MEMORABILIA

Confinement, masques, chloroquine… Un médecin accuse !……

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EXCLUSIF – Le professeur Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches, ne retient pas ses coups dans un livre choc qu’il publie. Il a accordé un grand entretien au Figaro Magazine.

12 juin 2020
Le Figaro.
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Alors que le parquet de Paris ouvre une enquête pour «homicide involontaire» sur la gestion de la crise du Covid-19, le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches et longtemps président de la Commission spécialisée Maladies Transmissibles du Haut Conseil de santé publique, ne retient pas ses coups dans un livre qu’il publie.

 

Votre livre est sans pitié pour le Conseil scientifique, qui a piloté la crise du Covid-19, mais aussi pour le gouvernement. Tous les pays n’ont-ils pas été pris par surprise?

Il était impossible de prévoir l’ampleur de cette pandémie. Mais il fallait être prêt, et nous avions les moyens de l’être depuis longtemps. Or, nous ne l’étions pas: ni du point de vue de la logistique ni du point de vue de la doctrine sanitaire.

Vous-même, n’avez-vous pas été pris de court?

Tous les médecins spécialistes des maladies infectieuses savent que l’on est toujours surpris. Cela a été beaucoup dit, et à juste titre. J’ai dit, dès le mois de février, que cette épidémie ne serait pas une grande tueuse, mais qu’il y aurait beaucoup de victimes parmi les personnes à risque. Finalement, c’était à peu près ça. Il suffisait de regarder ce qu’il se passait en Chine!

Dans votre livre, vous dites avoir fait confiance à Jérôme Salomon quand il a été nommé directeur général de la santé. Pourtant, vous l’essorez. Avez-vous un compte à régler avec lui?

Non. Au départ de cette histoire, je n’ai rien contre lui, bien au contraire! Il a été médecin dans mon service et j’ai poussé sa nomination comme professeur. Je le connais bien: il est carré, méticuleux, il aime les procédures solides. Je lui faisais confiance. Nous avions de bons souvenirs, par exemple quand nous nous étions retrouvés dans le bureau de Didier Raoult, il y a quelques années, et que «Raoult-dieu» a condescendu à nous faire un cours magistral. Nous étions très flattés qu’il nous considère, nous, pauvres terriens…

Le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale avait rédigé un avis estimant inutiles ces réserves importantes de masques

Vous ironisez sur Didier Raoult, mais aujourd’hui vous êtes de son côté.

Ces trois mois de confinement nous ont rapprochés. Ses méthodes sont rigoureuses.

Qu’en est-il de Jérôme Salomon, en quoi vous a-t-il déçu?

J’ai été troublé, puis consterné par ses choix opérationnels. Après l’interview d’Agnès Buzyn accordée au Monde, nous avons appris qu’elle aurait alerté le directeur général de la santé dès le 20 décembre d’un risque de pandémie potentiellement sérieuse. Pendant tout le mois de janvier, la pression est montée. Et il n’a pas bougé. Il a laissé venir. Et c’est seulement le 30 qu’il se réveille, pour ne commander que 1,1 million de masques, à savoir une quantité dérisoire.

Vous dites que Salomon appréciait les procédures. Y en avait-il une sur l’approvisionnement en masques?

Je peux vous répondre, à titre personnel, que oui, il y en a longtemps eu une. Le 1er juillet 2011, je présidais la Commission des maladies transmissibles du Haut Conseil de la santé publique et nous avions rédigé les recommandations officielles qui insistaient sur l’importance d’un stock constant. J’ai appris ensuite que le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale avait rédigé ultérieurement un avis contraire, estimant inutiles ces réserves importantes de masques. Jérôme Salomon a suivi cet avis quand il était conseiller de Marisol Touraine au ministère de la Santé pendant le quinquennat Hollande.

Il n’y avait donc pas de procédure claire!

En effet, une forme de cohérence épidémiologique s’est perdue en chemin. J’avais dit, dès 2011, qu’il ne fallait pas baisser la garde sous prétexte qu’on avait surréagi, en 2009, à l’épidémie de H1N1. Nous avions surestimé sa gravité. Ce n’était pas parce que les choses s’étaient bien passées cette fois-ci qu’il fallait renoncer à des mesures de précaution très classiques.

Pourquoi Jérôme Salomon ne l’a-t-il pas aussitôt corrigée une fois aux responsabilités avec Emmanuel Macron ?

Revenons à Jérôme Salomon. Il ne renouvelle pas les stocks sous le quinquennat Hollande, mais, en 2017, il rédige un courriel à Emmanuel Macron, dont il est le conseiller «santé» pendant la campagne présidentielle, dans lequel il le met en garde contre l’absence de masques…

Oui, c’est très bizarre. S’il avait pris conscience de l’erreur commise pendant le quinquennat Hollande, pourquoi ne l’a-t-il pas aussitôt corrigée une fois aux responsabilités avec Emmanuel Macron? Bien au contraire, il laisse les stocks en l’état. Puis il est alerté dès le 20 décembre, comme l’affirme Agnès Buzyn. Et il attend quarante jours avant de passer une commande très insuffisante. Il n’a pas pris les précautions auxquelles on aurait pu s’attendre.

