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Mathieu Bock-Côté: «Un squatteur, ça se dégage»

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CHRONIQUE – L’histoire du squat de Théoule-sur-Mer a quelque chose de lunaire. Le droit de propriété n’est pas seulement relativisé, mais aboli.

Par Mathieu Bock-Côté

Publié le 11 septembre 2020

Le Figaro

Mathieu Bock-Côté.
Mathieu Bock-Côté. Le Figaro

– Pour l’étranger, même s’il se pique de connaître assez bien la France en plus de l’aimer comme une seconde patrie, l’histoire du squat de Théoule-sur-Mer a quelque chose de lunaire, quel que soit l’angle à partir de laquelle on l’observe. Rappelons-en les grands éléments: un couple de retraités a vendu sa maison de Lyon pour s’installer dans sa propriété à Théoule-sur-Mer. Il découvrit rendu sur place qu’elle était occupée depuis quelque temps par des squatteurs qui ont décidé, comme on dit poliment, de réquisitionner le bien pour leur avantage personnel. Un homme leur en aurait confié les clefs. Et puisqu’ils l’occupent depuis plus de quarante-huit heures, il était, assure-t-on, impossible de les dégager.

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La police ne voulait rien faire sans décision de justice: apparemment, en France, il ne suffit pas d’expliquer aux forces de l’ordre que des occupants illégitimes se sont emparés de sa maison pour qu’elles décident de les chasser. Le droit de propriété n’est pas seulement relativisé ici, mais aboli. D’ailleurs, les squatteurs ont quitté dans un premier temps la maison à cause d’une dispute conjugale, mais la femme du couple n’a pas hésité à afficher son désir de retourner dans ce qu’elle jugeait être son nouveau chez-soi. Elle jugeait même scandaleuse l’idée d’en être expulsée par la police.

De telles affaires arrivent fréquemment en France, mais elle était cette fois tellement outrancière que les autorités ont été obligées d’accélérer la procédure et jeudi, les propriétaires, contre toute attente, en quelque sorte, ont pu rentrer chez eux, dans une maison délabrée et vandalisée.

Comment peut-on en venir à considérer qu’il suffit de s’emparer d’un bien pendant quelques heures pour qu’il appartienne pratiquement désormais au voleur ?

J’écris tout cela en ayant l’impression de parler comme un ethnologue de retour d’une planète lointaine. Dans quel pays considère-t-on qu’il suffit que des individus plus ou moins soutenus par des groupes interlopes ou militants s’installent dans une maison pour la faire leur?

Mon réflexe nord-américain, en la matière, est tout simple: si quelqu’un s’installe chez moi sans ma permission, je demande à la police de le virer, et elle est censée s’en charger dans l’heure, sans même qu’il faille en discuter un instant. Je me permets même une confession: mon vrai réflexe consisterait à vouloir le sortir à grands coups de pied au cul sans douter un instant d’être dans mon droit – j’use ici du pluriel car je lui en flanquerais plus d’un.

Comment peut-on en venir à considérer qu’il suffit de s’emparer d’un bien pendant quelques heures pour qu’il appartienne pratiquement désormais au voleur? Comment peut-on tolérer les complications juridiques infligées à celui qui veut reprendre possession de ce qui est à lui? On a souvent écrit que les squatteurs connaissent «leurs droits» – à tout le moins, ils savent comment manipuler le droit. Le droit au logement est détourné de la même manière que le droit d’asile – une mesure de dernier recours se transforme ainsi en brèche juridique pour justifier les manigances de lobbies qui transforment le désir d’avoir telle maison en droit à l’habiter pour peu qu’on puisse jouer les propriétaires et s’y installer sans se faire remarquer pendant le temps prescrit par la loi.

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Je ne veux pas abuser de majuscules, ici, mais la justice se retourne contre la justice. Comment un État qui n’hésite pas un instant à réprimer fermement le quidam qui oublie de porter son masque mais qui tolère et même encourage des comportements de voyous peut-il encore se croire légitime auprès de ceux qui se soumettent d’abord à lui pour assurer leur sécurité et la défense de leurs droits les plus élémentaires? Évidemment, on trouve des pleureuses humanitaires pour présenter chaque occupant illégitime comme une victime du «système», cherchant désespérément à se loger. Le voleur ne serait qu’un malheureux.

En la matière, le socialisme le plus primitif domine encore les esprits, il imbibe le droit, au point de brouiller les repères moraux les plus élémentaires.

J’ai souvent parlé de cette question avec mes amis français. Même ceux qui ne me semblaient pas particulièrement sous l’emprise de la sociologie victimaire m’avouaient leur étonnement devant ma colère, en me disant qu’il s’agissait d’une absurdité française à laquelle il fallait se faire. Ils parlaient des squats comme ils me parlent de grèves dans les transports: à la manière d’une catastrophe naturelle parmi d’autres contre laquelle il ne sert à rien de s’insurger. À force de normaliser l’absurde, le bon sens devient impensable.

Toutes les sociétés ont le devoir de lutter contre la misère, cela va de soi, et les vrais malheureux que l’existence a laissés de côté doivent bénéficier à la fois de la charité privée et de la solidarité collective. On ne saurait condamner un homme à vivre sans foyer.

Mais tout est dans la manière et d’aucune façon, on ne saurait normaliser juridiquement cette violation grossière des règles élémentaires du civisme. Squatter une maison qui n’est pas la sienne n’est pas un droit.

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