MEMORABILIA

« SMS, coups de fil, manoeuvres : Macron face au poison lent de l’affaire Fillon »…

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Eric Mandonnet avec Erwan Bruckert,
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Le président a vite réagi quand la polémique sur les pressions a éclaté. Récit d’une décision technique qui est aussi un geste politique.

L’histoire est empoisonnée pour Emmanuel Macron. Pire, elle est un poison lent. Aurait-il été élu à la tête de l’Etat à l’issue d’une élection truquée ? Autrement dit, doit-il sa victoire au fait que l’un de ses principaux rivaux, François Fillon, aurait été affaibli à la suite d’un dysfonctionnement judiciaire ? Il se trouve aujourd’hui une part de Français qui le croient. Bien sûr, il n’est pas question de refaire le match de 2017, mais ce sentiment est malsain : le doute affaiblit le président.

Un poison lent. Emmanuel Macron le sent, le sait et c’est pourquoi il a vite réagi après l’émoi provoqué par les déclarations, jeudi 18 juin, d’Eliane Houlette : l’ex-procureure nationale financier s’est émue du « contrôle très étroit » qu’aurait exercé le parquet général dans l’enquête sur l’ex-candidat de la droite. Le terrain est marécageux. Il y a les suspicions politiques, qu’Eliane Houlette a voulu écarter après avoir lâché sa petite bombe ; il y a les suspicions hiérarchiques. La supérieure de Houlette s’appelait Catherine Champrenault, qui fut détachée au cabinet de Ségolène Royal en 1999, quand cette dernière était ministre déléguée à l’Enseignement supérieur. Le Figaro avait raconté en 2015 (16 juin) que sa nomination à ce poste avait été « poussée et scellée lors du voyage de François Hollande en Guadeloupe, les 9 et 10 mai 2015, auquel participaient Ségolène Royal et la garde des Sceaux Christiane Taubira ». Autant dire que la politique n’est jamais loin. Ce n’est pas un hasard si la commission d’enquête parlementaire devant laquelle s’est exprimée Eliane Houlette veut désormais, d’après Marianne, auditionner François Hollande. Ce mardi matin, Manuel Valls a affirmé sur France Info n’avoir « aucun doute sur le fait que François Hollande n’a établi aucune pression ».

Le feuilleton médiatique n’est pas près de se terminer et Emmanuel Macron avait besoin de tout sauf de cela. Eviter « amalgames et fausses suspicions », précise aujourd’hui l’Elysée pour expliquer que le président de la République, qui est « garant de l’autorité judiciaire », se soit appuyé sur l’article 65 de la Constitution pour solliciter l’avis du Conseil supérieur de la magistrature. S’il s’avérait que le CSM découvre un problème, ce serait alors au garde des Sceaux de le saisir à titre disciplinaire.

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Mais l’essentiel pour Macron était de bouger. Techniquement, son geste est adroit. « C’est bon pour l’Etat de droit : remettre le CSM au coeur des questions d’impartialité et d’indépendance, c’est valoriser l’autorité judiciaire qui vérifie elle-même ses méthodes et son éthique. Donc c’est valoriser son indépendance. Franchement, ca a de la gueule », se réjouit la députée LREM de l’Hérault, Coralie Dubost.

« Pour trianguler à droite, Macron préfère jouer avec Sarko qu’avec moi » François Fillon

Le président fait aussi, évidemment, de la politique. Il n’ignore pas qu’une proportion non négligeable d’électeurs de François Fillon le soutiennent encore. Selon le sondage IFOP réalisé les 18 et 19 juin pour Cnews et SudRadio, près de 30% de l’électorat filloniste de 2017 voterait Macron si le premier tour de la présidentielle avait lieu demain. Dans La vérité sur le mystère Fillon(parution jeudi chez Plon), le journaliste Tugdual Denis révèle qu’Emmanuel Macron a envoyé un SMS à François Fillon en septembre 2018, quand le JDD publie des extraits d’un interrogatoire de l’ancien candidat par les juges d’instruction. En janvier, L’Express racontait aussi que le chef de l’Etat avait téléphoné à François Fillon pour lui proposer de l’emmener au Japon dans son avion puisque les deux hommes devaient s’y rendre en même temps. Macron finira par renoncer. « Sans doute son entourage considère-t-il que, son élection ayant été notamment remportée grâce à mes affaires, il ne faut pas jouer avec moi, confie François Fillon dans le livre, à propos de ce projet de voyage. Pour trianguler à droite, Macron préfère jouer avec Sarko. »

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Au second tour de l’élection présidentielle de 2017, François Fillon avait appelé à voter pour Emmanuel Macron – « Je ne me suis même pas posé la question une seule seconde » – ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui de le juger sévèrement : « Le progressisme d’Emmanuel Macron consiste, pour l’essentiel à gérer le quotidien, il n’y a pas de choix courageux, décisifs. Qui soient de nature à inverser le cours des choses. »

Le 29 juin, à 13h30, le tribunal correctionnel de Paris se prononcera sur l’affaire Fillon. L’accusation a requis cinq ans de prison dont deux ferme contre l’ancien Premier ministre. Ce jour-là, Emmanuel Macron ne sera pas le dernier à évaluer les conséquences du jugement.

 

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