Le retard à l’allumage n’a pas seulement concerné les masques, mais aussi la fabrication des tests capables de diagnostiquer le Covid-19. Là aussi, la chaîne de commandement est apparue très grippée…

C’est le moins que l’on puisse dire. La comparaison avec Angela Merkel est cruelle. Quand elle autorise immédiatement la fabrication décentralisée des tests par tous les laboratoires du pays, nous refusons de faire confiance aux laboratoires privés ou publics et attendons des autorisations administratives d’un autre âge. Depuis quelques années, les circuits de décision se sont complexifiés. Je l’ai vécu en direct en recevant le mail d’un Français, ex-directeur export pour l’équipement des hôpitaux, travaillant avec le Vietnam, qui était adressé au Conseil scientifique Covid-19, avec copie à la Direction générale de la santé (DGS).

Il proposait l’importation de millions de masques en tissu homologués qui avaient fait merveille au Vietnam, pays où il n’y a eu aucun décès de Covid-19. La chef de cabinet de la DGS l’a éconduit sous prétexte qu’il s’agissait de masques dits «alternatifs» et a botté en touche vers la Direction générale des entreprises (DGE). Choqué, il les a relancés en soulignant leur efficacité. La DGE a répondu que ses messages allaient être «orientés vers le pôle en charge du sourcing des masques en tissu ; ce pôle déterminera la suite à y donner». La semaine suivante, il propose des tests pas chers, homologués par l’OMS et Singapour. Jérôme Salomon lui répond: «Merci, transmis à la cellule tests.»

Au fond, vous reprochez à l’État de s’être rabattu sur ce qu’il fait hélas bien souvent de manière caricaturale: son administration spécialisée en tamponnage d’autorisations réglementaires…

En effet. La campagne d’achat de masques et de tests a été tout aussi maladroite. L’administration n’a pas compris que les Chinois n’acceptaient que le paiement cash. Ils ont cru que leur signature suffisait. Il ne faut pas s’étonner que des cargaisons lui soient passées sous le nez. Et pendant ce temps-là, des hypermarchés achetaient des masques sans problème.

Vous publiez ce livre au moment où de nombreux Français auraient envie de tourner la page. Il y a eu de nombreuses approximations, mais la pandémie a été jugulée. Est-ce le moment de relancer la polémique?

On aurait pu, on aurait dû beaucoup mieux faire. Je ne le dis pas en commentateur spécialisé dans le «y a qu’à, faut qu’on». Je le dis parce que je connais le système de l’intérieur. On aurait dû passer des commandes dans tous les domaines beaucoup plus vite. La prise de décision, je le raconte avec une certaine ironie dans mon livre, a été erratique. A-t-on fait «la guerre», comme l’a demandé le Président? Non, on a juste édifié une nouvelle ligne Maginot!

Le dossier «chloroquine» vous met particulièrement en colère…

Rien ne nous empêchait de faire confiance à la chloroquine, un traitement qui paraissait prometteur et dont on connaissait très bien les contre-indications. Le Portugal, l’Italie, la Grèce, le Maroc, des pays d’Europe de l’Est et les États-Unis en ont commandé massivement. Si on veut comparer les résultats, on peut le faire entre deux pays voisins et similaires: l’Espagne, qui n’a pas choisi de recommander la chloroquine, et le Portugal, qui l’a recommandée dès le début.

La chloroquine ne rapporte plus rien et n’intéresse pas Sanofi

Pensez-vous que de l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait permis de réduire le nombre de morts?

J’en suis convaincu. Il était criminel de ne pas la prendre au sérieux, alors qu’on savait par la Chine et par les résultats, certes insuffisants au début, de Raoult, qu’elle était efficace. Encore fallait-il l’administrer de la bonne manière. J’ai été sidéré par le nombre d’études bidon qui étudiaient ses effets dans des conditions défiant tout bon sens. Le scandale de l’étude conduite par le Lancet en est une dernière illustration. On ne dit pas assez que ces revues laissent bien trop souvent passer des papiers à la méthodologie douteuse, qui servent en général les intérêts des grands laboratoires. Mais l’étude anglaise Recovery n’est pas non plus satisfaisante, les doses d’hydroxychloroquine sont beaucoup trop fortes, et les résultats ne sont pas publics.

Vous accusez nombre des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents. L’air du «tous pourris», air connu!

Je connais le règlement intérieur du Haut Conseil. Plusieurs médecins n’auraient pas dû participer à la délibération sur la chloroquine. Rien n’a été fait dans les règles. Les procédures accélérées existent, mais elles sont sous contrôle. Le professeur Franck Chauvin a rendu deux avis bâclés. Pas de vote, pas de déclaration d’intérêt: ce n’est plus le Haut Conseil que j’ai connu.

