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« L’Europe paralysée face au péril turc » Atlantico.

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« L’Europe paralysée face au péril turc : cette question brûlante à poser à Emmanuel Macron » Atlantico.

 14 juillet 2020.

 ATLANTICO.

 

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 Atlantico : Quels sont les objectifs de la Turquie sur la scène politique mondiale, régionale, nationale?

Dov Zerah : Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, d’abord comme premier ministre puis comme président de la République, Recyp Tayyip ERDOGAN n’a cessé d’affirmer, dans les paroles et les actes, sa volonté de retrouver une zone
d’influence à défaut de reconstituer l’Empire ottoman.

Cela s’est manifesté par :
– Une intervention militaire en Syrie pour éviter la constitution d’un État kurde et remettre en cause le régime de Bachar Al ASSAD
– Des entreprises turques très actives en Afrique sub-saharienne avec le concours de crédits commerciaux garantis par l’État
– Un soutien actif à de nombreuses associations caritatives à Jérusalem au grand dam de l’autorité palestinienne
– Une défense du Hamas à Gaza au point d’avoir organisé et envoyé uneflottille contre la marine israélienne
– Des attaques répétées contre Israël notamment sur le sujet des champs pétrolifères au large des côtes israéliennes
– Ses interventions discrètes mais réelles en Tunisie en appui du mouvement islamiste Ennhdha de la mouvance des frères musulmans, véritable maître du pays
– L’envoi de troupes en Libye pour soutenir et défendre le Gouvernement d’union nationale, GNA, de Fayez al-SARRAJ
– Le chantage permanent fait à l’Europe sur les migrants
– La promotion des mouvements affiliés aux « frères musulmans » partout où se présente une opportunité
– La transformation de Sainte Sophie en mosquée constitue la dernière manifestation de cette affirmation
– …
Le retrait américain a favorisé cette stratégie partout où la situation laissait apparaitre des faiblesses ou une opportunité.

Nous devons faire face à un impérialisme turc qui développe une stratégie tous
azimuts et utilisant tous les moyens y compris la force militaire, sans
autorisation de l’ONU.

 

Alexandre Del Valle : Au niveau international la Turquie d’Erdogan est extrêmement ambitieuse. Elle souhaite devenir un acteur qui puisse parler d’égal à égal avec les deux grandes anciennes superpuissances: les États-Unis et la Russie. C’est déjà le cas avec la Russie. Les négociations sur le découpage de la Syrie après la guerre ont hissé Erdogan au niveau de Poutine. Du côté des Américains, Erdogan semble entretenir une correspondance téléphonique quotidienne avec Donald Trump, ce qui lui a permis d’écraser les factions kurdes dans le nord ouest syriens zones protégées jadis par les Américains.

Concernant la Libye, difficile de ne pas y voir un point commun avec les actions menées par la Turquie au Soudan, en Érythrée, au Quatar ou même en Tunisie : le but est d’obtenir des bases, des comptoirs en vue d’objectifs commerciaux. La Libye est une porte d’entrée sur l’ensemble du continent africain. Cette nouvelle base militaire entre dans la continuité de la stratégie économique de la Turquie en Afrique.

L’implantation de bases militaires turques en Mauritanie s’inscrit dans cette politique d’échanges économiques voulu par Erdogan avec les pays musulmans d’Afrique : les contrats peuvent autant relever de l’ordre de la haute industrie que du culturel ou sociétal. Comme les Chinois, ils se présentent comme un puissance amicale, alternative à l’Européen ex-colonisateur ( une aberration lorsqu’on se souvient de la Turquie impériale et coloniale de l’empire Ottoman ).

En approfondissant ses relations avec la Mauritanie, pays du G5 Sahel servant également de base arrière à de nombreux terroriste jihadistes, la Turquie joue un double jeu sur la scène politique régionale : en investissant dans des projets onusiens d’aide à la population tout en maintenant de bonnes réactions avec les forces jihadistes, elle s’impose comme une force incontournable lors des négociations.

Le rétablissement de la basilique Sainte Sophie en mosquée, joyaux de l’Église orthodoxe ( qui avait déjà été transformée en mosquée pendant 5 siècles ) envoie un message clair au monde musulman. L’objectif est de séduire son électorat islamiste nationaliste, en « déoccidentalisant » le pays. Cette action permet de polariser la Turquie contre le monde extérieur, face aux chrétiens, en cherchant à séduire les musulmans du monde entier. Ainsi Erdogan devient un modèle d’islam politique.

