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“L’Occident va disparaître” : Michel Onfray.

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“L’Occident va disparaître” : Onfray livre sa sombre vision du “monde d’après” sur Thinkerview

Valeurs actuelles
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– Le 17 juillet, Michel Onfray était l’invité de l’émission web Thinkerview. Pendant près de 2h30, il a longuement disserté sur l’actualité politique et la France de Macron. Parmi les thèmes abordés, celui du déclin de l’Occident. Retour sur les sombres prédictions du philosophe normand.

 

Le 17 juillet, à la grande surprise de ses auditeurs, Sky, mystérieux fondateur du think-tank et de la web-tv Thinkerview, accueille Michel Onfray sur son plateau. Ce jour-là, l’auteur de Décadence semble décontracté, chemise blanche sur fond noir, à l’abri des interruptions permanentes et du temps court des plateaux de télévision. Après s’être étrillés publiquement sur les réseaux sociaux en 2019, à la suite des multiples refus du philosophe normand d’apparaître dans l’émission, les deux hommes se sont enfin réconciliés.

Déchristianisation, la fin d’un cycle civilisationnel

Pour une fois, Onfray a tout le loisir d’exposer ses thèses en détail. Installé dans la pénombre du plateau, le post-anarchiste fait face au redoutable présentateur anonyme, Sky, réputé pour son ton offensif. Dans les premières minutes de l’émission, une question mène le philosophe à s’interroger sur la décadence de la civilisation européenne, un de ses thèmes favoris.

Au début son intervention, Onfray commence par rappeler une première évidence : « Il faut mettre l’Europe en relation avec le judéo-christianisme, ce qui rend possible l’Occident. » Fait rare pour un homme de gauche, ce dernier ne décrit pas la Révolution française comme la seule et unique genèse de l’Occident moderne. Pour autant, Michel Onfray ne pousse l’originalité jusqu’à épouser un quelconque discours conservateur. Sans plus tarder, ce dernier renoue avec son nietzschéisme de toujours et énonce ce qui lui semble être une seconde évidence : la mort de Dieu.

Ce qui fait le fond de notre civilisation est épuisé.

Sur un ton plus calme que d’habitude, le philosophe s’explique : « Le christianisme ne fonctionne plus chez les chrétiens : ils ne croient plus au purgatoire, à l’enfer, à la parousie, à Satan, à l’eucharistie, à la virginité de Marie… » Il poursuit : « Tout ce qui était dogmatique, tout ce qui supposait une foi a disparu. »

Pour étayer son propos, le cofondateur de Front populaire, revue souverainiste parue pour la première fois cet été, envoie une pique aux admirateurs du pape François, figure qu’il semble ériger en symbole du désert spirituel européen : « On a un pape qui est un boy-scout, qui nous dit qu’il “faut aimer ceci ou aimer cela“, “sauver la planète”… (…) C’est Greta Thunberg sans la transcendance. » Non content d’avoir lancé cette dernière saillie, l’habitué des polémiques termine sur une note plus grave encore : « Ce qui fait le fond de notre civilisation est épuisé. »

Tout ce qui détruit est formidable

Se gardant de toute pensée mécaniste, diablerie méthodologique qu’il laisse à ses confrères marxistes, le fondateur de l’Université populaire de Caen relativise son propos, affirmant que la déchristianisation n’est pas le seul vecteur du déclin occidental. En plus du vide religieux européen, le philosophe défend que l’appétence contemporaine pour la déconstruction serait à l’origine du phénomène : « Nous sommes dans une civilisation de l’épuisement. Nous n’aimons que ce qui nous déteste, tout ce qui nous détruit est [perçu comme] formidable », dit-il. Dépité, il ajoute dans un soupir : « Il y a une passion pour la déconstruction. Il faut détruire la vérité, l’Histoire… »

L’histoire, ou plutôt le révisionnisme historique, voilà le fer de lance de la déconstruction pour Michel Onfray. « L’Histoire n’existe plus. Il n’est plus question de savoir qui a fait quoi, comment les choses ont pu fonctionner etc. », s’indigne-t-il. En bon professeur, ce dernier se montre pédagogue et donne un exemple en lien avec l’actualité brûlante de l’antiracisme militant. « Il n’est plus question de savoir ce qu’ont été les traites négrières. Il y a une “méchante traite” : celle assurée par les blancs. Et il y a une “bonne traite” : celle assurée par les musulmans », ironise l’ancien enseignant en lycée technique, devant un Sky inhabituellement silencieux.

