu’on est blanc, c’est encore faire acte de domination. Pour eux, la laïcité à la française est soit à dénoncer comme pavillon de complaisance d’une xénophobie crypto-coloniale, soit à édulcorer au nom du «vivre ensemble». La première attitude reflète la tendance dure du néoprogressisme, la seconde son versant Bisounours.

 

C’est à cela que souscrit, plus ou moins confusément, par un mélange de dogmatisme, de sensiblerie et de mimétisme, tout une partie des élites pensantes et dirigeantes françaises, bien représentée dans les institutions, et plus particulièrement dans celles qui font profession de promouvoir les droits de l’homme.

C’est à cela que cèdent des membres de l’exécutif qui devraient se souvenir que leur première tâche est de servir l’État et la nation et non de concourir à les couvrir d’opprobre.

 

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