MEMORABILIA

« L’AZERBAÏDJAN EST L’UN DES BRAS ARMÉS DE LA TURQUIE » Valérie Boyer.

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Député LR des les Bouches-du-Rhône, Valérie Boyer fait partie du « Groupe d’Amitié France-Arménie » de l’Assemblée nationale. Elle analyse pour L’Incorrect les affrontements entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan qui ont causé seize morts la semaine dernière.

L’Incorrect.

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– Pourquoi ces combats ont-ils eu lieu dans la province du Tavush ?

 

Il y a des incidents très fréquents, quasi-quotidiens, entre les deux pays depuis la fin du conflit, à la frontière de l’Azerbaïdjan et du Haut-Karabagh. Ces derniers jours, des combats ont eu lieu dans la province du Tavush, qui est limitrophe de l’Arménie, du Haut-Karabagh et de l’Azerbaïdjan. Précisons qu’il s’agit de de terres assez agricoles. Je ne sais pas pourquoi ces affrontements se sont passés précisément en Arménie alors que généralement ils ont lieu à la frontière du Haut-Karabagh et de l’Azerbaïdjan. Il y a des frictions et des morts quasiment toutes les semaines mais là on est passé à un niveau différent. C’est un conflit entre États. Je n’ai pas d’informations au sujet d’éventuels dommages pour la population civile, mais il s’agit d’une région qui n’est pas très peuplée.

Est-ce que vous craigniez un embrasement entre les deux camps qui se livrent également une guerre des mots, se rejettent la responsabilité des affrontements, et font partie d’alliances militaires opposées ? L’Arménie est alliée à la Russie et l’Azerbaïdjan est allié à la Turquie, elle-même membre de l’OTAN.

L’alliance de la Turquie avec l’OTAN pose une vraie question aujourd’hui, étant donné le nombre d’agressions turques vis-à-vis de membres de l’Alliance. La Turquie a récemment survolé des zones terrestres grecques peuplées, pas seulement des îles, avec des avions militaires armés. Il y a des agressions turques perpétuelles en Libye, à Chypre et en Syrie.

Le conflit ethnique dans le Haut-Karabagh n’est pas réglé pour autant. Et cette situation se perpétue dans l’indifférence internationale en dehors des protagonistes des accords de Minsk

Depuis vingt ans les accords de Minsk maintiennent à une sorte de paix. Le conflit ethnique dans le Haut-Karabagh n’est pas réglé pour autant. Et cette situation se perpétue dans l’indifférence internationale en dehors des protagonistes des accords de Minsk. Dans ces conditions, on peut effectivement craindre un embrasement militaire. Enfin, l’Azerbaïdjan est clairement devenu un des bras armés de la Turquie. D’ailleurs ce pays devient de plus en plus turcophile et turcophone. Il est difficile de ne pas voir l’assentiment, l’influence voire la main de la Turquie dans les événements qui ont fait seize morts.

Quel rôle devrait jouer la France et l’UE dans cette crise ?

Pour commencer, l’Europe devrait avoir une unité diplomatique. Ce n’est pas le cas aujourd’hui parce qu’il y a des différences profondes à l’endroit du sujet turc. Il n’y a pas de diplomatie européenne aujourd’hui. En revanche, les protagonistes de l’accord de Minsk pourraient se manifester. De son côté, la France pourrait demander tout simplement que ces attaques cessent. Elle pourrait également éclaircir la position de la Turquie dans l’OTAN. Comment un pays de l’OTAN peut-il à ce point se désolidariser de la diplomatie et des actions de l’organisation ? Je rappelle que depuis 1974, la Turquie occupe la moitié de Chypre. La Turquie est dans une diplomatie de la menace qui est de plus en plus délictueuse.

Est-ce que vous pensez que cette affaire entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan entre dans la politique néo ottomane menée par Recep Tayyip Erdogan ?

Bien évidemment. Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas caché de ses intentions et quoi qu’il arrive de toutes désormais, c’est un front ouvert. Il y en a déjà un en Libye avec la déstabilisation programmée et annoncée par Recep Tayyip Erdogan de la Tunisie. Il y a des difficultés autour de Chypre avec l’occupation turque d’un pays de l’OTAN et membre de l’Union Européenne, ce qui est schizophrénique. La Turquie mène aussi des attaques en méditerranée orientale au sujet des forages pétroliers. Récemment, lors de sa visite à Paris, le Premier ministre grec a souligné des survols turcs hostiles dans l’espace aérien grec, au-dessus de zones peuplées. Il y a aussi une ambivalence totale de la Turquie vis-à-vis de la Syrie.

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J’espère que ce n’est pas le cas, mais ces combats pourraient être l’ouverture d’un nouveau front dans le Sud-Caucase, avec l’appui de l’Azerbaïdjan qui est l’un des bras armés de la Turquie. Les responsables d’exactions dans cette zone ont été décorés par Aliyev. Aujourd’hui l’Azerbaïdjan connaît d’importants troubles internes, le pays subit une crise liée au cours du pétrole. De mémoire, je crois qu’ils avaient fait leurs prévisions budgétaires sur des cours du pétrole autour de soixante-cinq, soixante-dix euros le baril. Aujourd’hui, les cours sont à moins de quarante euros, ce qui rend leur économie fragile. Concomitamment, il y a probablement une usure de la société civile. Des manifestations ont eu lieu en Azerbaïdjan, ce qui est assez inédit pour un pays aussi sévère. Et notamment des manifestations arménophobes très fortes. Ces troubles sont les fruits d’années de propagande anti-arménienne par le gouvernement. Les Arméniens sont un peu les juifs du Sud-Caucase… Or aujourd’hui les dirigeants azerbaïdjanais sont quelque peu débordés par ces manifestations.

Il est certain qu’il y a un entrisme de plus en plus important de la Turquie : sur les plans militaire, diplomatique, institutionnel et même celui de la langue en Azerbaïdjan

J’ignore s’il s’agit d’une guerre des clans chez M. et Mme. Aliyev (président de l’Azerbaïdjan depuis 2003, ndlr), mais il est certain qu’il y a un entrisme de plus en plus important de la Turquie : sur les plans militaire, diplomatique, institutionnel et même sur celui de la langue en Azerbaïdjan. Il y a des mouvements de déstabilisation à l’intérieur du pays qui sont probablement aggravés par l’usure du pouvoir et par la crise que subissent les pays producteurs de pétrole. C’est donc un lieu de déstabilisation supplémentaire et l’Arménie subit cela de plein fouet. Cela étant, je ne sais pas exactement pourquoi il y a un ce regain de violence subite depuis une semaine. Soit quelque chose a été fait à l’insu du pouvoir d’Aliyev, mais cela serait étonnant, soit il s’agit d’une manœuvre de diversion pour faire en sorte que les regards se tournent dans le Tavush et pour frapper ailleurs. En tout cas il y a une logique et une cohérence stratégique de la part de la Turquie aujourd’hui : attaquer sur tous les fronts et de poursuivre son entreprise de déstabilisation globale afin de mettre en œuvre le programme clairement édicté par Recep Tayyip Erdogan : un nouvel empire ottoman.

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