MEMORABILIA

Académie des Oscars : « La moraline aux trousses »…

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L’Académie des Oscars a annoncé cette semaine son propre plan de réforme. Repoussant un peu plus loin les standards du nombrilisme identitaire, le nouveau plan impose des critères de diversité pour la catégorie du meilleur film, dès 2024. L’art pour l’art…politique !

Auteur

La rédaction

Publié le 13 septembre 2020

Front Populaire.

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– Être dans le vent est une ambition de feuille morte, avait pourtant prévenu Gustave Thibon. Mais il faut croire qu’il n’y a pas de petites ambitions pour l’Académie des Oscars qui, en partie boycottée en 2016 pour cause d’« invisibilisation » des acteurs noirs, a décidé cette année de redorer son blason ; couleur rose moraline. Quatre ans après l’affaire #oscarsowhite (Oscars si blancs), l’Academy of motion picture arts and sciences (Ampas), l’organisation qui gère la remise des Oscars, a présenté mardi dernier un plan de refonte des critères d’éligibilité à la catégorie du meilleur film (la seule où tous les membres de l’Académie peuvent voter). Le journal Le Monde nous apprend que l’initiative vise à « encourager la diversité ». Joli euphémisme.

Non, en fait l’Académie des Oscars a dépassé le stade des encouragements pour celui de la contrainte, privilégiant ce qui ressemble peu ou prou à un très banal art politique officiel. Il est loin le temps où l’on pouvait se moquer des Soviétiques et du « réalisme socialiste ». Andreï Jdanov a fait ses petits de l’autre côté de l’Atlantique, et le réalisme ne s’en porte pas beaucoup mieux. Jugez plutôt : en 2024, pour être éligible à l’oscar du meilleur film, le long métrage devra répondre, sur le plan de la diversité, à un certain nombre de critères, au choix : à l’écran, au sein de l’équipe du film, dans l’accès à l’industrie cinématographique ou au sein de l’équipe chargée du développement et de la sortie du film. Concernant le premier, à savoir la diversité à l’écran, l’œuvre devra répondre à au moins une de ces configurations : un rôle principal ou un rôle secondaire important provient d’un groupe « racial » ou ethnique sous-représenté ; au moins 30 % des rôles secondaires proviennent de deux groupes sous-représentés (les personnes provenant d’un groupe « racial » ou ethnique sous-représenté, les femmes, les personnes s’identifiant comme LGBTQ + ou les personnes handicapées) ; l’intrigue principale, le thème ou le récit sont axés sur un groupe sous-représenté. D’autres critères du même acabit sont détaillés pour les normes de représentativité au sein de l’équipe du film, puis concernant l’accès à l’industrie, et enfin, concernant les équipes marketing.

Que voulez-vous, le Progrès a souvent une sale gueule de défaite, et les préposés à l’anti-passéisme sont de temps à autre, savoureux paradoxe, les premiers à ressusciter les pires travers du passé. On se souvient, début 2020, en France, de l’actrice Aïssa Maïga comptant les noirs dans la salle de la cérémonie des Césars ; énième pierre de taille portée au caveau funéraire de l’universel républicain. Car là se trouve évidemment l’embarras. Après tout, les États-Unis – république fédérale multiculturelle où la notion d’Affirmative Action (ndlr : discrimination positive) date des années 1960 – a une tradition différente de la nôtre. La République française est unitaire et indivisible. Toute diversité ne peut s’y concevoir que dans l’unité supérieure de la nation, de sa langue et de ses lois. La République française est composée de citoyens, non de communautés. Les individus ont leurs particularités ; pas les citoyens. Or cette double injonction à la mise en avant sexuelle et ethnique dans la politique et la culture, importée des États-Unis, infuse en France depuis des décennies, puisque les cultures européennes semblent n’être plus que des variables d’ajustement de la civilisation américaine. De ce fait, la mise à jour du cinéma français – jamais en retard d’une mauvaise plaisanterie – ne saurait tarder, ayant déjà partiellement commencé.

Dans son ouvrage Civilisation, Régis Debray nous parle de l’impérium culturel américain : « L’Amérique est entrée dans l’histoire et dans nos cœurs par l’image ; elle a la fibre optique (…) Le cinéma a créé les États-Unis, pour lesquels c’est beaucoup plus qu’un moyen d’influence. C’est l’origine de leur puissance. » Pour combien de temps ? C’est sur son mythe de la liberté, du « wilderness » et du vitalisme héroïque que s’est construit le rêve américain. L’escalade dans l’assignation à résidence identitaire pourrait ne pas avoir le même effet. Trop de symbole tue le symbole, et l’art qui fraye avec les bons sentiments organise nécessairement, à terme, son propre suicide.

Les pauvres avec des idées – qu’ils soient noirs, blancs, moches, petits, vieux, juifs, transsexuels ou arthritiques – ont-ils les moyens de faire des films ? Voilà une question intéressante que le gratin du cinéma mondial standardisé – univers parmi les plus réticulaires et hiérarchisés qui soient – gagnerait à intérioriser. En attendant que le sujet attire l’attention de l’Académie des Oscars, nous demandons humblement l’autorisation de pouvoir nous moquer de ce carnaval orwellien qui transsude chaque année un peu plus la censure et les fiches de police. Un grand éclat de rire populaire à la barbe postiche de cette avant-garde culturelle autoproclamée ; voilà ce qu’il nous reste à la triste contemplation de ces nouvelles guéguerres picrocholines. Un rire profondément français échappé de la gorge enchanteresse du fantôme de Rabelais et de celle de tous ses successeurs illustres au grand banquet des non-conformistes. Philippe Muray le dit qui ne se trompe jamais : « le rire de Rabelais sauvera le monde ».

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Je doute fort, quant à moi, que le rire rabelaisien suffise à nous débarrasser du danger mortel que représente la moraline…Ce serait trop beau, et je ne crois pas aux miracles. Artofus.

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