MEMORABILIA

Les conséquences en cascade que pourrait avoir le coup d’Etat au Mali

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ven. 21 août 2020. –

Alexandre del Valle – Atlantico

Quatre jours après le coup d’Etat au Mali qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, toujours aux mains des militaires putschistes, l’incertitude demeure pour l’avenir du pays. Alexandre del Valle décrypte les conséquences pour la région, pour l’avenir du Mali et pour la présence militaire française. AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN200Avec Alexandre Del Valle

Atlantico.fr : Qui est à l’origine du coup d’Etat qui s’est déroulé au Mali ?

Alexandre del Valle : Dans l’état actuel des choses, il y a beaucoup de questions mais un de nos correspondants du Multipolar World institute, Drissi Kananbaye, nous a donné quelques précisions sur le coup d’Etat et les militaires qui l’auraient perpétré. 

Le Général Fanta Madi Dembélé,  qui pourrait être le cerveau du coup d’Etat, est le gendre de Madame Sy Kadiatou Sow, membre du M5 et militante du Mouvement Démocratique. Le Colonel Goita était celui qui coordonnait les navettes du président IBK entre Koulouba et Sèbénikoro. Très proche de la famille présidentielle. Le Colonel Modibo Koné, très décrié dans la gestion de la crise au centre, était basé à Koro puis à Sévaré. Le Commandant Alpha Yaya Sangaré, soupçonné d’avoir coordonné les opérations de la Forsat lors de la marche du 10 juillet, est l’ex de Maimouna Atch, la deuxième épouse de Karim Kéita et ami de Momo Bagayogo (homme de main de Karim Keïta) et fils du Gal Tiékoro Bagayogo. On le sait très proche du général Diawara de la SE. Son père est un général de police à la retraite. Enfin le Colonel-major Wagué pourrait également être impliqué.

Quelles conséquences ce coup d’Etat pourrait-il avoir sur l’Europe ?

Si le nouveau régime qui va être mis en place au Mali n’adopte pas une position clairement anti-islamiste, l’Europe et en particulier la France, pourraient se retrouver exposées à une vraie menace. 

Pour l’instant, dans le chaos de la situation malienne, seules les suppositions sont permises. Pour autant, on peut définir que le principal danger pour les Européens vient du front islamiste (non djihadiste) mené par l’imam Mahmoud Dicko : durant la récente crise, cette figure de l’opposition islamiste anti-occidentale et anti-française formée au salafisme saoudien s’était entretenue avec les cinq chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest venus à Bamako pour appuyer les efforts de la médiation de la Cedeao. A la tête d’une coalition hétéroclite qui mène le plus important mouvement de contestation anti-pouvoir qu’ait connu le Mali depuis le coup d’Etat de 2012, Dicko a semblé vouloir préparer une prise de pouvoir en menant les manifestations de masse anti-régime et en exigeant le départ du président déchu . Précisons que Dicko avait été un soutien du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), et qu’il est devenu, depuis la guerre civile malienne, sa bête noire. Le coup d’Etat est arrivé après que les présidents africains n’ont pas réussi à faire accepter leur plan de sortie de crise – qui ne prévoyait pas le départ d’IBK, pourtant exigé par l’opposition. 

Si aux prochaines élections le Mali passe aux mains des islamistes radicaux menés par Mahmoud Dicko, qui n’est pas sans entretenir des contacts extrêmement positifs avec les djihadistes, ce serait une menace extrêmement grave pour les troupes françaises sur place (plus de 5000 soldats) mais aussi pour le continent européen tout entier. 

Quels avantages la Turquie pourrait-elle tirer de l’instauration d’un régime islamiste au Mali ?

Pour Erdogan, il s’agit d’une opportunité remarquable d’étendre son influence en Afrique de l’Ouest. Après avoir rallié la Mauritanie à sa cause (régime associé aux Frères Musulmans), le Mali pourrait bien être la prochaine étape. Les Turcs s’implantent déjà au Mali en utilisant des réseaux de formation religieuse et scolaire. Bien que leurs investissements dans le pays soient inférieurs à ceux des Saoudiens depuis une dizaine d’années, leur présence commence à être visible. Dans l’ensemble de l’Afrique musulmane, les Turcs tentent de jouer la carte de l’alternative au « colonisateur européen » en tant que parrain du monde musulman. 

D’un point de vue occidental, voir la Turquie étendre son influence et approfondir ses relations avec les djihadistes ne peut être qu’une mauvaise nouvelle. De ce point de vue, l’indifférence de l’UE à ce qu’il se passe dans cette région du monde, en y laissant seule la France, est une erreur fondamentale. 

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