MEMORABILIA
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Avec la mort de Marc Fumaroli, au-delà des Arts et des Lettres, la France tout entière perd un immense esprit.

Que ne savait-il? Il avait écrit de savants essais mais aussi rédigé un savoureux dictionnaire des métaphores, y célébrant les richesses de la langue française. Historien des lettres, il faisait parcourir à ses lecteurs l’Europe de Pétrarque et de Fabri de Peiresc, montrait l’essence de ce continent depuis des siècles: la culture. Ses lectures vastes étaient traversées de fulgurances. On songe à sa contemplation des Lances, le chef-d’œuvre de Vélasquez, où il voyait des marques de la Contre-Réforme.

Un simple amateur d’ancien, songeront les ignorants… Solide connaisseur de la peinture contemporaine, contempteur de la politique culturelle de Malraux et de Lang, il avait été un féroce critique dramatique dans les années 1970, raillant les billevesées de certaines scènes.

C’était un classique ; ses correspondances entre l’esthétique et la chronique politique d’un temps étaient lumineuses. Dans de longues et profondes études, il expliquait que l’art est rarement une affaire individuelle de créateur, fût-il génial, mais plus souvent l’expression mystérieuse d’un temps qui porte les plus doués de ses enfants. Pour lui, la Beauté dit autant, sinon plus, de la grandeur d’un règne que sa seule puissance politique. À l’appui de ses démonstrations, il convoquait La Fontaine et Chateaubriand.

Aujourd’hui, la mort de cet érudit sonne comme un glas désagréable: nous vivons des heures où, en de bruyantes manifestations, complaisamment relayées, la France des arts, des armes et des lois est malmenée, elle et son histoire sont jugées à l’aune d’une tendance très contemporaine: le ressenti, qui est roi.

S’installe parmi nous un dangereux «chronocentrisme» – soit le fait de tout juger au crible de l’actualité, même la plus éphémère.

L’exact inverse de la démarche de Marc Fumaroli. Il n’avait de cesse qu’il ne défende et illustre une magnifique civilisation envers laquelle, lui, l’enfant exilé au Maroc devenu professeur au Collège de France, se sentait profondément redevable.

 

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