MEMORABILIA

Remigration: « Yes, we can » !…

L’Incorrect
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Il n’est même pas besoin de citer Mark Twain (« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait »), la remigration est à portée de volonté humaine. Petit à petit, le Français peut reconstituer son nid douillet.

Mi-septembre 2017, Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne mais se prenant pour le président des États-Unis d’Europe, prononce à Bruxelles un « discours sur l’état de l’Union ». Au chapitre immigration, il déclare : « Concernant plus particulièrement les retours [le mot est mis en gras dans la transcription officielle, Ndlr], je voudrais répéter que les personnes qui ne sont pas en droit de séjourner en Europe doivent regagner leur pays d’origine. » Selon lui, seuls 36 % des étrangers « en situation irrégulière » sont alors renvoyés chez eux, un chiffre qui, s’il est exact et étant donnée la très faible proportion de clandestins que la France expulse, indique qu’il y a encore certains pays qui sont à peu près bien tenus.

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Le communiqué de presse qui suit deux semaines plus tard – vu le délai, on peut imaginer qu’il a été lu, relu et amendé d’abondance… – est plus précis : « Devant des taux de retour insatisfaisants (environ 36 % en 2014- 2015), y lit-on, et en prévision du chiffre estimatif de 1,5 million de personnes devant faire l’objet d’un retour depuis les États membres dans un avenir proche, la Commission propose une intensification des efforts sur tous les fonts ». Bien sûr, on n’en a plus jamais entendu parler. N’empêche : pour la Commission européenne, il était logistiquement possible et politiquement souhaitable de renvoyer d’Europe – de faire remigrer donc – un million et demi de personnes ! Alléluia !

Dans le cadre de la mise en place par la France d’une politique de remigration, qui serait concerné ? A minima… beaucoup de monde. D’abord les clandestins. Comment les trouver ? En totalité, c’est impossible. En grande partie, ça l’est. Beaucoup sont répertoriés. Au moins les 320 000 (chiffre 2019) qui sont bénéficiaires de l’Aide médicale d’Etat (AME), le dispositif qui offre gracieusement, explique joliment le site de l’Assurance maladie, « l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière au regard de la réglementation française sur le séjour en France ». La Commission nationale Informatique et Libertés (Cnil) hurlera, les associations humanitaires aussi, mais ça fera un peu de place et un paquet de rotations pour les compagnies aériennes, qui, justement, cherchent des clients.

Nombre d’Algériens hébergés dans les prisons françaises : 1954. Nombre de Marocains : 1 895. Les Tunisiens : 1 002. Soit, en y ajoutant les 72 Libyens, près de 5 000 pour la seule Afrique du Nord !

Vider les prisons, mais là-bas

Ensuite – ou en même temps – les délinquants et criminels de toute sorte. En septembre 2017, Guillaume Larrivé, député LR de l’Yonne et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, avait demandé au ministre de la Justice de bien vouloir lui indiquer « le nombre et la nationalité des ressortissants étrangers actuellement détenus en France (en distinguant, si possible, les prévenus et les condamnés) ». Cinq mois plus tard, la réponse de Nicole Belloubet, ministre de la Justice, est parue au Journal officiel. Elle est tout à fait instructive, presque autant qu’une chronique d’Éric Zemmour sur le même sujet, la sécheresse statistique en plus. Nombre d’Algériens hébergés dans les prisons françaises : 1 954. Nombre de Marocains : 1 895. Les Tunisiens : 1 002. Soit, en y ajoutant les 72 Libyens, près de 5 000 pour la seule Afrique du Nord !

Lire aussi : Drames migratoires et identitaires : à qui la faute ?

Au total, toutes nationalités confondues, la réponse a permis d’apprendre qu’il y avait, tenez-vous bien, 14 964 étrangers dans les prisons françaises sur une population carcérale qui était estimée, au 1er janvier 2018, à 68 974 personnes, soit 21 % d’étrangers. À la suite de cela, Guillaume Larrivé a demandé au gouvernement de « définir un plan d’expulsion des détenus étrangers pour libérer des places de prison » dans la mesure où s’ils purgeaient leur peine dans leur pays, les prisons françaises pourraient encore accueillir beaucoup de monde, à commencer par ceux qu’on se refuse à incarcérer au motif qu’on ne sait plus où les mettre. Moyennant quoi, lorsqu’il a fallu faire de la place dans les prisons pendant la crise sanitaire, Nicole Belloubet a remis dans la nature des détenus « en fn de peine », étrangers inclus…

