CAUSEUR.


Afin de favoriser l’émergence d’un débat construit et dépassionné sur l’immigration, un groupe de jeunes citoyens (hauts fonctionnaires, entrepreneurs, personnes issues de la société civile) a décidé de lancer un Observatoire de l’immigration et de la démographie. Ils reviennent sur les raisons qui ont conduit à la mise en place de l’Observatoire ainsi que sur les contenus que celui-ci proposera.


Dans le cadre d’une étude intitulée L’évolution de la ségrégation résidentielle en France de 1968 à 2015 publiée au mois de juillet 2020, France Stratégie – institution rattachée au Premier ministre – a mis en place un site internet rassemblant des données et cartes permettant de comparer l’évolution de la population immigrée ou d’origine immigrée extra-européenne chez les moins de 18 ans, ville par ville, depuis la fin des années soixante.

Contre la dénégation

Les constats qui en découlent sont proprement saisissants. Ils mettent à bas une certaine rhétorique de la dénégation, qui se limite trop souvent à condamner en bloc « des fantasmes sans fondement ». A Dijon par exemple, la part des mineurs immigrés ou enfants d’immigrés d’origine extra-européenne variait de 0 à 8% dans les différents quartiers de l’agglomération en 1975 ; quatre décennies plus tard (en 2015), elle atteignait désormais 48% dans certaines zones.

Cette transformation fondamentale de la démographie française due à l’immigration emporte un grand nombre d’implications, qui concernent non seulement les finances publiques et l’économie, mais plus généralement notre société dans tous les aspects de son existence : mutations culturelles, délinquance, remise en cause de certains principes et valeurs tels que la laïcité (un projet de loi de lutte contre les « séparatismes » est actuellement en préparation), développement de l’islamisme… La France apparaît aujourd’hui profondément fragmentée, conduisant le ministre de l’Intérieur sortant Gérard Collomb à prononcer le 3 octobre dernier devant le chef du gouvernement ces phrases marquantes qui sonnaient comme un avertissement : « Aujourd’hui, on vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face ».

Six français sur dix concernés

Les conséquences immédiates et de long terme associées à l’immigration en font un thème de préoccupation aiguë pour nos compatriotes. Selon un sondage ELABE, Les Français et les mesures sur l’immigration, réalisé pour BFM TV et paru le 6 novembre 2019, près de six français sur dix considèrent que « l’immigration et l’asile sont des sujets majeurs ».

Pourtant, le débat démocratique en la matière demeure aujourd’hui quasi-inexistant. Est-ce parce que « l’immigration est présentée par les élites comme devant échapper à l’emprise du politique et des Etats, au nom d’un principe non dit mais très puissant : celui de l’universalisme radical », comme l’écrit le philosophe Marcel Gauchet ? Lequel poursuit : « En vertu de ce principe, il n’y a que des individus à la surface de la planète, qui doivent pouvoir s’installer où ils veulent en fonction de leurs intérêts. Ce qui implique qu’il n’existe plus de communauté politique capable de définir ses rapports avec l’extérieur. »

Les vingt-huit lois votées en matière d’immigration ces quarante dernières années (entre 1980 et 2018) ne sauraient tromper les citoyens en leur faisant croire qu’une réflexion d’ensemble sur la question aurait eu lieu. Comme le notait Xavier Vandendriescche, spécialiste du droit des étrangers, dans un article de l’Actualité juridique du droit administratif (AJDA) de 2018, le législateur français se borne la plupart du temps à tirer les conséquences – voire à transposer – des règles issues d’autres autorités (droit de l’UE, décisions juridictionnelles antérieures). Et lorsqu’ils décident d’agir, le gouvernement et le Parlement se trouvent parfois contraints par le juge, tantôt administratif tantôt constitutionnel, qui n’hésite pas à user d’un pouvoir d’interprétation pour le moins excessif.

Pour un diagnostic partagé

Aussi fondamental que soit ce sujet, une condition préalable est requise pour qu’un débat serein et dépassionné soit envisageable : il faut un diagnostic partagé de la situation, étayé et documenté. Or les enquêtes d’opinion – en particulier Le Baromètre de la confiance politique (Vague 10) réalisé chaque année par le CEVIPOF et OpinionWay – ont montré que les Français n’accordent qu’un très faible crédit aux statistiques publiques : moins de la moitié d’entre eux font confiance aux données fournies par l’administration, et leur confiance diminue encore plus lorsque celles-ci concernent l’immigration (seulement 33% de confiance). Nos compatriotes considèrent par ailleurs qu’il est très difficile de débattre posément de l’immigration : une enquête de l’IFOP de 2018 intitulée Le regard des Français sur l’immigration montrait notamment que pour 84% des Français, « l’immigration est un sujet dont on ne peut pas parler sereinement ». 

L’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie (OID) que nous lançons aujourd’hui aspire à combler ce manque. Il se veut un projet éminemment civique, à double titre : parce qu’il poursuit l’objectif d’éclairer le débat public au service du bien commun ; parce qu’il est animé par des citoyens indépendants, qu’ils soient hauts fonctionnaires, entrepreneurs ou simplement issus de la société civile. L’OID ambitionne de nourrir les discussions et d’informer les citoyens sur l’immigration par des analyses solidement ancrées. Il proposera dès les prochaines semaines des dossiers de fond, des entretiens réalisés avec des spécialistes de diverses disciplines ainsi que des analyses d’actualité.

Trois publications sont d’ores et déjà disponibles à la lecture : un dossier de synthèse sur les flux migratoires (rassemblant « tout ce qu’il faut absolument savoir »), un premier article sur l’histoire de l’immigration ainsi qu’un autre sur le droit d’asile.  D’autres éléments seront publiés chaque semaine sur un ensemble de thématiques cruciales : les actuelles règles juridiques en vigueur autour de l’immigration, les conséquences de celle-ci pour les finances publiques, les enjeux de la natalité française, l’immigration clandestine et sa gestion administrative, les mineurs non accompagnés, l’émigration, etc. Ces productions – que nous veillerons à rendre compréhensibles par le plus grand nombre – seront accompagnées de comparaisons internationales et de pistes concrètes de réforme.

Vous pouvez retrouver l’Observatoire dès à présent à l’adresse observatoire-immigration.fr ainsi que sur Twitter et Facebook. Lisez ses premières analyses, partagez-les et parlez-en autour de vous.

Sur un sujet aussi essentiel pour l’avenir de la France, l’information est un devoir ; elle est aussi le préalable nécessaire à toute action éclairée. L’OID vous donnera les moyens de la réflexion et de la décision.

 

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