La croisade de certains jeunes militants contre les « violences policières » n’est pas innocente. Sous l’influence des campus américains, la mouvance antiraciste entend épurer le passé et rejette l’universalisme comme un vieux reliquat blanc ethnocentrique. 


Les étudiants ont un avis sur tout et sont de tous les combats. Ils avaient déjà fait valoir leurs positions dans la crise des gilets jaunes et scandé leurs revendications pour la réforme des retraites.

Désormais, ils n’hésitent plus à importer des problématiques sociétales qui ont émergé à plusieurs milliers de kilomètres de chez eux. Les voilà maintenant porte-étendards de la lutte contre « les violences policières » et, chemin faisant, de la lutte contre les discriminations et le racisme.

Bref, les étudiants semblent avoir définitivement acquis la certitude que militer en faveur des « opprimés » était leur destin.

La mort (du passé) est leur métier

Ainsi les « Étudiant.e.s Antiracistes », mouvement interne à l’Unef, appellent-ils leurs homologues à manifester pour le Comité Vérité et justice pour Adama, aux côtés du syndicat Solidaires, à grands coups  de « La police est raciste, la police assassine ».

Qu’importe la vérité. Ils ne feront obstinément pas la distinction entre « les violences policières » et « les violences de policiers ». « Nous sommes tous capables de croire à des choses que nous savons fausses et, lorsque nous avons finalement tort, nous déformons les faits sans vergogne pour montrer que nous avions raison » (George Orwell). Sauf qu’en France, seules 19 personnes sont décédées au cours d’une interpellation par la police en 2019, contre 422 sur les seuls six premiers mois de 2020 aux États-Unis.

A en croire ces militants, derrière les « violences policières » se cacherait surtout le fléau d’un racisme insidieux. Ces bons samaritains s’émeuvent ainsi des insultes subies par Bilal Hassani ou Rokhaya Diallo, estimant que des « mesures doivent être prises pour faire reculer le racisme dans nos universités ».

Aucun n’a de gêne, cependant, à faire preuve d’une froide indifférence à l’égard de Christine Kelly. Laquelle se dit « épuisée psychologiquement » à force d’être taxée de « vendue » et menacée de mort sur les réseaux sociaux. Son crime : animer une émission à laquelle Éric Zemmour participe. Pas question de pactiser avec le diable ! Elle n’est pas une victime et ne mérite aucune empathie.

Tri des races

Comme toute idéologie, l’antiracisme porte en lui les germes d’un deux poids deux mesures et d’une tyrannie absurdes. Le monde universitaire en est la première victime.

En 2019, le mouvement Sheffield Students’ Union, de l’université de Sheffield au Royaume-Uni, avait interdit ses réunions aux personnes « non-issues de minorités ethniques ».

Sur le campus de l’université Evergreen, aux États-Unis, après le « Day of Absence » mis en place dans les années 70, la transmission de « valeurs inclusives » est désormais érigée en critère d’embauche des futurs professeurs. L’un d’entre eux, accusé de racisme, avait dû démissionner en 2017, de peur de se faire agresser par ses étudiants. Certes, les universités françaises sont encore épargnées de telles vilenies, mais jusqu’à quand ?

A la fois laboratoire du progressisme et catalyseur de la doctrine antiraciste, l’université semble aux avant-postes de ces dérives. Devenue totalement perméable à l’américanisation du débat, elle a déjà largement entrepris la déconstruction du « genre ». C’est donc très logiquement que les nouveaux parangons de l’universalisme s’attaquent désormais à la lutte contre le racisme.

Si l’on regardait encore avec effroi ou raillerie les aberrations outre-Atlantique il y a quelques années, force est de constater qu’elles sont désormais solidement implantées dans l’hexagone. À force de vouloir bannir toute forme « d’oppression », les doxas néo-féministe et antiraciste font finalement cause commune.

La rancœur a ses raisons

Si l’on mène à leur terme l’une et l’autre de ces idéologies, c’est bien l’universalisme lui-même qu’il s’agit de déconstruire.

Il représente une conquête difficilement arrachée, emblématique d’une histoire et d’une culture, et érigé comme modèle à suivre par une « population majoritaire ». Bref, il apparaît comme le pur produit de l’hétéro-patriarcat du mâle blanc dominant et ethnocentrique.

Or, indigénisme et antiracisme sont, par essence, de vastes entreprises de déconstruction, à l’instar des statues qu’on déboulonne. In fine, il s’agit toujours de se replier dans un discours identitaire et de régler ses comptes au passé.

La justice de ces nouveaux gardes rouges s’appelle rancœur.

Si bien qu’au nom de l’égalité, l’antiracisme risque de devenir notre nouvel « universalisme ».

 

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