MEMORABILIA

« La surenchère indigéniste »

Par  Charlotte d’Ornellas Publié le 10/09/2020

Valeurs actuelles

Par les brèches d’un pays en décomposition, le discours racialiste des Indigènes de la République prospère. Et il y a de quoi s’inquiéter.

Les deux camarades de lutte tiennent une victoire. Quelques jours plus tôt, la chanteuse Camélia Jordana expliquait à la télévision publique – sans réaction immédiate – qu’en France, des hommes et des femmes « se font massacrer [par la police] pour nulle autre raison que leur couleur de peau » . Ce soir-là, elle se tient aux côtés d’Assa Traoré devant le palais de justice de Paris, face à des milliers de manifestants. De l’autre côté de l’Atlantique, un Afro-Américain vient de mourir de l’intervention d’un policier blanc et cette actualité étrangère offre aux militantes l’occasion d’établir un parallèle fallacieux : Adama Traoré, mort en 2016 à la suite d’une intervention de la gendarmerie, aurait été inquiété, arrêté, poursuivi et serait mort parce qu’il était noir. L’enquête contredit cette lecture raciale du drame ? Qu’importe, le storytelling fonctionne parfaitement. Dans la foulée, l’État français se couche : Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, explique que cette manifestation interdite ne sera pas sanctionnée : « Je crois que l’émotion mondiale, qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent. »

Sauf que le discours déployé ce 2 juin 2020 va bien au-delà d’une dénonciation légitime de la violence de certains policiers. L’“émotion saine”, d’ailleurs plus occidentale que mondiale, laisse bientôt la place à un procès dans lequel l’Occident fait figure de principal accusé. Les chefs d’inculpation sont nombreux : esclavage, colonisation, discrimination permanente, racisme systémique… Le poids des péchés est lourd, l’Occident seul responsable à travers les siècles : les “Blancs” doivent donc renoncer à leurs “privilèges” et mettre un genou à terre devant les “racisés”, victimes ontologiques.

L’amalgame, partout dénoncé, est cette fois-ci de mise. Supprimé de la Constitution en 2018 par une classe politique obsessionnelle du débat sémantique, le mot “race” se réinvite dans le débat public. Les multiples “ateliers décoloniaux” interdits aux “Blancs”, et parfois adoubés par l’Université française, auraient dû alarmer. Mais il est toujours de bon ton de relativiser l’importance d’un discours encore marginal, d’y déceler l’expression maladroite d’une critique des “dominants” par les “dominés”, quand certains n’y voient pas carrément le juste retour d’une lecture manichéenne de l’histoire. Aucun protagoniste de cette nouvelle guerre des races n’a jamais été ni colonisé ni colon, ni esclave ni esclavagiste, mais qu’importe. Peu à peu, l’indigénisme use de l’anachronisme et du simplisme pour tisser la toile de son ambition dévoilée : nourrir une conscience raciale révolutionnaire et pousser l’entreprise “décoloniale” à son terme. Sans équivoque : la France serait une puissance colonisatrice sur son propre sol, et devrait donc accepter une représentation d’elle-même tellement abjecte qu’il faudrait vertueusement s’en débarrasser.

Le discours racialiste des indigénistes n’est pas une lubie de “Valeurs actuelles”, mais la réalité professée par une minorité agissante et résolue.

Dans les couloirs de l’Élysée, un conseiller d’Emmanuel Macron s’inquiète alors auprès de nous : « La France a été confinée quelques jours après la cérémonie des César pendant laquelle une actrice comptait les Noirs présents dans la salle ; elle se déconfine avec des manifestations aux forts relents indigénistes… » Il faut se rendre à l’évidence : le discours racialiste des indigénistes n’est pas une lubie de Valeurs actuelles , mais la réalité professée par une minorité agissante et résolue, qui s’infiltre dans les brèches d’une nation en décomposition.

En quelques jours, on passe du discours au déboulonnage de statues. La naissance de l’homme nouveau, débarrassé de toutes ses appartenances pour peu qu’elles soient occidentales, nécessite la mort culturelle du vieux continent. Ceux qui s’opposent à cette vaste entreprise de réécriture historique et de rééducation idéologique le savent : le procès d’intention n’est jamais loin. Mais Valeurs actuelles résiste. La ligne de défense est simple : refuser la lecture anachronique du passé calquée sur le présent que prônent les indigénistes ; contrer l’analyse raciale inepte de la civilisation européenne ; refuser la criminalisation de l’attachement patriotique ; réaffirmer que l’enracinement n’est pas une xénophobie, l’histoire un repli identitaire et la culture une intolérance de plus.

C’est dans ce contexte qu’est née l’idée d’une fiction uchronique visant à ouvrir les yeux indigénistes sur l’atroce réalité des pratiques esclavagistes africaines et arabes. Non pour dédouaner l’Europe des horreurs commises en son sein, mais pour rétablir toute la réalité des faits. Il faut alors un personnage contemporain pour incarner ce retour dans le temps. Danièle Obono, députée plus encline à “niquer” la France qu’à lui souhaiter longue vie, relais assumé des discours indigénistes, vient de qualifier le nouveau Premier ministre d’“homme blanc”, un reproche parmi d’autres dans la liste de griefs établie après sa nomination. Elle semble la personne idéale pour incarner cette mouvance : la voilà projetée au XVIIIe siècle, victime des horreurs de l’esclavage. La suite n’est que malaise, mauvaise foi et polémique.

Après la publication de ce roman d’été, Danièle Obono se dit blessée par le texte et les dessins qui l’accompagnent. Valeurs actuelles refuse de verser dans le procès d’intention, quelle que soit la personne qui s’exprime : c’est pourquoi la rédaction adresse ses excuses personnelles à la députée de La France insoumise. La réponse est moins personnelle puisque l’élue décide d’intenter un procès à notre journal. La classe politique s’indigne, une partie de la presse appelle à la censure… ou la pratique. Le procès de Charlie Hebdo vient de s’ouvrir dans un concert de défenses de la liberté d’expression mais n’est pas “Charlie” qui veut. Valeurs actuelles n’est qu’une réminiscence du vieux monde, qui a le malheur de ne pas couler : haro sur le baudet.

La forme est une chose, le fond une autre : les indignations passent mais l’indigénisme demeure et croît. C’est pourquoi notre rédaction a décidé de revenir sur le terrain de ses premières amours : le journalisme, les faits, l’analyse et le décryptage. Si le monde nouveau réclamé par les indigénistes doit s’ériger sur les ruines fumantes de l’histoire de l’Occident dépeinte en obscurantisme morbide, ce sera contre nous. Dans ce numéro, la fiction laisse donc place à la réalité, et les dessins à la photographie.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :