MEMORABILIA

Menace fantôme sur l’Iran

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Depuis plusieurs semaines, de nombreuses installations stratégiques partent enfumée dans l’ancienne Perse. Une guerre des nerfs dans laquelle Israël tente de gagner un temps précieux contre Téhéran.

Le 2 juillet, une explosions’est fait entendre dans le site ultrasensible de Natanz, qui abrite les centrifugeuses de dernière génération de la République islamique d’Iran, plongeant les autorités dans la consternation. Des mois voire des années de travail et d’investissements coûteux sont ainsi partis enfumée. Depuis la fin mai, les incidents de ce type se multiplient. On en dénombre plus d’une vingtaine, avec parmi eux une usine de missiles, une clinique de Téhéran, un port important et de nombreux sites du secteur de l’énergie. Les statistiques montrent quel’année dernière à la même époque, d’autres incendies du même genre avaient eu lieu sans attirer l’attention. En cause, l’été brûlant qui règne en Iran, avec un thermomètre qui tutoie les 40 °C, combiné à la vétusté de certaines installations, qui, parfois, embargo oblige, manquent de pièces détachées. Et pourtant, le caractère stratégique des sites touchés cette fois-ci fait courir tous les bruits. Les autorités iraniennes elles-mêmes indiquent que des enquêtes sont ouvertes et que les coupables seront démasqués. Le 21 juillet, l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême de la révolution, recevait le nouveau Premier ministre irakien Mustafa al-Kadhimi. L’occasion de l’appuyer pour le retrait définitif des troupes américaines et de rappeler, le ton lourd, que le général Qassem Soleimani n’avait toujours pas été vengé. En attendant, les incendies sont toujours là et les plus folles rumeurs font état de raids de chasseurs bombardiers furtifs F-35 israéliens, frappant en secret.

Plus vraisemblablement, on assiste à une campagne de guerre électronique, dans laquelle l’État hébreu excelle, avec son unité 8200. De quoi inspirer les scénaristes du Bureau des légendes pour plusieurs épisodes… De fait, en 2009, Israël avait déjà conduit une opération contre le secteur nucléaire iranien grâce au ver informatique Stuxnet. Le programme avait déjoué les défenses iraniennes, poussant à fond la vitesse des centrifugeuses pour qu’elles se détruisent elles-mêmes. Depuis, les deux pays se livrent une guerre silencieuse à coups de lignes de code par claviers interposés. Les Iraniens seraient ainsi les auteurs d’une cyberattaque déjouée in extremis en mai dernier, dont l’objectif était d’augmenter les doses de chlore dans les réseaux hydrauliques israéliens, mais aussi de certaines pannes mystérieuses frappant les États-Unis depuis quelques semaines.

“Il ne s’agit plus des’attaquer aux tentacules de la pieuvre mais de frapper à la tête”

Une ligne rouge pour Jérusalem, qui a servi, entre autres, d’argument pour accélérer largement les opérations contre Téhéran. En janvier dernier, quand les Américains ont fait exploser le convoi du général Qassem Soleimani, ils l’ont fait notamment à l’aide d’informations obtenues parle Mossad. « Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, n’oublie pas qu’il est aussi l’ancien chef de la CIA et un très bon amide Yossi Cohen, le patron du renseignement extérieur israélien. Leur bonne relation personnelle compte beaucoup, jamais les échanges entre les deux services n’ont été aussi étroits » , nous explique David Khalfa, chercheur associé au Center for Peace Communications.

L’ancien ministre israélien de la Défense Naftali Bennett parle ouvertement de la théorie qu’il avait développée quand il était en poste il y a quelques semaines encore, la “doctrine octopus”. Selon lui, « il ne s’agit plus des’attaquer aux tentacules de la pieuvre (les alliés de l’Iran) mais de frapper à la tête du monstre, à Téhéran même et ailleurs sur le sol iranien » . « Pour Israël, il y a des craintes que Joe Biden soit le prochain président. Le programme officiel du Parti démocrate, publié le 22 juillet, propose un retour à l’accord de Vienne négocié par l’administration Obama sur le nucléaire et dénoncé par Trump » , ajoute David Khalfa. D’où l’idée d’utiliser au mieux la fenêtre de tir qui court jusqu’en novembre. Ils’agit bien sûr d’infliger un maximum de dommages au programme nucléaire de l’Iran. Mieux, il s’agit de pousser le régime à la faute dans une guerre psychologique où il joue aussi sa crédibilité dans son opinion publique. John Bolton, l’ancien conseiller à la sécurité nationale américaine, ledit dans son dernier livre: « Les fonctionnaires du département d’État voulaient empêcher Israël d’exercer sa légitime défense, mais Mike Pompeo a renversé à juste titre cette tendance. » Il faut obtenir le casus belli qui affaiblirait la position diplomatique iranienne, voire justifierait un bombardement massif de son potentiel militaire.

Juste avant le rendez-vous présidentiel, le mois d’octobre sera un mois décisif sur l’agenda politico-militaire. Dans le cadre des accords de 2015, l’Onu doit lever l’embargo sur les armes qui vise l’Iran. Les Chinois, qui sont désormais eux aussi en opposition frontale avec les États-Unis, soutiendront cette levée, et il est probable que Moscou et les Européens fassent de même. Mais Washington veut maintenir à tout prix cet embargo. Une faute des Iraniens leur permettrait de faire jouer le mécanisme de “snap-back” contenu dans l’accord de Vienne, forçant un retour automatique des sanctions. Laguerre des nerfs n’est pas finie…

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