Cette décision aurait fait scandale en Suisse. En 2010, nos voisins helvètes ont voté à 52,9 % pour que l’on expulse systématiquement tous les étrangers condamnés pour meurtre, viol, brigandage, traite d’êtres humains, trafic de drogue, et, tant qu’à faire, le référendum prévoyait également l’expulsion de tout étranger ayant perçu abusivement des prestations sociales ! En France, François Fillon avait incorporé cette mesure dans son programme de campagne de la primaire de la droite et du centre. De même que Nicolas Sarkozy, qui avait pourtant mais fin en 2003 aux dispositions permettant l’expulsion d’un étranger coupable de délit.

Aller simple

Et après ? Il faudra rentrer dans le dur, et s’attaquer aux tabous. La plupart sont exposés, arguments à l’appui, dans 30 Mesures pour une politique d’identité et de remigration, publié en 2017 aux éditions IDées. Premier tabou, que même François Hollande n’a pas réussi à lever ne serait-ce que partiellement, celui de la déchéance de la nationalité. Il avait voulu modifier la Constitution, alors qu’il aurait suffi d’appliquer la loi, puis d’en élargir le périmètre.

L’article 25 du Code civil permettait la déchéance de nationalité d’une personne s’étant livrée « à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France » et s’étant « produits antérieurement à l’acquisition de la nationalité française ou dans un délai de 10 ans à compter de la date de cette acquisition ».

L’article 25 du Code civil permettait la déchéance de nationalité d’une personne s’étant livrée « à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France » et s’étant « produits antérieurement à l’acquisition de la nationalité française ou dans un délai de 10 ans à compter de la date de cette acquisition ». T’as niqué la France, tu dégages ! Un autre article prévoit que « le Français qui se comporte en fait comme le national d’un pays étranger peut, s’il a la nationalité de ce pays, être déclaré, par décret après avis conforme du Conseil d’Etat, avoir perdu la qualité de Français ». One, two, three, viva l’aller simple pour l’Algérie !

Un pas après l’autre

Ensuite, les étrangers extra-européens munis de titres de séjour arrivant à expiration verraient ceux-ci ne pas être renouvelés. Surtout s’ils n’ont pas d’emploi. En 2017, derniers chiffres disponibles, on comptait près de 15 % d’étrangers parmi les chômeurs n’ayant jamais travaillé, et 17,5 % d’immigrés dans ces mêmes rangs. Qui auraient vocation à rester en France ? Évidemment que non. En 2017 toujours, le taux de chômage en France des étrangers hors Union européenne était d’environ 24 % (contre 8,8 % parmi les nationaux). Qui devraient continuer à vivre sur la bête, pour ceux qui sont indemnisés ? Pas plus.

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Sans même prendre en compte l’instauration de la préférence nationale, qui amènerait bon nombre d’étrangers à quitter un pays qui ne serait plus de cocagne pour eux, la résolution, une bonne fois pour toutes, de la question de la binationalité serait un autre levier – ou une autre catapulte. Entre deux allégeances, il faudra bien que les binationaux choisissent. Le Maroc, qui entre parenthèses (amusantes) ne reconnaît pas le droit d’abandonner la nationalité du royaume chérifien ou la France ? Le Sénégal ou la France (n’est-ce pas Sibeth) ?

Fin 2017, en Australie, la Haute Cour a suspendu le mandat de député du vice-premier ministre, faisant perdre au gouvernement sa courte majorité, du fait que Barnaby Joyce était également… néo-zélandais. Outre le nombre de Franco-Ceci et de Franco-Cela qui se retrouveraient de facto excusables pour n’avoir pas voulu ou pas pu cocher la bonne case, il y aurait quelques dizaines de sièges à pourvoir dans les rangs du Palais-Bourbon…

Jusqu’où pourrait-on aller ? « Je vais utiliser une image, explique Jean-Yves Le Gallou : si vous allez en Irlande et que l’on vous sert un très grand verre de bière, d’un litre par exemple, vous allez vous demander comment le boire. La bonne méthode, c’est de commencer à boire progressivement et vous allez voir que le verre va se vider, lentement mais sûrement. Pour la remigration, c’est la même chose et vous verrez que ce n’est pas si ardu que cela paraît ».

 

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