Avec une politique étrangère extrêmement active, tant en Afrique qu’au Moyen-Orient ou encore dans les Balkans, la Turquie a su devenir un acteur incontournable de ce monde multipolaire.

 

Comment expliquer la paralysie de l’Europe face aux actions turques ? Représentent-ils une menace pour l’Europe ?

Dov Zerah : Dans ce contexte, l’Europe parait particulièrement absente. Nonobstant ses prétentions séculaires sur son ancienne colonie, l’Italie semble impuissante. Malgré son influence sur le pays depuis la seconde guerre mondiale, le Royaume Uni semble lointain. L’Allemagne s’est contentée d’accueillir une conférence internationale à Berlin soutenue par l’ONU ; elle n’a pas les coudées franches car, au-delà de sa proximité historique avec Ankara, elle ne peut ignorer la présence de 4 millions de personnes d’origine turque.

Seule la France soutient la contradiction avec sa marine et n’hésitant pas à pointer et qualifier la « responsabilité historique et criminelle » de la Turquie. L’appartenance des deux pays à l’OTAN n’a pas empêché la confrontation des deux marines le 10 juin dernier ; le Courbet s’était juste approché d’un navire en train de violer l’embargo international. L’intervention de la marine turque s’apparente à un acte de guerre contre la France, au sens du droit international…

Alexandre Del Valle : La Turquie demeure une menace permanente en Méditerranée : relations tendues avec Chypre et la Grèce, tensions avec l’Égypte, interdictions illégales de forages pour des entreprises italiennes … Rien ne semble stopper la volonté de domination de la Turquie sur le bassin méditerranéen. Personne ne souhaite entrer en guerre contre elle. L’OTAN ne peut entrer en guerre contre l’un de ses propres membres, les États-Unis ont trop peur de la proximité des Turques avec la Russie et tentent sans grande conviction de tempérer les ardeurs impérialistes d’Erdogan, quant à l’armée égyptienne, elle ne pourra pas rivaliser avec celle des Turques.

Dans un accord cynique signée avec la Russie, la Turquie s’est protégée du seul pays capable de lui nuire.  Très pragmatiquement, Erdogan a abandonné les islamistes des  3/4 de la Syrie, en échange d’une chasse gardée dans le nord est. En doublant cet accord d’un contrat gazier avec les Russes , la Turquie s’est protégée de tout attaque militaire. Elle poursuit donc son expansion.

Comment l’Europe et la France doivent-ils réagir ?

Dov Zerah : Cet exemple comme bien d’autres démontre que la désunion entre les pays européens est préjudiciable à tous. Il faudra que l’Europe choisisse entre « la stratégie des bourgeois de Calais »refusant de combattre pour protéger leurs flux commerciaux et « la volonté de réécrire l’histoire » pour protéger son modèle.

Cela parait de plus en plus urgent et indispensable surtout avec les événements récents survenus au Mali. Alors que la France et ses alliés contrôle les mouvements djihadistes dans la Nord du pays, les manifestations de Bamako à l’initiative de l’imam Mahmoud DICKO déstabilise le pouvoir malien et risquent d’ouvrir à côté de la Libye un nouveau foyer de troubles…

Les réactions européennes peuvent être nombreuse :

– L’Europe ne doit pas oublier qu’elle dispose de suffisamment de moyens économiques pour contenir l’expansionnisme turc- Parallèlement, elle doit critiquer, notamment au sein du Conseil de l’Europe dont la Turquie est membre, toutes les violations des droits del’homme enregistrées dans ce pays depuis de nombreuses années, et surtout depuis le « coup d’État » de l’été 2016.
– Enfin, il est grand temps de déclarer que la Turquie ne fait pas partie de l’Europe et ne peut rejoindre son organisation politique
– Enfin, il est grand temps de s’interroger sur la place de la Turquie dans l’OTAN.

Alexandre Del Valle : La France est le seul pays européen à avoir envoyé une flotte de belligérance à l’encontre des Turcs. Mais dans les faits, les timides sanctions que la France a voulu faire appliquer à l’égard de la Turquie, proposées au Parlement Européen, n’ont eu aucun impact.

Pour autant, nous assistons aujourd’hui à un rapprochement indirect entre Israël et certains pays arabes comme l’Égypte et à un rapprochement direct entre les pays arabes et la Grèce.

Tout ceux qui se sentent menacés par la Turquie semblent chercher à s’unir face à l’éventualité d’une guerre avec Erdogan.

 

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