MEMORABILIA

« La situation en France est préoccupante et peut déboucher sur des catastrophes. » Régis de Castelnau.

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Régis de Castelnau est avocat honoraire à la cour d’appel de Paris. Il est surnommé « le baron rouge » pour avoir, longtemps, été le conseil du Parti communiste français et de la CGT. Il anime le blog juridique « Vu du droit » et travaille aux côtés de Michel Onfray pour la revue Front populaire.

Au micro de Boulevard Voltaire, il présente le mouvement de Michel Onfray et réagit à divers sujets d’actualité : le communautarisme et le débat racialiste, la gestion de la crise du Covid-19, la vie politique et l’échéance de 2022 avec l’élection présidentielle.

 

 

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Vous êtes avocat et faites partie des fondateurs de la revue Front populaire initiée par Michel Onfray. Pouvez-vous nous présenter Front populaire ?

Le premier numéro est sorti depuis 48 heures, disponible en ligne pour les abonnés. C’est un projet pour lequel j’ai été contacté très tôt. J’ai probablement été ciblé parce que je m’exprime sur un certain nombre de sujets assez cash. À partir de mon lieu d’expression qui est le droit et aussi avec mes propres convictions et mon histoire personnelle, que l’on qualifie de « baron rouge ». On parle de mon appartenance à l’ancien Parti communiste et mon travail avec sa direction et avec celle de la CGT.
Il est très intéressant de voir ce qu’il se passe. Le lancement est un étonnant succès. Le nombre d’abonnements est considérable. Hier, j’ai appris qu’il y avait 850 abonnements en ligne payants.
Sur le plan financier, cela permet à la revue d’avoir une visibilité à deux ans et, surtout, cela témoigne d’une appétence. C’est assez étonnant lorsqu’on voit quelles personnes s’abonnent et qui a envie de s’exprimer. Il y avait un besoin. On parle des souverainistes des deux rives. Il y a une volonté d’être dans le débat, de créer une polarité politique et intellectuelle dans la phase qui s’ouvre. Cela tombe bien puisqu’il y a le monde d’après. Par conséquent, ce média est appelé à un grand succès et va jouer incontestablement un rôle dans la préparation de l’élection présidentielle, bien que je pense que Michel Onfray ne sera pas du tout candidat.

Comment peut-on devenir un des chantres du souverainisme ?

S’il y a bien une structure qui était patriote, c’était bien le Parti communiste français. Il a été l’outil d’intégration de la classe ouvrière à la nation française. Je rappelle qu’il s’est opposé au supranationalisme européen. Le mot d’ordre des premières élections européennes, en 1979, était « non à l’Europe allemande ». Cela m’allait très bien, compte tenu de mon passé familial.
« Internationalisme » veut dire « inter-nations ». On reconnaît les nations comme l’espace pertinent de la délibération où le peuple peut être souverain. Les internationalistes gauchistes qui vous disent « vous êtes chauvins » oublient qu’ils sont sur les positions du grand capital, c’est-à-dire les positions transnationales. « Internationaliste » était très bien expliqué par Jean Jaurès. Il faut surtout éviter le chauvinisme et les affrontements impérialistes. Le capital néo-libéraliste, aujourd’hui, est du transnationalisme. Je ne confonds absolument pas les deux et je respecte les autres pays et les autres nations. Je n’ai pas de griefs particuliers, mais je considère que c’est dans mon espace pertinent, celui de ma langue, celui d’un peuple constitué en tant que tel, que la démocratie doit s’exprimer.

Les événements actuels racialistes sont-ils un débat ?

Fondamentalement, il y a des courants communautaristes qui ont dérivé vers le courant racialiste. On essaie d’importer, en France, des problématiques propres à l’Histoire des États-Unis, alors qu’elles ne correspondent pas à ce qui s’est historiquement passé en France. Il y a une conception de la citoyenneté universaliste qui me convient. Je comprends très bien qu’on puisse ne pas le souhaiter et que l’on préfère le communautarisme. Je redeviens politique et je dis que c’est plus facile de mater un peuple quand il s’agit de plusieurs pays et que l’on peut pousser les différentes parties les unes contre les autres. On est en train de remplacer la lutte des classes par la lutte des races. Je ne suis pas d’accord. Par conséquent, je considère que toute cette histoire est profondément négative sur le plan politique. Elle est aussi une opération étonnante de diversion après le confinement et la gestion de la pandémie qui a été politiquement catastrophique par ce pouvoir. On le voit bien dans toutes les études d’opinion. On a toute une série de faits montés en épingle dans l’actualité qui permettent de ne pas parler des vrais sujets. Comment va-t-on construire ce monde-là ? Emmanuel Macron est-il celui qui doit le conduire ? Ma réponse personnelle est non !

