MEMORABILIA

« Maîtriser la spirale de violences dans laquelle s’enfonce la France est-il vraiment hors de portée ? »

Alors que les événements violents se multiplient (l’agression d’un chauffeur de bus à Bayonne, la mort d’une jeune gendarme lors d’un contrôle routier notamment), quels sont les moyens juridiques mis à la disposition du ministère de l’Intérieur afin de lui permettre d’endiguer ce fléau ?
Atlantico.
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Atlantico.fr :  Alors que les phénomènes violents se multiplient dans notre société, quels sont les moyens juridiques à la disposition du Ministère de l’Intérieur pour lui permettre d’endiguer ce fléau ?

 

Gérald Pandelon : C’est tout simplement l’application du code pénal qui prévoit en son article 222-13 des peines assez lourdes, 3 années d’emprisonnement outre 45000 euros d’amende. Or, la difficulté réside dans le fait que nous ressentons confusément que le politique a tendance à relativiser ce qui est grave (violences à l’encontre de personnes dépositaires de l’autorité publique), et à absolutiser, d’une certaine façon, ce qui est relativement mineur, comme, par exemple, une réaction légitime de fonctionnaires de police face à des violences subies.

Prenons l’exemple de la réaction judiciaire face aux manifestations des « Gilets jaunes ». La réponse pénale fut d’une étonnante sévérité, s’agissant de personnes qui, en grande majorité et excepté les voyous casseurs habituels qui en ont pris le prétexte pour déverser leur haine habituelle, ne disposaient d’aucune mention à leurs casiers judiciaires. Ce furent pourtant 10000 placement en garde à vue qui furent ordonnés  5000 poursuites pénales diligentées, 2000 comparitions immédiates décidées, 3000 jugements prononcés dont 400 assortis d’un mandat de dépôt. De plus, lorsqu’un gilet jaune à jeté, il n’aurait pas dû, un cocktail Molotov en direction de fonctionnaires de police, il a écopé de la sanction  maximale prévue à cet effet, savoir 5 années de prison, un jugement non amenageable devant un JAP.

A l’inverse, les vrais voyous qui furent ultérieurement nterpellés, écoperent de sanctions plus clémentes. Comprendra qui pourra…

Alain Bauer : C’est moins un problème du ministère de l’intérieur qu’un souci de définition global de ce que doit être une société,de comment « faire société ». Si tout un chacun accepte, pour des raisons de survie, les passages piétons, les feux tricolores ou les ceintures de sécurité, et considère avec défiance celles et ceux qui ne respectent pas les règles de la sécurité routière, il n’en est pas de même dans de nombreux autres secteurs de la vie ou incohérents et injonctions contradictoires anomisent les normes sociales : Il est ainsi difficile de comprendre comment on peut lutter contre l’alcoolisme et proposer la libération de la consommation de produits stupéfiants ? Ou protester contre les intrusions dangereuses de l’etat dans le contrôle des données numériques et accepter sans rechigner d’en fournir des quantités industrielles aux opérateurs privés ?

Le Ministère de l’intérieur, qui n’est pas seulement celui de la sécurité publique en France, subit le désordre et le chaos sans trop savoir à quoi il sert, qui il sert et pourquoi il sert. Les policiers vivent une crise sociale, culturelle, matérielle et surtout morale inédite. Dès lors il produit sa propre anomie en n’étant plus en mesure de résister aux désordres ambiants. Il devient facteur de désordre. Pour lui même et pour la société qu’il doit défendre comme gardien de la paix.

Qu’est-ce que l’anomie ? Comment impacte-t-elle la société française ?

Alain Bauer : Émile Durkheim, le grand criminologue s français impose à partir des 1893  le terme « anomie » qui vient du grec « absence de loi ». Dans son ouvrage, Le Suicide, il s’en sert pour définir une situation sociale, caractérisée par l’affaiblissement de valeurs et de règles et par contrecoup l’effondrement des sociétés qui ne peuvent vivre sans lois. : « L’anomie est donc, dans nos sociétés modernes, un facteur régulier et spécifique des suicides ; elle est une des sources auxquelles s’alimente le contingent annuel. […] [Le suicide anomique] diffère en ce qu’il dépend, non de la manière dont les individus sont attachés à la société, mais de la façon dont elle les réglemente ».Mais ce que Durkheim n’avait peut être pas envisagé, c’est que l’anomie, outre des effets individuels qui perturbent et angoissent les individus, pourrait aussi déclencher une forme de suicide social ou sociétal, un processus collectif d’effondrement.

Pendant longtemps les règles évoluaient au rythme des évolutions et des révolutions. Les sociétés se libéralisaient ou se radicalisaient, mais un processus relativement cohérent permettait de se référer à un corpus idéologique qui déterminait des valeurs et véhiculait un ordre social. Lorsqu’il devenait trop insupportable, le vote ou la rue s’en débarrassaient. Pour autant, la colonne vertébrale des sociétés subsistait.

L’éducation des citoyens français a-t-elle un rôle à jouer dans la résolution des conflits violents qui émergent partout dans notre pays ?

Gérald Pandelon : J’aimerais vous répondre tout naturellement par l’affirmative. Mais pour être ou devenir un citoyen respectueux des lois et valeurs de notre pays, encore faudrait-il, au préalable, que les auteurs d’infractions, sur un plan identitaire, se considèrent comme français. Or, ce qui prévaut n’est rarement le sentiment national au sens où l’entendaient, Péguy, Renan ou Fustel de Coulanges, mais d’abord la culture du pays que ces personnes ont quitté précisément parce qu’ils estimaient, à tort ou à raison, que leurs libertés étaient bafouées. Pourtant, en France, certains de ces délinquants, qui pourraient bénéficier paisiblement des libertés qu’offrent notre pays, reproduisent les violences qu’ils ont voulu abandonner dans leur pays d’origine.Je crois, en effet, que l’on commet d’autant plus aisément un crime ou un délit que le sentiment d’une quelconque francité est évacué. Certes, idéalement, faudrait-il qu’une réelle intégration soit possible.

Mais face aux efforts déployés depuis plus de 30 ans pour y parvenir (la politique de la ville, par exemple) il est possible de considérer qu’il s’agit d’un échec cuisant, lorsque les personnes, concernées par ces faits de violences, la plupart du temps d’origine extra-européenne, préfèrent à la laìcité l’islam, à la France, leur pays d’origine.Ce n’est pas à une modernisation de l’islam que ces individus travaillent mais davantage à une islamisation de la modernité, par les armes, par le sang.

Alain Bauer : Il faudrait surtout trouver les moyens de réconcilier l’Etat et la Nation autour d’un projet commun. La France est un des rares pays ou l’Etat a créé la Nation. Lui a donné un territoire, une langue, une unité. Certains appellent cela le « Roman National », mais il ne s’agit en rien d’une oeuvre de fiction. L’éducation, la culture, sont des éléments de ce qu’on appelle gentiment le « vivre ensemble ». Mais il n’existe pas de société sans règles de civilité. Et la loi de la jungle n’en est justement pas une. Il va falloir beaucoup de travail pour retricoter un espace national tiraillé entre remords colonial, repentance et capacité d’aller de l’avant en rassemblant les forces vives qui dans leur diversité avaient permis de pacifier les relations dans une démocratie apaisée. La première des violences reste l’ignorance…

Gérald Pandelon publie « La France des caïds » aux éditions Max Milo

Alain Bauer a publié avec Roger Dachez « Comment vivre au temps du coronavirus ? – Un manuel pour comprendre et résister » aux éditions du Cerf

 

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