MEMORABILIA

La Turquie menace la Grèce, l’histoire se répète

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« Étranger, va dire à Lacédémone que nous viendrons »

par Guy Daniel – 31 août 2020

CAUSEUR


La Turquie expansionniste d’Erdogan se montre de plus en plus menaçante vis-à-vis de la Grèce, mère de l’Occident. Elle demeure pourtant isolée diplomatiquement. C’est notre absence de courage qui lui donne des ailes.


La Turquie est la question internationale du moment. Et plus précisément, le problème. Celui de la Grèce, mais au-delà, celui de la région, celui de l’Occident, celui de l’Orient, et singulièrement celui de la France.

Je n’aurai pas la prétention, pour une fois, d’en faire le tour. Notez, je pourrais tout à fait me le permettre puisque vous n’y comprenez sans doute rien non plus, de sorte que le culot, la seule chose que j’aie en abondance, me permettrait de raconter n’importe quoi en espérant m’en sortir indemne. Je pourrais d’ailleurs citer des gens qui y arrivent très bien, et tous les jours…

Cette Europe qui se prétend unie regarde ailleurs. Elle qui a martyrisé l’économie grecque pour la faire plier à ses normes se refuse à l’assister quand la mort menace !

Non, je ne sais que ce que tout le monde sait : la question chypriote que chacun se garde bien de considérer, l’exploration gazière en Méditerranée et ses enjeux, l’agressivité planétaire de l’islam, la fragilité économique de la Turquie, sa puissance militaire, le nationalisme exacerbé des Turcs, le rêve ottoman de celui qui voudrait être leur Calife, porteur de cet islam hégémonique qui veut soumettre tous les peuples de la planète à la loi coranique.

Héritage grec et romain

Mais il y a plus fondamental, à tous les sens du terme.

Il y a 2500 ans ce mois-ci, Léonidas se dressait avec les siens face aux barbares, et aux portes brûlantes de la Grèce, mourait pour que vivent Sparte et la gloire hellénique, que sa beauté et sa pensée demeurent jusqu’à continuer, en ce siècle, d’enchanter nos cœurs et de forger nos âmes.

Si la France est l’héritière de Rome, celle-ci est fille d’Athènes, et nous devons à nos illustres aïeules une part de nous-même, l’autre nous venant d’un homme à moitié nu, chargé des péchés du Monde, qui lui aussi se sacrifia pour que soient épargnées nos âmes. Et même si, Dieu merci, je suis athée, je l’en aime pour cela.

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Longtemps les Grecs incarnèrent la civilisation occidentale, jusqu’à tomber face aux Ottomans. Leurs soldats portent traditionnellement la fustanelle, que l’on pourrait trouver un peu ridicule avec ses innombrables plis. Il y en a 400, autant que d’années d’occupation par l’Ottoman, avant qu’une guerre de neuf ans n’en libère la source de notre civilisation il n’y a pas deux siècles de cela. Chacun des plis de cette jupe immaculée est aux yeux d’un grec d’un rouge sang, celui versé par ses aïeux. Aucun Grec ne pardonne, aucun Grec ne peut imaginer voir revenir le Turc sur son sol. On sait qu’un hellène peut mourir aux Thermopyles si la défense de sa patrie l’exige, et si l’armée turque se vante d’être nombreuse, les Perses étaient innombrables. Léonidas pourtant les terrifia, et Thémistocle les terrassa.

L’Europe occidentale endormie ne sait plus trop ce que veut dire se battre pour survivre. Soixante-dix ans de paix, et le consumérisme comme seul horizon, nous font regarder le conflit naissant entre Grèce et Turquie du même œil morne que celui qui nous fait considérer tout ce qui n’est pas notre minuscule nombril.

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Mais les Grecs, eux, ne dorment pas. Il y a les soldats, et puis il y a les guerriers, et les Grecs sont des guerriers, eux dont l’armée repoussa Mussolini, eux qui n’acceptèrent jamais la reddition face aux nazis, eux qui furent martyrisés par les puissances de l’Axe, moururent de faim par centaines de milliers durant l’une des plus dures occupations de cette guerre au cours de laquelle ils perdirent plus de 8% des leurs, eux qui virent tous leurs concitoyens juifs massacrés, eux qui néanmoins résistèrent aux forces du Mal et eurent, dès 1943, la force de commencer à reprendre leur patrie à l’Ennemi.

Un peuple qui ne se rend pas

De ces guerriers, Hitler a dit que « pour le respect de la vérité historique, (que) parmi tous nos opposants, seuls les Grecs se sont battus avec autant de courage et de défiance envers la mort. » Staline a déclaré que « le peuple russe sera éternellement reconnaissant envers les Grecs pour avoir retardé l’armée allemande assez longtemps pour que l’hiver s’installe, et de ce fait nous donnant le temps précieux dont nous avions besoin pour nous préparer. Nous n’oublierons jamais. » Churchill, enfin, a affirmé avec son lyrisme habituel : « Nous ne dirons pas que les Grecs combattent tels des héros, mais que les héros combattent tels des Grecs. »

Et voici que cette même Allemagne, qu’on prétend repentante, se refuse à soutenir le droit des Grecs, par calcul, par lâcheté, et peut-être en raison de ce qui reste des liens nauséabonds noués avec la Turquie au cours des deux guerres mondiales.

Voici que cette Europe qui se prétend unie regarde ailleurs, elle qui juste avant a martyrisé l’économie grecque pour la faire plier à ses normes, mais se refuse à l’assister quand la mort menace. Car cette Europe est sans armée, et les armées d’Europe sont sans puissance, parce qu’imaginant que l’Histoire était finie, des gouvernants irresponsables ont choisi de rogner leurs budgets pour n’en laisser que de quoi fournir quelques supplétifs à une OTAN dont la deuxième puissance contributrice est la Turquie. Quant aux Turcs présents en Europe, quelle que soit leur nationalité administrative, contrôlés hier par l’état kémaliste ils le sont aujourd’hui par l’État islamiste d’Erdogan, et il serait illusoire d’espérer leur neutralité.

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Il ne reste que nous, Français. Nous qui avons la seule véritable armée d’Europe puisque les Anglais sont partis, nous qui, grâce à l’un des grands hommes du siècle dernier, disposons de l’arme nucléaire, bombe stratégique inutilisable – du moins pour l’heure – mais aussi, ne l’oublions pas, charges tactiques qui en quelques éclairs effaceraient l’armée turque de l’équation sans causer de catastrophe nucléaire.

Les Européens doivent se mobiliser

Et si l’Europe des lâches regarde ailleurs, nous ne sommes cependant pas seuls. Aucun pays arabe n’aime les Turcs, qui durant des siècles ont traité les Arabes plus bas que terre. Israël en est viscéralement ennemi. La Russie, en vraie puissance stratégique, n’a que des intérêts et aucun ami, mais elle a également de la mémoire et la Turquie, longtemps base avancée de l’OTAN et toujours occupée à déstabiliser les républiques turcophones d’URSS, n’y occupe pas une place enviable.

En France comme dans le reste de l’Europe, la diaspora grecque communie avec ceux restés au pays dans la même angoisse, la même colère, et la même résolution. Nombreux sont les Grecs expatriés qui, si la guerre devait éclater, rejoindraient leur patrie pour se battre.

Oui, la situation est complexe. Mais elle n’est pas compliquée. Face à la Mère de l’Occident se dresse un ennemi pluriséculaire, menaçant non seulement de par sa soif d’espace géographique et de ressources, mais plus encore parce qu’il incarne l’hégémonie islamiste, la volonté explicite de rétablir ce califat qui a maintenu sous le joug islamique des millions d’êtres humains durant des siècles, les privant de ce que seul l’Occident reconnaît comme les droits humains, au premier rang desquels la liberté de conscience, droits qui tous trouvent leur origine dans la philosophie que nous avons héritée des Grecs, droit que nous devons à ces Grecs maintenant en danger de les perdre.

Aussi, l’honneur commande, l’honneur et le devoir de nous tenir aux côtés de nos frères hellènes, debout devant ces portes brûlantes, qui certes les gardent eux, mais nous gardent aussi des assauts barbares. L’heure de la revanche de Léonidas est venue.

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