MEMORABILIA

Masques : la France est-elle autonome par rapport à la Chine ?

LA VÉRIFICATION – «Nous ne sommes plus dépendants de la Chine», selon Agnès Pannier-Runacher. La ministre déléguée à l’Industrie est-elle réaliste ou pèche-t-elle par optimisme ?

Par Pierre Zéau Publié le 26 août 2020 Le Figaro.

Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l'Industrie, auprès du ministre de l'Économie.
Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie, auprès du ministre de l’Économie. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

LA QUESTION. 2020 avance masquée. Au début de l’année et même encore récemment, les boîtes de masques proposées à l’achat arboraient le plus souvent la mention «Made in China». La France se trouvait alors en pénurie. Mais progressivement, cette mention a été concurrencée par un efficace «Fabriqué en France». Un rattrapage non négligeable : avant la pandémie, la France fabriquait environ 3,5 millions de masques chirurgicaux par semaine. Dérisoire pour répondre aux besoins de la crise survenue entre-temps. Depuis, les choses ont changé. Notre capacité de production hebdomadaire est passée au-dessus des 50 millions. Et le seuil n’est pas atteint. La France devrait en produire 100 millions par semaine dès le mois de décembre, «un objectif qui sera tenu», assure-t-on au ministère de l’Économie.

Cette production, qui aura donc été multipliée par 30 en quelques mois, permet désormais d’offrir des masques chirurgicaux français à une grande partie de la population. À tel point que selon la ministre déléguée à l’Industrie Agnès Pannier-Runacher, «nous ne sommes plus dépendants de la Chine, puisqu’on peut s’appuyer sur la production nationale et européenne». La progression est certes indubitable, mais cette affirmation est-elle juste ? Et si la France devait généraliser plus encore qu’elle ne le fait le port du masque, si une deuxième vague frappait le pays ? Serait-elle autonome, capable d’éviter un nouveau fiasco ?

VÉRIFIONS. Selon les recommandations du ministère de la Santé, le masque chirurgical est un masque à usage unique, que l’on ne peut porter plus de 4 heures de suite et que l’on doit changer s’il est humide. Aujourd’hui, le port du masque est globalement généralisé pour les personnes de plus de 11 ans. Dans les lieux publics, dans la rue et en de nombreux endroits, bientôt sur son poste de travail… Les Français en viendraient presque à passer plus de temps masqués que l’inverse !À LIRE AUSSI : Agnès Pannier-Runacher ferme la porte à la gratuité du masque pour tous

S’ajouteront bientôt à cette liste les plus jeunes, soumis à cette même obligation dès leur retour à l’école, la semaine prochaine. Alors forcément, la consommation de ce produit indispensable devient très importante, énorme même, bien qu’elle soit impossible à chiffrer précisément. Toutefois, à raison de deux masques par jour au minimum, pour respecter les recommandations du ministère, on peut estimer qu’un Français doit porter autour de 14 masques jetables par semaine. Avec ce chiffre-là, qui n’est certes pas atteint par l’intégralité des Français, les 50 millions de masques produits par la France chaque semaine ne peuvent servir qu’à 3,5 millions de Français. On considère pourtant que près de 60 millions de Français peuvent être soumis par endroits à l’obligation de porter un masque.

Nous sommes capables de faire sans la ChineAgnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie

Certes, il convient de préciser qu’un certain nombre de Français utilisent moins de masques, en raison du télétravail, par exemple, ou ne l’utilisent pas de la bonne façon, en n’en changeant pas assez régulièrement, notamment. D’autres privilégient l’usage du masque textile, lavable et réutilisable de nombreuses fois. Des masques d’ailleurs «moins chers et aussi efficaces», martèle Agnès Pannier-Runacher.À LIRE AUSSI : Une entreprise de la Vienne recycle les masques jetables pour en faire des visières ou des ouvre-portes

Reste que, jetable ou non, si la Chine arrête d’en exporter, «nous sommes capables» de faire sans elle, selon les termes de la ministre déléguée à l’Industrie. Ce que le gouvernement ne disait pas, bien sûr, il y a seulement une dizaine de jours. À raison : la France recevait chaque semaine 150 millions de masques de la Chine au mois de mai. Un chiffre tout de même trois fois supérieur à notre production d’aujourd’hui.

Les stocks stratégiques reconstitués fin septembre

Mais cette forte importation se justifiait alors par la double nécessité de fournir des masques que nous n’avions pas, et de reconstituer des stocks stratégiques, mis à sec dès le début de la pandémie. Des stocks qui commencent effectivement à reprendre forme : la France est parvenue, en quelques mois, à mettre environ un demi-milliard de masques de côté. Fin septembre, ce chiffre devrait atteindre un milliard (800 millions de chirurgicaux et 200 millions de FFP2), assure au Figaro la direction générale de la Santé (DGS). C’est le chiffre requis, qui correspond à 10 semaines de consommation de crise et nous éloigne d’une nouvelle possibilité de pénurie. Ces stocks peuvent être mobilisables par les établissements de santé en période de crise, et hors période de crise, précise la DGS.

Alors, si dix semaines de consommation en temps de crise représentent un milliard de masques, une semaine en représente 100 millions. Une production qui n’est pas encore atteinte de façon hebdomadaire, mais qui le sera en décembre. En attendant, l’appui européen aide à la distribution de masques en France, qui sera définitivement autonome dans les semaines à venir.

Ainsi, les stocks reprenant forme, la production nationale galopant à toute vitesse, nos voisins européens produisant de leur côté, on pourrait penser qu’il n’est plus nécessaire d’importer des masques de Chine. Il n’en est rien cependant. La ministre déléguée à l’Industrie en convient, il y a toujours des importations de Chine. «Les entreprises sont libres de s’approvisionner en Chine mais on a une forte production nationale», confirme-t-on au ministère de l’Économie. «C’est le jeu des prix entre les masques chinois, les masques français et les masques allemands», justifie de son côté Agnès Pannier-Runacher. En somme, ces importations ne relèvent plus de réquisitions, comme cela a longtemps été le cas, mais de simples commandes privées.

Dernier indice positif qui ne trompe pas : la France parvient à exporter des masques dans l’Union européenne, ce qui confirme qu’il n’y a plus de tension ou de pénurie sur notre marché national. À Bercy, cette nouvelle donne permet de souffler le temps d’une phrase. «Tout le monde se ruait sur le marché chinois pendant la crise, ça donne une idée de la situation qui prévalait à ce moment-là. Heureusement, on n’en est plus là.» Avant de reprendre, avec les accents de la sagesse paysanne : «on n’en est plus là et on espère qu’on en restera très loin.»

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