MEMORABILIA

Pour des Etats-Généraux ?…

Scroll down to content

 

Édouard Tétreau: «Le président qui sera élu en 2022 devra être le dernier de la Ve République»

ENTRETIEN – L’essayiste propose de convoquer des états généraux en 2022 pour donner la parole au peuple, afin de refonder le contrat social qui régit la société française.

Par Aziliz Le Corre
Le Figaro.
10 Juillet 2020.
Édouard Tétreau.
Édouard Tétreau. Illustration Fabien Clairefond

Édouard Tétreau est conseiller de dirigeants d’entreprises. Il vient de publier Les États généraux de 2022 aux Éditions de l’Observatoire.


LE FIGARO. – Pourquoi souhaitez-vous convoquer des états généraux en 2022?

Édouard TÉTREAU. – Parce que la crise économique, sociale et politique qui vient, provoquée par le choc sanitaire actuel, va être d’une ampleur historique. Il existe pourtant en France, depuis huit voire quinze siècles, un outil exceptionnel de résolution de nos crises les plus graves: celles où la légitimité du souverain, le consentement à l’impôt, le financement des efforts de guerre, étaient remis en cause. Il s’agit des états généraux, dont la première occurrence a eu lieu en 1302 avec Philippe Le Bel, qui décida de convoquer et de réunir pour la première fois ensemble les représentants des trois états de la France: la noblesse, le clergé et le tiers état. Jules Michelet les a assimilés au véritable acte de naissance de la France. Du financement de la guerre de Cent Ans à la conversion au catholicisme d’Henri IV en passant par les grandes ordonnances de 1357, ils ont permis au pays de traverser les pires épreuves et d’en sortir renforcé.

Je plaide pour une convocation des états généraux de la France immédiatement après l’élection présidentielle de 2022. Ils sont notre dernière chance de réécrire sans violence le contrat social de la nation, d’accomplir son unité, de la doter d’institutions capables de préserver la démocratie et une prospérité partagée, respectueuse de l’environnement, dans un monde en ébullition.

Le grand débat national était-il une initiative qui allait dans le sens des états généraux?

Non, parce que le grand débat, au-delà d’un exercice remarquable de théâtre présidentiel, n’a débouché sur rien de concret ; aucune mesure institutionnelle, aucun changement de direction, aucune loi. Le gouvernement a continué d’exécuter son programme, sans tenir compte des 2 millions de contributions numériques et des 10.000 réunions locales. Beaucoup de questions ont été évincées du débat, comme celles de l’islam et de l’identité nationale.

Idem pour la Convention citoyenne pour le climat, dont le sujet fut «absolutisé» et déterminé d’en haut, au lieu de commencer par recueillir les demandes et les solutions du terrain, du peuple, dans un agenda plus large. Si le futur chef de l’État, quel qu’il soit, devait utiliser les états généraux de 2022 comme une astuce voire une duperie dans le seul but de maintenir son pouvoir, alors ce sera l’échec et le chaos. Comme lors des derniers états généraux de 1789, qui furent un désastre. Et nous aurons le retour des enfants de 1793: l’extrême gauche insurrectionnelle, qui veut en finir avec la démocratie.

L’objectif des états généraux de 2022 est simple: produire une nouvelle constitution, des lois et décrets afin de réorganiser le pouvoir en France, pour que notre pays relève les défis du XXIe siècle. Il faut reconfigurer le pouvoir, en s’appuyant sur la vraie richesse de ce pays: les gens; le terrain; l’esprit d’initiative. Et non plus une structure étatique jacobine fossilisée et de plus en plus déconnectée.

Les outils numériques permettront cette reconnexion, ainsi qu’un audit majeur de la nation, l’organisation de débats locaux et la préparation de cahiers de doléances numériques. Les outils de traitement de l’information de masse («big data») ouvrent des perspectives inouïes pour susciter et mettre en dynamique l’intelligence collective des Français, qui nous permettra de sortir de la crise.

Nous sommes arrivés au bout d’un système où la centralisation de l’État a fait du peuple un étranger dans son propre pays

Édouard Tétreau

Quels seraient les grands chantiers de ces états généraux, à votre avis?

Le premier chantier relève d’une «quête de sens». Face à un péril mortel, nous devons répondre à ces questions essentielles: qui voulons-nous être ensemble? Au nom de quelles valeurs et intérêts communs, malgré nos profondes différences, sommes-nous prêts à nous battre?

Le deuxième volet relève de la renaissance culturelle. Aujourd’hui, nous n’osons plus «faire nation», alors qu’elle seule peut nous réunir. La question de l’islam sera ainsi centrale dans les états généraux de 2022. Pouvons-nous avoir une composante de la nation qui remette en cause la liberté de conscience avec la criminalisation de l’apostasie, l’égalité entre les hommes et les femmes, ou qui sacralise la violence? Les politiques, à l’exception notable de Nicolas Sarkozy, ont laissé cette lourde question de côté. Elle est pourtant trop importante pour être évacuée par une loi ou un décret.

Enfin, il nous faudra faire une véritable révolution de l’impôt. Nous faisons société en consentant, ou non, à consacrer une part substantielle de nos revenus à la vie de la nation: sa défense; sa sécurité; son rapport aux autres nations; l’éducation de nos enfants; l’investissement dans l’avenir, particulièrement la transition écologique. Un grand nombre de révolutions se sont faites sur la question de l’impôt, donc n’attendons pas les émeutes pour remettre les choses à plat. Nous devons déterminer les priorités budgétaires à venir.

Pensez-vous que le pouvoir en sortira renforcé?

Je souhaite que le président de la République élu en 2022 soit le dernier président de la Ve République. Quelle que soit son intelligence, son courage, sa capacité à prendre des risques, le nombre et la qualité des fonctionnaires qui font tourner l’État, le pouvoir n’y arrive plus. Face aux désordres qui viennent, nous allons ressentir le besoin de trouver l’homme providentiel. Mais, quel qu’il soit, il ne pourra pas réécrire le contrat social tout seul.

Marc Bloch écrivait dans L’Étrange Défaite: «Notre peuple mérite qu’on se fie à lui et qu’on le mette dans la confidence.» Si nous ne le faisons pas, alors le pouvoir ne peut plus fonctionner. Nous sommes arrivés au bout d’un système où la centralisation de l’État a fait du peuple un étranger dans son propre pays. Il est temps de dissoudre enfin le Club des jacobins! La France étouffe sous la norme, le parisianisme et la verticalité. Elle renaîtra avec les Français et cet exercice pluriséculaire d’états généraux.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :