MEMORABILIA

Concours de beauté morale contre « Valeurs Actuelles ». CAUSEUR.

Affaire « Valeurs actuelles » / Danièle Obono

par

Elisabeth Lévy – 31 août 2020

CAUSEUR


Après l’affaire Valeurs actuelles / Danièle Obono, Elisabeth Lévy prend sa plume et rétablit quelques vérités


On devrait toujours se méfier de l’unanimité. Le tort supposément infligé à Danièle Obono est l’occasion d’une véritable curée contre Valeurs Actuelles. Comme dans « Les animaux malades de la peste », toute la classe politique et médiatique se réconcilie en faisant haro sur le baudet – ce pelé, ce galeux. Racisme abject, infâme, immonde, torchon, pour laver l’affront fait à la députée, nos grandes consciences ont déversé un torrent d’injures sur l’hebdomadaire. Même Wallerand de Saint-Just, du Rassemblement national, fait son offusqué, ce qui serait comique sans la sale atmosphère de lynchage.

Bien sûr la plupart des accusateurs n’ont pas pris la peine d’examiner le corps du délit.

Il s’agit du septième épisode d’une série de fictions (le mot a son importance) dont le principe est le même : on fait voyager un personnage public, mais dans le temps, façon Les visiteurs, le comique en moins. Après « Zemmour à Waterloo », « Danièle Obono au temps de l’esclavage » transplante la députée insoumise dans l’Afrique occidentale du XVIIIè siècle, où elle est victime d’atrocités perpétrées par des Africains et vendue à un Arabe avant d’être sauvée par un missionnaire. Le texte joue sur la perplexité de la militante confrontée à l’abyssale différence entre l’Afrique réelle et son Afrique fantasmée.

L’objectif de l’auteur (anonyme, heureusement pour lui) est de rappeler que l’esclavage a été pratiqué par des Noirs et par des Arabes (et qu’il a été une norme dans une grande partie du monde). Les historiens n’ignorent rien de ce fait, et le rôle des marchands africains qui livraient les esclaves sur les côtes aux Européens, trop vulnérables à la malaria pour s’enfoncer au cœur du continent, est parfaitement étayé. Mais de cette histoire, les militants de la cause noire et autres indigénistes ne veulent pas entendre parler car elle met à mal toute leur belle construction idéologique. Pour le courant décolonial et le nouvel antiracisme, il faut que l’Europe (blanche) soit l’unique coupable de l’esclavage pour montrer que le racisme est inscrit dans ses gènes. Et exiger qu’elle fasse repentance de mille manières, ce dont elle ne se prive pas.

On ne peut plus caricaturer ?

Il est vrai que ce sont les dessins qui semblent avoir mis le feu aux poudres (ou servi de prétextes à l’indignation surjouée). Sauf qu’il s’agit toujours de fictions qui racontent exactement la même histoire que le texte, raison pour laquelle ils montrent la jeune femme enchaînée. J’ai beau chercher dans le texte, comme dans les images, je n’y vois nulle trace de racisme. L’un et l’autre dénoncent les atrocités de l’esclavage et expriment de l’empathie pour les victimes.

On peut les trouver choquants, de mauvais goût, peut-être maladroits. L’élue (qui a accueilli la nomination de Jean Castex en le traitant de « mâle blanc » et liké le « Je suis Merah » de je ne sais plus qui) parle de « souillure », rien que ça. On peut aussi trouver la parabole (la victime torturée par des Africains et sauvée par des missionnaires avant de finir au couvent) aussi lourdingue et manichéenne que le récit idéologique auquel elle répond. Bref, il y a sans doute matière à discuter.

Enquête préliminaire ouverte

Mais pour discuter, il faut comprendre, et pourquoi comprendre, quand il est si bon de s’indigner. On assiste donc à un concours de beauté morale : c’est à qui exhibera la plus grande vertu en crachant le plus fort sur nos amis et confrères et, bien entendu, en réclamant des exclusions et des bannissements. C’est qu’il s’agit de racisme, donc d’atteinte à la dignité humaine, donc nous n’accepterons pas et tout le tralala. Les mêmes ont trouvé hilarant que Charlotte d’Ornellas soit copieusement insultée sur France inter : quand c’est de gauche, c’est de l’humour.

Et ils se taisent, voire applaudissent, quand Jean Messiha est comparé à un chameau ou Marine Le Pen, tout aussi élue de la République que Danièle Obono, à un étron. La dignité humaine d’accord, mais pas pour n’importe qui.

Plus grave encore, la justice valide cette indignation sélective. Le parquet n’a pas bougé quand Marine Le Pen a été représentée de façon plus que dégradante par Laurent Ruquier et elle a été déboutée par le tribunal au nom de la liberté d’expression. En revanche, dans l’affaire Obono, le même parquet n’a pas attendu que l’intéressée porte plainte et ouvert une enquête préliminaire pour « injures à caractère raciste ».

Le vrai scandale

Cependant le véritable scandale est que le président de la République, le Premier ministre et pas moins de quatre ministres, dont le garde des Sceaux, aient cru bon de se joindre à la lapidation publique d’un journal.

Certes, il est fort généreux, de la part du président de vouloir consoler madame Obono qui a insulté son Premier ministre (et sans doute lui-même). Après tout, n’a-t-il pas appelé Alain Finkielkraut et Eric Zemmour dans des circonstances comparables ? Tout d’abord, une agression physique, ce n’est pas tout à fait pareil qu’un article de journal, même offensant. Ensuite, si Macron prenait son téléphone à chaque fois qu’un élu est contrarié par une parution, il ne ferait que ça. En réalité, il met genou à terre devant le buzz et l’opinion éclairée – prenant le risque d’agacer considérablement la majorité silencieuse. Et tente sans doute au passage de se faire pardonner ses amabilités pour les « réacs » et sa conversation avec Valeurs actuelles. On conviendra que ce n’est pas très glorieux politiquement. Mais du point de vue institutionnel, l’intervention du pouvoir exécutif dans une polémique intellectuelle (ou qui devrait l’être) est carrément inquiétante. Le président de la République et, par délégation, le Premier ministre, sont les garants de la neutralité de l’Etat et de l’indépendance de la Justice. Ils doivent veiller au pluralisme de l’information. Ils n’ont pas à condamner un hebdomadaire (sans autre forme de procès) ni à dire quelles opinions on peut défendre ou jusqu’à quel point il est permis de choquer. Ils gouvernent un pays, ils ne sont pas les directeurs de conscience, et encore moins les instituteurs, de ses citoyens.

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