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« Un conflit majeur entre États ne serait plus à exclure. » Thierry Burkhard, CEMAT.

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L’armée de terre se prépare à des conflits plus durs

La «vision stratégique» présentée aux députés de la commission de la défense n’est guère optimiste. Un conflit majeur entre États, ne serait plus à exclure.

17 juin 2020.
Le Figaro.
Le général Thierry Burkhard, chef d’état-major de l’armée de terre.

Avant le coronavirus, les militaires étaient pessimistes sur l’état du monde. L’épidémie n’a pas réduit leurs inquiétudes. Élaborée avant la crise sanitaire, la «vision stratégique» présentée mercredi aux députés de la commission de la défense par le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Thierry Burkhard, dresse un panorama sombre de l’avenir auquel ses 115.000 hommes doivent se préparer. «Nous avons besoin d’une armée de terre durcie prête à faire face à des chocs plus rudes», a-t-il confié à la presse en fixant dans son plan ses objectifs pour 2030.

«Le monde évolue assez vite et assez mal», explique le général en s’inquiétant de l’accélération du tempo des conflits et d’une «remilitarisation sans complexe». «Nous imaginions une situation en 2035… Mais en 2020, un certain nombre de cases sont déjà cochées», prévient-il. «Nous sommes à la fin d’un cycle de conflictualité», poursuit-il. L’ère des guerres de type expéditionnaires menées par l’Occident dans un relatif confort opérationnel, garanties par la suprématie aérienne comme pour l’opération «Barkhane» au Sahel, s’achève.

La guerre informationnelle

Un conflit majeur entre forces symétriques, c’est-à-dire entre États, ne serait plus à exclure. «Il ne manque que le patient zéro de l’épidémie guerrière», prévient Thierry Burkhard en suivant notamment avec préoccupation l’escalade en Libye. L’affrontement entre forces locales s’y est transformé en conflit par procuration entre puissances, notamment la Russie et la Turquie. Il aurait aussi pu citer l’annexion de l’Ukraine par la Russie, ou la politique de Pékin en mer de Chine et dans le détroit du Mozambique.

La désinformation et l’information sont devenues une arme extrêmement puissante.

Général Thierry Burkhard

«Le déploiement de la force est devenu un mode de gestion. On teste durement sans avoir peur de l’incident et avec l’utilisation habile de manœuvres sous le seuil», pointe-t-il. Les contours de la guerre sont devenus plus flous. «L’attribution est plus compliquée», dit-il en évoquant les cyberattaques mais aussi la guerre des drones. Il a fallu ainsi quelques jours d’hésitation avant de désigner l’Iran comme responsable de l’attaque des infrastructures pétrolières d’Aramco en Arabie saoudite, en septembre dernier. L’affrontement, enfin, s’égalise avec la diffusion des technologies de pointe ou le recours à de nouvelles armes à bas coût. «La désinformation et l’information sont devenues une arme extrêmement puissante», dit-il. Ceux qui maîtrisent la guerre informationnelle «sont des pays désinhibés qui ont un temps d’avance», insiste-t-il. «Les pays avec une éthique partent avec un désavantage», constate-t-il. «Le champ informationnel est dimensionnant»: il conditionnera la conduite des futures opérations.

Dans ce contexte, l’armée de terre doit se préparer. «Il faut augmenter le niveau d’exigence», assure Thierry Burkhard avant de décliner: recrutement, équipement, entraînement, simplification… L’armée souffre selon lui «d’un excès de normes». Le chef d’état-major dresse la liste de 12 objectifs à atteindre en s’appuyant sur le bilan de son prédécesseur, le général Bosser. L’ancien chef d’état-major est à l’origine du processus de modernisation de l’armée, notamment avec le programme Scorpion. Ce nouveau système de combat «collaboratif», qui met en réseau toutes les composantes de l’armée de terre, permettra aux troupes de se battre différemment à l’avenir. «C’est presque une révolution», explique le général Burkhard.

Zones de faiblesse

À l’heure où Scorpion commence à se mettre en œuvre, le chef d’état-major se veut attentif au respect de la loi de programmation militaire 2019-2025, et tient à mettre la pression sur les industriels pour obtenir la livraison des matériels commandés. La crise économique post-Covid laisse planer un doute sur le respect des engagements financiers alors que de l’avis des militaires, la LPM permet seulement une remise à niveau. De nombreuses zones de faiblesse sont encore constatées comme les capacités de transport. La protection des territoires outremer est aussi en question et des véhicules de l’avant blindé devraient bientôt être déployés en Nouvelle-Calédonie.

 

Le général Burkhard souhaite l’organisation en 2023 d’un exercice militaire «au niveau division», avec plus de 15.000 hommes, susceptible d’envoyer un message dissuasif clair aux adversaires de la France.

Il tire aussi les leçons de la crise sanitaire et souligne les risques d’une gestion comptable des armées: «L’efficience c’est l’antirésilience», souligne-t-il. «L’efficience recommande de ne pas avoir de stock», dit-il en référence à la gestion des masques de protection pendant l’épidémie. «Nous devons donc identifier nos équipements les plus stratégiques dont il faudra sécuriser toute la chaîne de valeur. En cas de guerre ou même de crise, nos ennemis feront tout pour nous empêcher de compléter nos stocks de munitions et de pièces de rechange. On ne saurait en constater l’insuffisance, comme cela a été le cas pour les stocks de masques», avait-il relevé lors d’une audition à l’Assemblée en avril.

Le général Burkhard résume son intention d’une formule pour l’armée de 2030: il faudra «être prêt immédiatement». «C’est pourquoi il nous faut plus d’épaisseur», insiste-t-il. L’une des préconisations de son plan stratégique concerne l’usage de la «réserve». Une partie de celle-ci, composée d’anciens militaires, est mobilisable cinq années après la fin de leur service. Une autre partie compte 24.000 volontaires qui consacrent jusqu’à 42 jours par an à des missions. Mais leur engagement n’est pas toujours aisé: certains préfèrent le cacher à leur employeur.

Quoi qu’il en soit, Thierry Burkhard voudrait pouvoir compter sur eux pour «couvrir si besoin le contrat opérationnel sur le territoire national». Au bout de la logique, il pourrait s’agir de confier à des réservistes la mission «Sentinelle». «La réserve, c’est un complément de masse que l’on n’emploie pas suffisamment», estime le général en conseillant de réfléchir aussi à son rôle en cas de conflit de haute intensité.

 

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