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 « Pas à pas, Pékin avance dans l’Himalaya »

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Après la Mer de Chine du Sud, Pékin sur la piste de nouvelles extensions stratégiques… 

Artofus

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DÉCRYPTAGE – Grâce à «d’incessantes poussées», Pékin mène «un grignotage» territorial visant étendre son contrôle jusqu’au Cachemire.

17 Juin 2020
Le Figaro
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À Pékin

Hémoglobine à la une d’un côté de l’Himalaya, silence radio de l’autre. Alors que les médias indiens se déchaînent contre «l’agression» chinoise sur le toit du monde, la presse officielle à Pékin mentionne à peine la crise sanglante entre les deux pays les plus peuplés de la planète, pourtant la plus grave depuis des décennies.

Le journal télévisé chinois de la CCTV a même escamoté les combats meurtriers en haute altitude lundi, qui ont tué vingt soldats indiens, une première depuis 1967. Fidèle à ses habitudes, la presse aux ordres du régime communiste ne mentionne aucune perte côté chinois, en dépit des témoignages colportés en Inde, faisant état de plusieurs soldats adverses tués dans ces combats sans merci, à coups de pierres dans la vallée de la Galwan.

Cette région déserte et glacée à plus de 4000 mètres d’altitude sied au contrôle de l’information cher au président Xi Jinping, qui aime projeter l’image d’une grande Chine décomplexée, aux yeux du monde comme à son opinion chauffée à blanc par la propagande patriotique.

 

Le régime n’a pas divulgué le nombre de victimes chinoises «pour ne pas attiser le sentiment public», a tweeté Hu Xujin, l’influent rédacteur en chef du Global Times, quotidien nationaliste affilié au Parti communiste, avant de mettre en garde l’adversaire indien: «Ne soyez pas arrogant, en prenant la retenue chinoise pour de la faiblesse. La Chine ne veut pas d’affrontement avec l’Inde, mais elle n’en a pas peur.»

Les difficultés sanitaires et économiques rencontrées par l’Inde représentent une opportunité que la Chine semble vouloir saisir.

Une note d’Asie21-Futuribles

La discrétion délibérée de la presse reflète la ligne diplomatique affichée par la deuxième puissance mondiale, qui se drape en championne de l’apaisement, face aux accusations d’agression de New Delhi, et appelle son adversaire à la «retenue». «Les troupes indiennes ont sérieusement violé le consensus lundi en traversant illégalement à deux reprises la frontière, pour mener des attaques provocatrices contre les soldats chinois», a dénoncé laconiquement Zhao Lijian, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Avant d’appeler au «dialogue» pour trouver une issue à l’escalade commencée en mai, dans cette zone contestée de l’Aksai Chin, en bordure du Cachemire que se disputent l’Inde et le Pakistan. Sur la messagerie WeChat, de nombreux articles enflammés sur le sujet ont été rapidement censurés, montrant que «la Chine veut régler ce conflit dans la discrétion», juge Lu Yang, de l’université Tsinghua.

«Grignotage» territorial

Ce profil bas diplomatique camoufle les ambitions de la deuxième puissance mondiale dans cette région stratégique à la jointure de l’Asie du Sud et de l’Asie centrale, où elle avance méthodiquement ses pions, à l’heure où sa rivale est engluée dans la crise du Covid. Grâce à «d’incessantes poussées», Pékin mène «un grignotage» territorial visant étendre son contrôle jusqu’au Cachemire sous administration pakistanaise, afin de priver l’Inde d’une fenêtre sur le Xinjiang, analyse une note d’Asie21-Futuribles.

Sur le terrain, l’Armée populaire de libération (APL) a renforcé ses positions sur les crêtes, surplombant la vallée de la Galwan, et l’armée indienne tente de combler son retard logistique en profitant de l’éphémère dégel pour bâtir des routes permettant d’acheminer des troupes, accentuant les risques d’accrochage. «La réticence de la Chine à s’engager dans de véritables négociations pour définir la frontière paraît confondante. Les difficultés sanitaires et économiques rencontrées par l’Inde représentent une opportunité que la Chine semble vouloir saisir», juge cette lettre d’information stratégique.

Convaincu de sa supériorité militaire tactique, Pékin à beau jeu de jouer l’apaisement, mais l’humiliation indienne pourrait entraîner une réplique forte, plaçant Xi dos au mur. «La Chine ne souhaite pas d’escalade. Mais elle ne veut absolument pas se montrer faible», juge Cheng Xiaohe, professeur à l’université Renmin, à Pékin. Un conflit militaire est jugé peu probable par les experts, du fait de liens économiques croissants entre les deux géants. Lors de la dernière crise en 2017, un sommet entre Xi et Narendra Modi avait permis d’enrayer l’escalade. Depuis, les enchères ont monté, et l’environnement géopolitique s’est encore dégradé.


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