MEMORABILIA

« Zemmour, l’homme de l’année »…

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– Marginalisé en septembre dernier après la “convention de la droite”, Éric Zemmour achève la saison médiatique au zénith de sa popularité et de son influence. Récit d’une année qui atout changé.

Fallait-il y voir un mauvais présage ? Ce soir-là, Éric Zemmour a perdu sa voix. Lui qui tient une santé égale depuis toujours, navigue de plateaux télé en studios radio, se trouve diminué. Le lendemain, il doit prononcer le discours d’ouverture de la “convention de la droite” mais il n’est pas certain lui-même d’y parvenir. Il annule sa présence au dîner organisé avec les donateurs et intervenants de l’événement de la “droite-hors-les-murs”. Son corps l’abandonne et dans son entourage, certains y voient un signe au moment où il hésite à franchir le pas politique. D’autres, plus cartésiens, accusent le vent d’automne et regrettent que l’invité vedette ne porte pas encore d’écharpe malgré les températures déclinantes de ce mois de septembre 2019. À quoi tiendra la tempête médiatique qui suivra son discours ? Certainement autant au fond — « du “Dark-Zemmour” », selon l’une de ses proches — qu’à la forme: une exhortation quasi apocalyptique déclamée par une voix d’outre-tombe dans un silence cathédral. Peut-être un requiem pour une année qui commençait mal.

Liberté surveillée

Éric Zemmour a l’habitude de prendre la foudre. Il connaît l’opiniâtreté du CSA, l’acharnement des juges, l’obstination des associations de défense des minorités. L’essayiste se sait en liberté surveillée. Lui qui a pris l’habitude de heurter les bonnes âmes par des “polémiques” déclenchées sur les plateaux télé avec une régularité métronomique, a aussi conscience de ce qui le sauve. Sa botte secrète ? Demandez-lui s’il connaît les audiences de Face à l’info, son émission sur CNews, et regardez-le dérouler les chiffres sur le bout des doigts. Chaque soir d’émission, il s’enquiert des résultats de la chaîne, notamment de la meilleure minute de la journée. Il sait que c’est Bourdin pour BFM, Pujadas pour LCI et lui-même pour CNews. Il sait aussi que sur sa tranche, il fait à peu près le double des deux chaînes concurrentes réunies. Zemmour est obsédé par l’audimat, non par ego ou orgueil: son audience, c’est son assurance vie. Cette année plus encore que n’importe quelle autre.

Retour en arrière. Au milieu de l’été 2019, le journaliste du Figaro est courtisé par toutes les chaînes d’information en continu. Il reçoit des SMS flatteurs du patron de BFM, Marc-Olivier Fogiel, et une proposition formelle de LCI. CNews est aussi sur les rangs : « Nous cherchions la personne la plus à même d’attirer une forte audience et de la stabiliser durablement, se souvient le directeur général de la chaîne, Serge Nedjar. Chaque livre d’Eric Zemmour se vend à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Chaque intervention télévisuelle réunit des centaines de milliers de téléspectateurs. C’était le profil idéal. »

Pourquoi choisir la chaîne du Groupe Canal Plus, dont l’audience est moindre que celle des autres ? Son bon feeling avec Vincent Bolloré y fait beaucoup, tout comme l’idée de revenir par la grande porte d’une antenne dont il avait été éjecté avec pertes et fracas quelques années auparavant. La chaîne d’info a tout pour le rassurer : « CNews est totalement indépendante, n’a peur de rien et assume ses choix, résume Serge Nedjar. On ne lâchera jamais rien sous la pression d’une association X ou Y. » C’est aussi sur CNews qu’on lui propose le plus de temps d’antenne, à une heure de grande écoute et dans un format adapté à ses points forts : le débat de fond sur les grands sujets de l’actualité plutôt que le hard-news classique des chaînes d’info. « Il savait qu’il n’allait pas tomber dans un piège », conclut Nedjar. Zemmour donne son accord sans savoir que quelques semaines plus tard un rendez-vous d’un nouveau genre va perturber la sérénité de sa rentrée médiatique.

