MEMORABILIA

« Le lent remplacement »

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par: Mael Pellan

L’Incorrect,  12 juin 2020.

Le lent remplacement

 

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– On ne peut pas être conservateur et vivre dans une ville. Non ! Notamment en France ! Car une ville c’est l’éternel changement. Le lent remplacement. Regardez votre quartier : habité originellement par des artisans de telle ou telle corporation. Puis par les déracinés des campagnes voisines. Et aujourd’hui par des exotiques de toutes les smalas.

Une ville française, c’est ça de nos jours. Il n’y a aucune constance. Un habitant en remplace un autre. Une communauté vient à la suite d’une autre. Les quartiers changent d’identité tous les 20 ans. Et aujourd’hui, la gentrification des centre-villes et la babouchisation des périphéries accélèrent le processus.

Il y a pourtant des villes aux communautés enracinées. Ailleurs en Europe. Belfast, Derry, Glasgow, Sarajevo. Un catholique républicain irlandais qui naît à Ardoyne, dans le nord de Belfast, aura toutes les chances d’y rester toute sa vie et de voir ses enfants y rester. Et les enfants de ses enfants. Et toutes les personnes autour de lui seront des catholiques républicains. Il vivra pratiquement dans un cercle fermé. Depuis la dernière guerre, il était de coutume de voir cela comme un enfermement. Il fallait une société ouverte. Depuis quelques années, la communauté est redevenue la sécurité. La libération. Mais en France, rien de cela n’existe pour la population autochtone urbaine. L’urbain, c’est le renouvellement permanent. Comme ces immeubles qui durent quoi… 20, 30 ans ? Qu’on démolit pour en construire un autre à la place. Eh bien, c’est la même chose pour les Français des classes laborieuses urbaines.

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On déconstruit leur corpus de valeurs et on les pousse vers la sortie. Que d’autres et d’autres valeurs prennent leurs places. Car s’il existe une communautarisation des villes en France, ce n’est plus qu’une communautarisation du face-à-face. Entre eux et nous. Et si « eux » sont de plus en plus soudés par les nationalismes ethnico-religieux (turcs) ou ethnico-commerciaux (chinois) de l’exil ou, tout simplement, l’Oumma (tous les autres), « nous » sommes de plus en plus éclatés. Lecteur urbain, regarde dans ton immeuble. Dans ce métro où tu te trouves. Qui te ressemble vraiment ? Entre les Maliens du 3e et le couple d’écolos no-déchets du troisième siège à droite, c’est un peu la cour des miracles dans la tour de Babel, non ? C’est pourtant devenu ta vie, ton environnement. Et, plus grave, celui de tes gosses. Tu pourras les emmener à l’église Saint-Pie X trente fois par jour si tu veux, ils n’échapperont pas au poids de leur environnement social. Et n’auront aucune racine.

 

Le conservatisme est une idéologie qui ne peut s’appliquer que dans un environnement conservé. Où il y a une permanence.

Car comment peut-on être enraciné, conserver ses traditions, ses valeurs quand personne ne te ressemble autour de toi ? On ne conserve et on ne transmet qu’au sein d’une communauté. Dans un endroit où l’on a son nom sur le monument aux morts, ses ancêtres au cimetière et ses enfants à l’école. Les milieux conservateurs ou identitaires ont admiré, parfois secrètement, la résistance des anti-aéroports de Notre-Dame-des-Landes.

Mais au-delà des punks poils aux pates de passage, la résistance a, avant tout, été incarnée par des locaux. La famille Fresneau par exemple, dont l’exploitation devait être remplacée par une piste d’aéroport, travaille la même ferme depuis cinq générations. En 2016, ils avaient déclaré : « Si c’est pas ici, c’est nulle part. Ou ce sera pour vivoter, nos racines sont là ! » Leurs racines bretonnes ont été plus fortes que les aéroports de la mondialisation. Ils ont gagné ! Contre l’anéantissement, le béton et les avions vers Bamako. A contrario, qui se battrait pour l’immeuble de la rue des mimosas construit en 1982 ? Situé maintenant entre Zara et la boutique de vapotage. Et dont la population change en moyenne tous les cinq ans.

 

Lire aussi : L’immigration appauvrit les pays de départ et crée des tensions dans les pays d’accueil

Le conservatisme est une idéologie qui ne peut s’appliquer que dans un environnement conservé. Où il y a une permanence. Un temps long. Une profondeur historique. Une homogénéité. Des champs labourés depuis des millénaires. Et dans une ville, même à Montluçon, tout cela est devenu illusoire. Un combat désespéré. Le conservatisme en ville, c’est l’OAS à Alger en juillet 1962.

Regardez bien la vidéo de Zemmour se faisant agresser dans la rue. À Paris, mais on s’aperçoit que cette rue n’a plus rien d’une ville française. Avec ses sacs Franprix, le polémiste longe ces magasins de fringues fabriquées au Bangladesh comme un fantôme. Il est courbé. Avec un Mustapha collé au derrière. Pas une boucherie. Pas une boulangerie. Pas une église autour. Il a un manteau rouge et on ne voit que lui dans le gris.

Comme pour rappeler qu’il y a eu un peuple et des valeurs qui vivaient ici. Avant.

 

 

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