MEMORABILIA

Washington veut contrer «l’empire maritime» chinois.

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DÉCRYPTAGE – L’Administration Trump juge illégales les revendications de Pékin en mer de Chine méridionale.

14 juillet 2020.
Le Figaro

Envoyé spécial à Pekin

Washington hausse le ton face aux ambitions maritimes de Pékin, joignant la parole aux actes. Après avoir déployé deux porte-avions nucléaires dans les eaux tropicales de la mer de Chine du Sud, il y a quelques jours, les États-Unis lancent une nouvelle offensive diplomatique contre les ambitions de la deuxième puissance mondiale sur cette voie maritime stratégique, en pleine escalade des tensions à Hongkong, et sur l’origine de la pandémie.

 

«Nous le disons clairement: les revendications de Pékin sur les ressources offshore dans la plus grande partie de la mer de Chine méridionale sont complètement illégales, de même que sa campagne d’intimidation pour les contrôler», a déclaré Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, dans un communiqué publié lundi. Affichant la détermination de Washington à enrayer la montée en puissance chinoise en Asie du Sud-Est, Mike Pompeo a juré que «le monde ne permettra pas à la Chine de traiter la mer de Chine méridionale comme son empire maritime».

Le chef de la diplomatie américaine se réfère explicitement à un jugement de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, qui avait, en 2016, mis en pièces les arguments de la Chine, laquelle affirme sa souveraineté sur 90% de ces eaux riches en ressources, en brandissant des «droits historiques». À l’époque, ce tribunal international avait démonté la position chinoise offrant une victoire juridique aux Philippines, s’appuyant sur la Convention sur le droit de la mer de l’ONU (Unclos). Washington prend désormais ouvertement fait et cause pour Manille, et encourage Hanoï à traîner à son tour le Dragon devant ce tribunal, sortant de sa réserve diplomatique pour piétiner sur la carte la «langue de buffle», cet immense espace revendiqué par la Chine qui englobe l’essentiel de cette mer, par où transite un tiers du commerce maritime mondial. Le président philippin Rodrigo Duterte a également demandé à Pékin de se plier au verdict, une première pour l’iconoclaste dirigeant qui s’était rapproché de l’empire du Milieu depuis son arrivée au pouvoir en 2016.

 

Jusqu’ici, Washington se tenait prudemment à l’écart de la mêlée, se contentant de défendre la «liberté de navigation» sur ces «eaux internationales», sans prendre parti entre la Chine et ses voisins, dont le Vietnam, les Philippines, la Malaisie ou l’Indonésie. Désormais, l’Administration Trump pointe ostensiblement du doigt la Chine, même si elle se garde d’appuyer formellement les revendications des autres plaignants. «Les États-Unis ont décidé de sortir d’une position implicite pour embrasser plus ouvertement les revendications des autres pays riverains», juge Collin Koh, chercheur à la S. Rajaratnam School of International Studies, à Singapour. Par le passé, la première puissance mondiale était réticente à se référer au jugement de La Haye, alors qu’elle n’a pas ratifié l’Unclos, qui définit les droits et les usages des océans.

Ce changement de braquet marque un nouveau seuil dans la détérioration des relations sino-américaines, marquées par une avalanche de sanctions mutuelles ces derniers jours, à la suite de l’imposition d’une loi de sécurité nationale à Hongkong, et au traitement infligé aux populations musulmanes du Xinjiang par le régime communiste. L’entrevue entre Pompeo, et Yang Jiechi, le plus haut responsable de la diplomatie chinoise, à Hawaï, le 17 juin dernier, n’a pas détendu l’atmosphère. Pékin a dénoncé la nouvelle ligne américaine en mer de Chine du Sud comme «totalement injustifiée» et a réaffirmé qu’elle contrôlait ces eaux «depuis des milliers d’années», selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Zhao Lijian.

Le monde ne permettra pas à la Chine de traiter la mer de Chine méridionale comme son empire maritime.

Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain

Il s’agit de savoir si cette nouvelle offensive verbale augure d’une politique américaine plus robuste sur ce front sensible, ou simplement d’un coup de menton dont l’administration Trump est friande. «Elle peut signaler une approche plus complète en mer de Chine, allant au-delà des exercices de liberté de navigation, avec à la clé des sanctions économiques punitives» selon Koh. Avec en ligne de mire les entreprises chinoises actives dans la région.

 

Ce durcissement pourrait déclencher une réplique de Pékin, qui vient de créer deux entités administratives dans les Paracels et les Spratley et mène une militarisation des îles artificielles qu’elle bâtit pour asseoir ses prétentions. «Dans une période de nationalisme croissant, la marine pourrait profiter de cette annonce pour devenir encore plus offensive. Elle pourrait par exemple déclarer une zone d’identification aérienne» avance Kesley Broderick, dans une note du cabinet Eurasia Group.

Ce contexte attise les risques d’accrochage en mer, alors que les deux marines ont multiplié leurs activités dans la zone depuis quelques mois. Les porte-avions USS Reagan, et USS Nimitz ont effectué des manœuvres d’ampleur ces derniers jours, et des bâtiments américains pénètrent régulièrement dans les 12 miles nautiques des îles artificielles bâties par la Chine, escortés de près par des navires adverses.

» Notre dossier – Guerre commerciale: tout comprendre sur le bras de fer Chine – États-Unis

L’Armée populaire de libération a elle aussi mené des manœuvres navales dans l’archipel des Paracels fin juin. Le risque d’un conflit direct est jugé minime. «Personne ne pousse à un affrontement ouvert. La Chine pense qu’elle peut emporter la partie grâce à une guerre d’usure, tandis que l’Administration Trump a montré peu d’appétit pour une confrontation militaire» juge Roderick. Pour autant, l’escalade des tensions est «significative» cette année, et aucune des puissances rivales ne compte «baisser la température».

 

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