Pourtant, la chloroquine est un médicament tricolore, produit par Sanofi…

Il ne rapporte plus rien et n’intéresse pas Sanofi. En revanche, les laboratoires concurrents ont tenté de promouvoir d’autres médicaments. Et le Conseil scientifique les a souvent mis en avant. L’étude Discovery, une autre mascarade, n’a introduit la chloroquine qu’en dernière minute.

Vouloir faire de la science pure et dure sur une infection qui galopait et qui tuait les plus fragiles était totalement à côté de la plaque !

Il est vrai que l’étude Discovery, dont vous rappelez les inconséquences, n’a même pas accouché d’une souris de laboratoire…

Pour qu’elle aboutisse, il aurait fallu trouver des milliers de patients cobayes. Nous savions que ces cohortes gigantesques ne pourraient jamais être constituées. A fortiori, en associant d’autres pays européens, c’était ubuesque. Et cela n’aurait été possible qu’en prenant beaucoup de temps. Mais ils ont prétendu la conduire au pas de charge. Vouloir faire de la science pure et dure sur une infection qui galopait et qui tuait les plus fragiles, comme s’il s’agissait d’une maladie chronique à évolution lente, était totalement à côté de la plaque!

C’est un de vos combats, partagé avec Didier Raoult: le refus des dérives de «la médecine par la preuve», qui réduit à peu de choses l’expérience du médecin…

Nous avons vécu dans les années 1970 la montée en puissance des partisans d’une médecine qui serait entièrement validée par des vérifications exhaustives sur des groupes importants de patients. Or, une étude avec tirage au sort («randomisée») coûte très cher. C’est pourquoi elle est souvent payée par l’industrie pharmaceutique. Vous voyez bien le risque. Cela ne veut pas dire qu’il faut s’en passer, mais utilisons-les avec discernement!

Vous aimez bien les causes perdues: il y a quelques années vous avez mené un autre combat pour la reconnaissance de la maladie de Lyme. Toutes les autorités médicales connues, en France et aux États-Unis, vous ont attaqué – même Didier Raoult à l’époque. Vous recommencez avec la chloroquine. Avez-vous juré d’en découdre avec la terre entière?

J’ai écrit un livre pour expliquer ce combat. Je dirais seulement deux choses: avec des experts de plusieurs pays, nous avons dénoncé aux Nations unies la violation des droits de l’homme que représente la non-reconnaissance de la maladie de Lyme chronique, ainsi que les conflits d’intérêts majeurs d’experts du Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), et personne n’a contesté. C’est une forme d’aveu. J’ajoute à cela qu’un livre vient d’être publié aux États-Unis à ce sujet, qui me donne enfin raison.

Vous vous moquez des avis contradictoires et des commentaires évasifs du Pr Delfraissy. Que ce dernier, ou d’autres, répète qu’il ne sait pas, et qu’il change d’avis, c’est au fond assez honnête. Ce virus était très imprévisible…

Ce n’est pas parce qu’ils n’avaient pas de certitudes qu’ils ne pouvaient pas prendre certaines mesures énergiques. Ils ont immobilisé toute la France et gravement mis en péril l’économie. J’étais hostile au confinement total, jusqu’au moment où il n’a pas été possible de faire autrement. Mais, justement, on aurait pu éviter cela. Cette pandémie ne touchait pas la population active ou les jeunes – contrairement à H1N1, en 2009 -, mais les populations âgées ou fragiles.

S’ils avaient fait des tests au lieu d’attendre. S’ils avaient eu les masques, ils auraient isolé les Ehpad, les patients fragiles et les malades infectés. C’était possible et ils ne l’ont pas fait.

Pourtant, à les entendre, ils sont très contents d’eux. C’est aussi cela que je dénonce, leur autosatisfaction!

 

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5 Replies to “Confinement, masques, chloroquine… Un médecin accuse !……”

  1. Bravo d eclaicir toutes les infos bidons que l on peut lire c est fascinant d ecouter quelqu’un qui sait de quoi il parle bravo Professeur ainsi qu au Professeur RAOULT vous êtes des dieux pour le peuple merci a vous

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    1. C’est étonnant, on traite de dieu des professionnels qui tout simplement font leur métier, pour lequel ils ont été formés et sont payés pour le faire. Par contre il faudrait révéler tous ceux qui pantouflent dans les hautes sphères de l’administration, grassement payés à ne rien faire, voire même être dangereux par leur manque de professionnalisme.
      Le pire, c’est de voir que le problème est identique dans tous les corps du service public, pas que la santé !!

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  2. Tant d honnêteté d objectivité et de sincérité dans cet interview à l image de ces médecins qui ont été empêchés de soigner..
    Merci pour ca pr perrone
    Et que de nombreuses voix continuent à s élever car oui
    Des vies auraient pu être épargnées et ce n est pas pardonnable

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  3. Je suis de tout cœur avec vous et toute l’équipe du Professeur Raoult,
    Grace à vous nous avons compris beaucoup des choses, encore merci pour votre courage, continuer comme ça, nous avons besoin de gens comme vous.
    Merci,

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