MEMORABILIA

« Face au rouleau compresseur chinois, la France capitule en rase campagne »

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Après l’annexion de la Mer de Chine du Sud, c’est au tour de Hong-Kong, pourtant prtégé par un traité jusquen 2047. Qui sera le prochain? Taïwan? Le Tibet? L’Inde?  Et à quoi sert de jouer au coq si on est pas vraiment décidé à réagir?  Est-on en train de recommencer la palinodie de l’Anschluss, des Sudètes et de la Pologne? Mais à quoi donc sert l’expérience???? Artofus.

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ANALYSE – La tragédie hongkongaise a des accents universels et sonne comme un avertissement prémonitoire pour les démocraties occidentales.

Le Figaro,2 juillet 2020.

De notre correspondant à Pékin

«L’Europe et le monde attendent que nous défendions partout l’esprit des Lumières menacé dans tant d’endroits. Ils attendent que partout nous défendions les libertés, que nous protégions les opprimés. Ils attendent que nous soyons enfin nous!» Ces paroles enflammées d’Emmanuel Macron, prononcées devant la pyramide du Louvre le soir de sa victoire en 2017, résonnent aujourd’hui d’un silence assourdissant à travers la majestueuse baie de Hongkong. Là-bas, un autre édifice de verre dessiné par le génial architecte Pei s’élance majestueusement vers le ciel cotonneux, mais il s’agit de l’imposant gratte-ciel de la Banque de Chine. À ses pieds, des millions de Hongkongais, guidés par une jeunesse abreuvée des valeurs de Montesquieu ou Voltaire, défilent depuis des années pour défendre bec et ongles de fragiles libertés face à la deuxième puissance mondiale, sous le regard aussi poli que frileux de la France et de l’Europe.

 

Depuis mercredi, ils vivent dans la peur, avec l’entrée en vigueur d’une loi de «sécurité nationale» imposée aux forceps par Pékin, plaçant les 7,5 millions d’habitants de la ville, et même les étrangers, à la merci de l’arbitraire système judiciaire chinois. Le texte piétine la protection juridique héritée de l’Habeas Corpus britannique, la présomption d’innocence, et chaque individu est menacé d’être avalé par la machine sécuritaire opaque de Pékin, s’il ose contester la mainmise absolue du Parti communiste.

La tragédie hongkongaise a des accents universels et sonne comme un avertissement prémonitoire pour les démocraties occidentales: sur les flancs de ce pic couvert de jungle, les libertés aussi fondamentales que de s’exprimer, ou de s’informer, sont retirées une à une à une jeunesse éduquée, dans un compte à rebours autoritaire angoissant.

Pour la première fois dans l’Histoire, les valeurs dites de «progrès» sont en voie d’obsolescence programmée, et Xi Jinping avance même la date de péremption fixée en 2047 par son prédécesseur Deng Xiaoping. À Hongkong, la dictature du parti de Mao affirme haut et fort que les démocraties sont mortelles et que le XXIe siècle sera celui de leur crépuscule. Un message puissant à l’heure où l’Amérique et le Vieux Continent sont rongés par des convulsions intérieures, entre populisme et résignation.

L’avenir de l’île n’est pas seulement une « affaire intérieure  » chinoise, mais un enjeu de droit international aux résonances lourdes pour l’avenir de nos sociétés 

Comme à Minneapolis, ou sur la banquise de l’Arctique, le visage du XXIe siècle se joue aussi à Hongkong, dans ce bras de fer planétaire opposant sociétés ouvertes défendant la liberté inaliénable des personnes, et des régimes autoritaires surveillant leur population à grand renfort de big data, et de matraque, sans aucun droit de vote.

En dépit des affirmations des caciques de Pékin, et de certaines chancelleries frileuses, l’avenir de l’île n’est pas seulement une «affaire intérieure» chinoise, mais un enjeu de droit international aux résonances lourdes pour l’avenir de nos sociétés. Nul ne conteste l’appartenance de ce territoire à la Chine, depuis sa rétrocession en 1997. Ce qui est en jeu est la nature du système politique chinois, ainsi que l’autonomie du territoire garantie jusqu’en 2047 par un traité international conclu entre Pékin et Londres sous les auspices de l’ONU.

 

Derrière l’imposition brutale de cette loi de sécurité nationale, le Parti communiste veut étouffer une nouvelle fois l’idée subversive que la Chine peut rimer avec démocratie. Fêtant ses 99 ans d’existence, la formation marxiste-léniniste contrôlée par une clique de grandes familles rouges dont le président Xi Jinping est le représentant impérieux, s’agrippe avec anxiété à son monopole du pouvoir, à l’heure où les difficultés économiques et sociales s’accumulent.

Un Occident divisé

Pour réussir ce tour de passe-passe, le régime joue habilement de la carte nationaliste, flattant le patriotisme sincère de nombre de ses sujets. «Le temps où les Chinois baissaient les yeux est révolu», a affirmé d’un ton bravache Zhang Xiaoming, l’un des hauts cadres en charge des affaires hongkongaises à Pékin, répliquant aux critiques internationales.

Ce rocher conquis par la reine Victoria à l’issue de la première guerre de l’Opium, en 1842, symbolise le «siècle d’humiliation» de la Grande Chine, sous les coups de boutoirs des colonialistes occidentaux. Une blessure intime qui résonne encore haut et fort dans l’opinion du pays le plus peuplé du monde, habilement exploitée par la propagande pour camoufler une réalité inconfortable: la majorité des Hongkongais se considèrent chinois mais ne veulent pas de la dictature du Parti, comme ils l’ont réaffirmé aux élections locales en novembre dernier, en votant massivement pour le camp pandémocrate. Seule une infime minorité brandit le drapeau de l’indépendance, mais Xi préfère attiser cette colère que d’offrir des accommodements qui permettraient la croissance d’une société chinoise libre, sur les traces de la démocratique Taïwan. La stratégie de la terre brûlée est en marche, sous le regard d’un Occident divisé entre une administration Trump aussi brouillonne qu’isolationniste, et une Europe timorée.

 

La France, berceau des Lumières, louvoie, exprimant sa «vive inquiétude», mais peine à prendre des mesures qui imposeraient un «coût» à la deuxième économie mondiale. Le Parti se frotte les mains.

Le «en même temps» macronien sonne comme une capitulation en rase campagne face au rouleau compresseur de Pékin, sans aucune contrepartie tangible. Cette lâcheté n’est pas seulement une faute stratégique, qui sape la crédibilité européenne aux yeux de l’adversaire, elle est une erreur tactique à courte vue.

La faiblesse d’aujourd’hui ne pourra qu’encourager les faucons du régime à pousser leurs feux sur d’autres fronts, à Taïwan, sur la frontière indienne, ou en mer de Chine.

Au lendemain des municipales, le discours du Louvre paraît plus loin que jamais, et la France en Marche a cédé la place à celle du renoncement.

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