MEMORABILIA

« Il n’y a pas de société “multiculturelle” heureuse » Jean-Louis Harouel.

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Il n’y a pas de société “multiculturelle” heureuse

Valeurs actuelles.
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– Le multiculturalisme est facteur de discorde et une société qui se plie à la dictature des minorités ethniques ne peut fonctionner harmonieusement et garantir la paix aux individus qui la composent. C’est ce qu’affirme Jean-Louis Harouel , historien du droit français, professeur émérite de l’université Panthéon-Assas Paris-II.

 

Toute l’indignation qui se déchaîne aux États-Unis à propos de George Floyd et en France à propos d’Adama Traoré vient nous rappeler qu’il n’y a malheureusement pas de société “multiculturelle” heureuse. Il n’y en a pas et il ne peut pas y en avoir. La raison en est simple : les frustrations sociales, qui sont inévitables dans n’importe quelle société, deviennent particulièrement insupportables lorsqu’elles s’associent à une différence de couleur de la peau.

Dans son livre Bowling Alone, le sociologue américain Robert Putnam a montré qu’au sein d’une société, la diversité ethnique est un facteur important d’affaiblissement de la confiance entre les individus. Pour autant, la différence des « souches raciales » , pour parler comme Claude Lévi-Strauss, ne crée pas en soi de difficultés quand elle ne concerne qu’un assez petit nombre d’individus. L’esprit d’une nation européenne peut parfaitement habiter un corps noir ou brun. Dumas et Pouchkine, avec leur part de sang noir, furent des écrivains merveilleusement nationaux qui firent aimer passionnément l’histoire de leur pays. Seulement, ils n’appartenaient pas à une large communauté identitaire. Même chose pour des hommes politiques tels que Severiano de Hérédia ou Gaston Monnerville. Tous deux sang-mêlé, ils furent l’un ministre, l’autre sous-secrétaire d’État sous la IIIe République, le premier dès 1887, le second en 1937. Après quoi Monnerville, sénateur du Lot depuis 1948, deviendra pour une décennie (1959-1968) président du Sénat, et donc deuxième personnage de l’État.

Autre chose est l’existence de grandes minorités. En dépit de l’horreur de l’esclavage infligé aux Africains déportés en Amérique et à leur descendance, le grand sociologue Alexis de Tocqueville n’en considérait pas moins, dans les années 1830, que la future coexistence avec la population d’origine européenne d’une vaste population noire de condition libre entraînerait des problèmes insolubles. Il estimait que « le plus redoutable de tous les maux » menaçant l’avenir des États-Unis naissait de « la présence des Noirs sur [leur] sol » . Et il observait que, lorsqu’on cherchait « la cause des embarras présents et des dangers futurs » du pays, on arrivait « presque toujours à ce premier fait » . Selon Tocqueville, alors même que la destinée de la population d’origine africaine des États-Unis se trouvait « en quelque sorte enlacée » dans celle de la population d’origine européenne, il n’était pas possible de faire que ces deux populations ne restassent fondamentalement étrangères l’une à l’autre. Or, en dépit de tous les efforts des autorités politiques et judiciaires américaines en faveur des Noirs depuis les années 1950, telle est bien la situation que dénoncent les réquisitoires lancés par l’Amérique noire contre l’Amérique blanche. L’un des plus émouvants, encore que parfois injuste et partial, est le livre de Ta-Nehisi Coates, Between the World and Me , traduit sous le titre Une colère noire . Cela dit, les associations d’étudiants de couleur qui empêchent, à Yale comme dans d’autres universités américaines, l’étude d’œuvres intellectuelles majeures au prétexte de combat contre la civilisation de l’homme blanc détruisent toute possibilité de socle commun entre les communautés.

Qu’il s’agisse de la population noire ou de la population blanche, le sentiment dominant de la société américaine semble bien être la peur. Dans les pays européens, où l’on avait, comme l’écrit Tocqueville, « le bonheur de naître au milieu d’hommes que la nature avait faits nos semblables » , c’est folie d’avoir laissé s’introduire une situation à l’américaine. C’est folie plus grande encore de la laisser empirer par un déversement continuel de nouveaux migrants.

En France, la population issue de l’immigration extra-européenne ne se sent, dans sa grande majorité, nullement concernée par l’ « héritage indivis » que constitue la France, selon les termes de Renan. Le « plébiscite de tous les jours » et le « désir de vivre ensemble » célébrés par lui sont inexistants chez la plupart de ceux auxquels l’application forcenée du droit du sol décerne quasi mécaniquement la nationalité française.

Les enfants des immigrés d’aujourd’hui, très largement issus du Maghreb, d’Afrique noire et de l’Orient méditerranéen, n’éprouvent généralement pas le désir de vivre ensemble avec les Français autochtones. Très souvent de civilisation musulmane, ils ont leur propre héritage, largement antagoniste du nôtre dans lequel ils ne se reconnaissent pas. Pour la plupart, ils n’ont aucune envie de faire partie de notre nation : ils sont pour elle un corps étranger, qui la handicape. S’il y a de leur part un “plébiscite de tous les jours”, c’est un plébiscite marquant leur hostilité envers la nation qui les accueille. Déjà, après les grandes émeutes de banlieue de l’automne 2005, le célèbre historien René Rémond observait que le discours tenu par les émeutiers traduisait « un refus de s’intégrer et même, dans certains cas, une haine de la France » .

Or, face à la mise en accusation de la France, toute une partie de la population ainsi que les pouvoirs publics n’ont pour réponse que la culpabilité, la contrition, la repentance.

Bref, le déni de soi-même, la prosternation du masochisme occidental : le « sanglot de l’homme blanc » et la « tyrannie de la pénitence » si magistralement dénoncés par Pascal Bruckner.

Les Droits de l’homme contre le peuple, de Jean-Louis Harouel, Desclée de Brouwer, 2016, 146 pages, 14 €.

 

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