« Alors, c’est vrai ce qu’on lit dans la presse ? Votre bras droit ne veut plus de moi ? » Bolorré le regarde dans les yeux: « Je ne savais pas que j’avais un bras droit. »

Quinzième arrondissement de Paris: pleins feux sur palmiers fatigués et une salle comble chauffée à blanc. Le 28 septembre, Zemmour est donc avec Marion Maréchal la tête d’affiche de la “convention de la droite”, réunion calquée sur le modèle du CPAC, le rassemblement annuel des conservateurs américains. Les organisateurs rêvent de faire éclore une « alternative au progressisme » pour s’opposer à Emmanuel Macron en 2022. Son discours provoque l’indignation prévisible du système politico-médiatique. « Antirépublicain », « haineux », « raciste » … Zemmour imiterait selon le Monde « la rhétorique et les techniques » d’Édouard Drumont, « figure française de l’antisémitisme de combat » ; il serait selon la directrice de la rédaction de Marianne, Natacha Polony, un « rentier de l’apocalypse au royaume des hypocrites » . Dans son entourage, la crainte de revivre les « heures noires d’iTélé » se fait ressentir. Dans la foulée du discours, le parquet de Paris ouvre une enquête pour “provocation publique à la discrimination, la haine ou la violence”. Cette fois-ci, RTL met fin à sa collaboration avec le chroniqueur, dont les « thèses sont incompatibles avec […] le “vivre-ensemble” qui caractérise » la radio. Paris Première, qui diffuse l’émission Z & N (pour “Zemmour et Naulleau”), hésite à la reconduire. La Société des journalistes du Figaro, employeur historique de l’écrivain, interpelle aussi sa direction, qui fait savoir sa réprobation à l’intéressé. Des militants zélés manifestent devant CNews pour contraindre Bolloré à se défaire de l’auteur du Suicide français.

Zemmour a un genou à terre: un enchaînement domino pourrait le priver de toute exposition médiatique. Il se présente dans le bureau de Vincent Bolloré. Quelques jours plus tôt, un anonyme, dépeint dans la presse quotidienne comme “l’homme de confiance” de l’industriel, expliquait qu’après la “convention de la droite”, l’essayiste n’avait plus sa place à CNews. L’homme à abattre confronte le propriétaire de la chaîne : « Alors, c’est vrai ce qu’on lit dans la presse ? Votre bras droit ne veut plus de moi ? » Bolorré le regarde dans les yeux: « Je ne savais pas que j’avais un bras droit. » Dès le début, la direction soutient Éric Zemmour: « Ce concert médiatique bien-pensant est habituel, il nous passe totalement au-dessus de la tête », balaie Serge Nedjar, qui précise cependant avoir répondu aux « interrogations légitimes de certains journalistes de la chaîne qui en toute bonne foi pouvaient s’interroger » . Le format de l’émission, cadrée, diffusée en léger différé, organisée autour de l’ancienne du CSA Christine Kelly et de chroniqueurs réguliers comme Marc Menant, Éric de Riedmatten, Éric Revel ou Dimitri Pavlenko, rassure rapidement les salariés.

Zemmour et l’ajustement de la “fenêtre d’Overton”

Une tentative de boycottage de la chaîne engagée par une poignée de “guévaristes” jusqu’au-boutistes fait rapidement long feu. Le 14 octobre, Mohamed Sifaoui, journaliste spécialiste des milieux islamistes, ouvre le bal, premier invité d’une émission qui bouscule les audiences de la tranche importante 19-20 heures. Les débatteurs se succèdent alors sur le plateau de Christine Kelly. Bernard-Henri Lévy, Michel Onfray, Alain Madelin, Henri Peña-Ruiz, Alain Finkielkraut, Marlène Schiappa ou Yann Moix, entre autres, viennent croiser le fer avec l’écrivain. « Il est dans une logique d’ajustement de la “fenêtre d’Overton” », analyse une proche de Zemmour. La fenêtre d’Overton ? Une allégorie désignant l’ensemble des idées acceptables dans l’opinion publique, endossables par un homme politique d’un parti traditionnel. « Ajuster cette fenêtre, ça veut dire imposer dans le débat des thèmes qui sont aujourd’hui totalement carbonisés ou marginaux, pour les rendre d’abord considérés comme “radicaux”, puis acceptables voire populaires au sein de la classe politique. » L’influence de son émission et le prestige de ses opposants contribuent largement à cette entreprise.

