MEMORABILIA

JEAN-FRÉDÉRIC POISSON VENT DEBOUT CONTRE LE « CAPITALISME DE SURVEILLANCE »

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Sous couvert de protection sanitaire des populations, l’étau liberticide se resserre. Or l’extension des méthodes de flicage permet de développer de nouvelles sources de profit. C’est le « capitalisme de surveillance ». Pour Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate (PCD), ce péril majeur contraint les conservateurs à mener une profonde réflexion.

 

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Le Conseil constitutionnel ne fait-il pas preuve d’une exceptionnelle mansuétude en acceptant la quasi-totalité du texte prorogeant la loi d’urgence sanitaire et instaurant de nouvelles dispositions ?

 

Comme dit une formule célèbre : « Le Conseil constitutionnel rend des services, pas des décisions. » Une chape de plomb est en train de s’installer pour que la politique sanitaire du gouvernement s’impose quoi qu’il arrive. Regardez ce qui est arrivé également : nombre de comptes Facebook ou Twitter qui faisaient l’éloge de l’hydro-chloroquine ont été fermés.

 

Dans le cadre d’une collusion entre les Etats et les Gafa ?

 

J’aime beaucoup une notion que j’ai découverte sous la plume d’un certain nombre d’universitaires américains, celle du « capitalisme de surveillance ». Elle repose sur l’extension des modes de surveillance des personnes pour développer de nouvelles sources de profit. Cela comporte tout ce que vous pouvez imaginer en matière de traçage, de flicage, de communication des données personnelles, etc.

Les démocraties occidentales, qui devraient être les premières à résister au nom de la civilisation, s’en font les complices. C’est l’un des plus grands scandales qui soit, et le plus liberticide.

Le commerce international a besoin de cette surveillance-là et de cet accès aux données pour se développer selon les modalités qu’il veut, et les démocraties occidentales, qui devraient être les premières à résister au nom de la civilisation, s’en font les complices. C’est l’un des plus grands scandales qui soit, et le plus liberticide.

 

Lire aussi : Guerres coronales 

 

Dès lors que le capitalisme de connivence s’est installé, il est logique que les moyens étatiques apportent leur concours aux nouveaux stades de développement du capitalisme, non ? Est-ce que vous pensez qu’on va se retrouver avec un système à la mode chinoise, en version soft ?

 

Quand je vois ce qui se dessine en matière de concentration des capitaux, de possession par les mêmes des circuits de financement, des fonds propres et du cash, des circuits de distribution, des moyens de communication, des outils de production, il y a de quoi se poser la question. C’est en tout cas l’antithèse des libertés pour lesquelles nos anciens ont combattu.

 

Je voudrais vous faire réagir à une phrase. Elle date de 2018. « Paradoxalement, ce qui me rend optimiste, c’est que l’histoire que nous vivons en Europe redevient tragique. »

 

[rires] C’est Henri Guaino ?

 

Perdu ! Je continue. « L’Europe ne sera plus protégée comme elle l’a été depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. » Je continue ?

 

Oui

 

« Ce vieux continent de petits-bourgeois se sentant à l’abri dans le confort matériel entre dans une nouvelle aventure où le tragique s’invite. Notre paysage familier est en train de changer profondément sous l’effet de phénomènes multiples, implacables, radicaux. Il y a beaucoup à réinventer. Et dans cette aventure, nous pouvons renouer avec un souffle plus profond, dont la littérature ne saurait être absente. »

 

C’est très joli. Je ne sais pas qui a dit ça mais c’est très bien.

 

C’est Emmanuel Macron, dans un entretien au numéro de mai 2018 de la Nouvelle Revue française.

 

[Grand éclat de rire] Et bien voilà ! Il faudrait juste qu’il s’en souvienne… Disons qu’il a la mémoire courte et sélective. Ou bien qu’il est comme ces fous qui parlent à l’oreille de leurs maîtres selon la tonalité qu’ils veulent entendre à ce moment-là…

 

Pourtant, nous y sommes, au retour du tragique en Europe.

 

Oui, mais la question est de savoir quelles solutions on apporte. Si la réponse au tragique en Europe, c’est la « souveraineté européenne », le noyau dur balladurien, le budget fédéral partagé avec l’Allemagne, la mise en pièces du Mécanisme européen de solidarité, etc., alors on ne combat pas cette dimension tragique, on l’entretient. On ne se donne pas la possibilité de la contrecarrer, on la renforce. On rend le tragique d’autant plus possible.

Cette crise nous invite à repenser complètement la manière dont nous envisageons notre rapport à la consommation mondialisée, aux circuits de capitaux, aux productions industrielles, etc. Merci au passage aux écologistes d’avoir déminé le terrain en faisant l’éloge de la proximité et de la production locale.

 

Lire aussi : Macron, la disparition 

 

On va peut-être en venir au « vivre et travailler au pays » réclamé par la gauche PSU, CFDT, etc. dans les années 1970…

 

C’est tout à fait ça et je dois dire qu’au-delà de cette dimension qui est très juste, tout ça nous oblige à alimenter le débat public sur les causes de cette crise.

J’entends un certain nombre de mes amis clamer ces temps-ci : « Regardez comme nous avions raison ! Le vieux monde est en train de s’écrouler, un nouveau monde arrive à toute vitesse ! » Je n’y crois pas du tout.

Je vois venir à toute vitesse les mécanismes de substitution qui montrent la capacité de résurrection ou de ravivage de la flamme du monde qui nous a mis dans cette situation.

Si on est en train de voir s’écrouler un certain nombre de convictions sur lesquelles quarante ans de politiques publiques ont été assises, je vois aussi venir à toute vitesse les mécanismes de substitution qui montrent la capacité de résurrection ou de ravivage de la flamme du monde qui nous a mis dans cette situation.

L’interview de Macron au Financial Times est à cet égard fort instructive. Il est toujours en plein dans le délire de la souveraineté 2.0, de l’intégration renforcée dans la mondialisation, suivant le mode de raisonnement qui faisait dire aux responsables soviétiques dans les années 1960 : l’Union soviétique échoue parce qu’elle n’est pas assez communiste ! On est entré dans une espèce d’hubris qui ne s’arrêtera pas de sitôt, ce qui politiquement nous oblige à revoir un certain nombre d’éléments de nos copies et à réfléchir à une réorganisation des libertés dans la société française. Ceci est impératif.

Politiquement, le travail que nous avons à faire, nous autres conservateurs, n’est pas seulement programmatique. Bien sûr qu’il faut réfléchir à la réforme de notre système de santé ; bien sûr qu’il faut réfléchir à un certain nombre de politiques sectorielles qui ont échoué, mais, au-delà, il faut déterminer les causes de notre incapacité à répondre à cette crise comme il convenait de le faire, c’est-à-dire dans des temps proportionnés, et démontrer en quoi le modèle mondialisé est une de ces causes. Je dis bien “une de ces causes“, car elle n’est pas la seule. Il faut cesser de désigner une cause unique, car les causes sont multiples, et arrêter de simplement combattre par la protestation.

C’est le projet politique complet qu’il faut revoir. Cela nécessite un changement de philosophie, c’est-à-dire une nouvelle manière de penser la décision politique et les valeurs sur lesquelles elle est fondée. C’est en tout cas l’option que j’ai prise dans le livre que je publierai à l’automne.

 

Propos recueillis par Bruno Larebière

 

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