Il n’y a pas d’un côté les héros et de l’autre les salauds.

Loin d’en avoir fini sur ce sujet, le philosophe complète son analyse. Selon lui, la repentance historique aurait depuis longtemps franchi les murs de l’Université pour se trouver d’importants relais politiques. « Christiane Taubira, ancienne garde des Sceaux, lorsqu’elle parle de crimes contre l’humanité, souhaite absolument qu’on ne parle pas de cette traite-là, déclare Onfray au sujet de la traite musulmane. C’est de l’idéologie, ce n’est pas de l’Histoire. »

Hélas, pour cet indécrottable contre-historien, la traite négrière est loin d’être la seule période en proie au révisionnisme de quelques idéologues. « Il y a une lecture de la Guerre d’Algérie qui est légendaire », dit-il. Avant de rappeler : « Le travail du philosophe est de dé-mythologiser. Il n’y a pas d’un côté les héros et de l’autre les salauds. »

Vers la civilisation du transhumanisme ?

Malgré son défaitisme, Onfray compte bien combattre la décadence jusqu’au bout. Pour autant, ce dernier ne se fait pas d’illusions. « Je ne crois pas qu’on pourrait changer véritablement les choses. Mais il faut résister, tenir debout », face à « l’avachissement, à la génuflexion », martèle le penseur iconoclaste devant l’œil médusé des spectateurs. Comme pour assombrir le tableau, l’hôte de Sky continue son analyse décadentiste, dépeignant un effacement de la civilité faisant place au « triomphe de l’instinct » : « Je pense que la France en est à un stade de coma et de mort avancé. »

Selon lui, l’état de « barbarie » dans lequel nous vivrions actuellement serait en phase de « générer une autre civilisation », fruit d’une connivence inconsciente entre ceux qui prétendent « défaire l’ordre mondial », « idiots utiles du capitalisme », et les individus disposant d’une « richesse planétaire », leur conférant une puissance supérieure à celle des Etats.

D’après lui, l’action conjuguée de ces deux catégories de populations emmènerait inéluctablement l’Occident vers le transhumanisme : « La disparition des Etats rend possible l’apparition de certains individus qui sont des richesses planétaires qui peuvent tout acheter, dit-il. La seule chose qu’ils ne peuvent pas acheter, c’est la santé, la vie. Que disent ces gens-là ? “Je veux vivre toujours”. C’est le symptôme du narcissisme absolu. Cet égocentrisme perpétuel fait que certains ne veulent pas mourir : c’est le transhumanisme. »

1984 n’est pas à venir, c’est maintenant.

Poursuivant sa réflexion, il ajoute : « On voit bien que les altermondialistes, les anticapitalistes et les antifascistes sont des gens qui travaillent pour le Capital, puisqu’ils veulent détruire toutes les identités, la nature et que les femmes pauvres vendent leurs utérus »,commence-t-il. « Quand ces gens descendent dans la rue en disant “le fascisme ne passera pas”, ils sont en train de faire le nécessaire pour que Google, Facebook et Elon Musk puissent parvenir à réaliser ce projet transhumaniste. » Révolté, le philosophe dénonce : « Le transhumanisme, ce sont les GAFAM. »

Loin de considérer cette évolution comme une forme de progrès, l’auteur de la Théorie de la dictature semble plutôt percevoir ce changement civilisationnel comme un lent glissement vers une nouvelle forme de totalitarisme : « Le transhumanisme suppose la marchandisation de tout ce qui existe : Nature, air, eau, animaux… » Plus encore, le philosophe assimile même cette déviance aux prédictions de George Orwell dans son roman dystopique 1984 : « On s’en va vers une mécanisation généralisée de la planète, première civilisation véritablement universelle. » Sombre, le sulfureux proudhonien conclut : « Il suffit d’aller voir du côté de George Orwell pour comprendre que 1984 n’est pas à venir, c’est maintenant. »

 

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