Faudrait-il alors, pour ceux que son idéologie répugne, refuser de se confronter à lui ? L’idée n’a jamais effleuré le philosophe Raphaël Enthoven, présent face à Zemmour aux deux extrémités de l’année médiatique. Le philosophe, qui était allé proposer à la “convention de la droite” « quelque chose de parfaitement contre-intuitif pour les participants, une critique non morale de leur système de pensée », regrette régulièrement l’impossibilité de débattre dans notre société. Enthoven décrit un Zemmour « plus intéressant hors caméra et plus ouvert d’esprit », avec lequel il n’y a donc aucune raison de ne pas discuter. « Par-delà ses façons de faire, et l’art de neutraliser le discours en réduisant l’autre à une tradition de pensée, explique-t-il, Zemmour aime la contradiction. Ce qui fait de lui un adversaire farouche, mais pas un ennemi. » Ce mariage de « débatteurs en opposition totale » est « un succès absolu » selon la direction de la chaîne, qui présente une augmentation de l’audience de 300 à 400 % sur la tranche, où elles’est imposée comme première chaîne d’info. « Ça fait très mal à nos concurrents. »

Un prochain livre pour le 1er octobre 2021

Zemmour aime quand les choses sont organisées. Sa vie est réglée comme du papier à musique. Les jours d’émission, il travaille au Figaro dans le bureau qu’il partage depuis longtemps avec Jean-Pierre Robin, Anne Fulda et Ivan Rioufol, puis potasse ses fiches à partir de 15 heures pour préparer son débat. Les lundis matin, jeudis matin et vendredis matin sont entièrement consacrés à l’écriture de son prochain livre qui sortira le 1er octobre 2021 aux éditions Albin Michel, son éditeur historique depuis ses phénoménaux succès éditoriaux. « Ce sera un ouvrage extrêmement puissant, je n’ai pas peur d’affirmer qu’il connaîtra le même succès d’édition que le Suicide français, annonce Lise Boëll, directeur éditorial “non-fiction” d’Albin Michel. L’ADN et la construction seront les mêmes que ceux du Suicide : il reprend la chronologie en 2006 et poursuit jusqu’à aujourd’hui. » Assez proche sur le fond du best-seller de 2014, le prochain Zemmour se démarque sur la forme par l’originalité du récit : « Éric apporte une dimension très personnelle, poursuit Lise Boëll, comme il l’avait esquissé dans l’introduction du Destin français. Il ouvre des portes qui étaient jusqu’à présent restées fermées. » Comme celle qui mène au 1er mai 2020 et une conversation téléphonique de trois quarts d’heure avec le président de la République. Vingt-quatre heures après qu’un “jeune” — comme on dit désormais — s’est filmé en train d’insulter Zemmour dans la rue, Emmanuel Macron appelle l’écrivain pour lui faire part de son soutien. « Éric ne prend pas de notes, il n’enregistre rien, mais il a une mémoire stupéfiante », s’étonne encore Lise Boëll après une douzaine d’années de collaboration. Quelques jours après sa conversation avec le chef de l’État, Zemmour la couche sur papier, narrée par le menu.

Éreinté, censuré, menacé en septembre 2019; le voilà en mai 2020 soutenu par le système jusqu’au sommet de l’État. L’émoi quasi unanime qui s’empare alors de la classe politico-médiatique en dit beaucoup sur sa résurrection médiatique. Homme de l’année? Zemmour s’est imposé comme jamais depuis ses débuts, devenant un élément central du débat public français. En attendant la parution de son livre, son émission est reconduite l’année prochaine dans le même format. Comme quoi, c’est important, une bonne assurance vie.

 

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