Hier, le professeur Raoult a été auditionné à l’Assemblée nationale et a fait le tour des médias, ce matin. Cette gestion du Covid-19 me fait penser à ce qu’avait dit Philippe de Villiers sur le plateau de Ruth Elkrief qui synthétisait bien la chose. Emmanuel Macron aurait dit à Philippe de Villiers qu’Édouard Philippe gérait son risque pénal. En est-on là ?

C’est entièrement de leur faute et c’est bien fait pour eux. Je suis spécialiste dans la responsabilité personnelle et pénale des gestionnaires publics. J’ai enseigné la matière, j’ai écrit à l’université et j’ai écrit plusieurs livres. Dès le début de la crise du confinement, j’ai dit de faire attention aux stratégies gouvernementales et au contrôle de la politique, ce qui relève du Parlement. Il y a aussi l’intervention du juge pénal pour juger les fautes individuelles des hommes et des femmes. Les ministres et les hauts fonctionnaires ne sont pas au-dessus de la loi. Les magistrats ne vont pas contrôler les choix faits par le gouvernement mais les fautes commises. Il n’y a aucune raison que ce ne soit pas le cas. Le contrôle politique, c’est le peuple par l’intermédiaire de leurs représentants élus. Le juge pénal doit réparer le préjudice que les victimes ont subi et sanctionner les fautes qui ont été commises à l’origine de ces préjudices.
Par conséquent, les choses peuvent parfaitement s’articuler. Fatalement, il y a une espèce de pente en direction du juge pénal parce que le contrôle politique parlementaire ne fonctionne pas. Je vais prendre deux exemples. Il y a eu une gestion totalement erratique et une forte absence de prévision de ce qui allait se produire. L’État refuse de mettre en place les outils qui permettraient d’assurer la transparence et, par conséquent, le contrôle. On a une Assemblée nationale croupion qui vient de se déshonorer avec le vote de la loi Avia déchiquetée par le Conseil constitutionnel.
La commission parlementaire d’enquête est présidée par le président Richard Ferrand. On sait très bien ce qui va en ressortir. Le Sénat a des prérogatives et des moyens assez peu importants.

Le pays va-t-il tenir le choc ?

Il y a l’effondrement politique. Certains politiques sont incompétents et font n’importe quoi sans aucune conséquence. C’est un scandale par jour. On a eu le scandale Fillon. Aujourd’hui, on a le scandale des avocats mis sur écoute. On a eu le scandale Castaner voulant organiser une cérémonie dans la cour de la préfecture avec les policiers à genoux. C’est absolument n’importe quoi, et il n’y a aucune conséquence politique. On nous annonce qu’il va y avoir un remaniement. Ce n’est absolument pas à la hauteur des réponses.
Il y a également l’anxiété populaire face à la crise économique. On ne voit pas quelles peuvent être les solutions et on n’a plus confiance en ces politiques qui nous gouvernent.
Personne ne peut dire ce qu’il va se passer en 2022. Je suis assez préoccupé par la situation. Je considère, aussi, que l’administration était dans une situation de blocage et parfois au bord de l’effondrement. Les compétences régaliennes n’étant pas gérées, la situation est assez préoccupante et peut déboucher sur des catastrophes sociales et de la violence. Si, tous les jours, se reproduisent des affaires comme celles de Dijon, alors, où va-t-on… Je suis personnellement inquiet de cette situation.

Cette situation ne va pas vraiment se débloquer puisqu’on nous annonce un Macron-Le Pen au second tour en 2022…

Les deux dominent la scène politique. Le PS est à 3 %. Baroin et Bertrand sont à 12 %. Jean-Luc Mélenchon a considérablement baissé. Ils devraient s’interroger sur leur responsabilité dans la création de cette bipolarité-là. Marine Le Pen est à 45 %. Si elle arrive, quelques mois avant l’élection, à 47 ou 48 %, cela va tout changer.
Soit il y a un scrutin de rupture et Marine Le Pen arrive à l’emporter, mais je pense qu’elle n’est pas en capacité de gouverner. Elle n’a pas les moyens politiques et techniques de gouverner. Sera-t-il possible, comme cela s’est toujours fait sous la Ve République, que se nouent des alliances permettant de rééquilibrer un certain nombre de choses ? Mais là, il y aura un effet de rupture.
Soit Emmanuel Macron est réélu et le pays ne ressemblera plus, au bout de ce deuxième quinquennat, à ce qu’était la France et à ce qu’elle est encore aujourd’hui…
Cette situation est préoccupante, compte tenu des échéances politiques telles qu’elles se profilent. Cette période sera très intéressante !

 

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