MEMORABILIA

Tensions en Méditerranée: «L’heure du réveil»

L’éditorial du Figaro 

13 septembre 2020.

Par Philippe Gélie

Philippe Gélie
Philippe Gélie Le Figaro

Nul ne veut d’une guerre avec la Turquie, mais la réciproque est-elle vraie? À en juger par la rhétorique et le comportement de Recep Tayyip Erdogan vis-à-vis de ses voisins, on peut en douter. En première ligne, la Grèce voit suffisamment de raisons de s’inquiéter pour engager son réarmement au pas de charge. Une stratégie défensive dans laquelle la France tient un rôle central, avec notamment un accord pour la fourniture de 18 avions de combat Rafale.

Après la solidarité affichée dans des manœuvres communes en Méditerranée orientale, cette mobilisation aux côtés d’Athènes confirmera Emmanuel Macron comme… tête de Turc du néosultan d’Ankara. Personne en Europe, ni au sein de l’Alliance atlantique, ne s’est dressé plus catégoriquement contre les coups de force à répétition d’Erdogan. Les actes suivant aujourd’hui les paroles montrent que la France ne se laisse pas intimider par son ton belliqueux et ses menaces.

C’est un signal important, autour duquel l’Union européenne devrait s’empresser de faire bloc. Il est clair que le différend entre la Turquie et la Grèce (ainsi que Chypre) sur la délimitation du plateau continental et l’exploration de riches gisements gaziers ne pourra être réglé qu’à travers le dialogue ou un arbitrage international. Mais il est tout aussi clair que cela suppose de tenir tête à un autocrate qui se croit tout permis. Soutenir Athènes est tout à l’honneur de la France – c’est aussi le devoir de l’UE, a fortiori quand l’Otan et les États-Unis restent inaudibles.

«Si vis pacem, para bellum»: l’antique conseil de préparer la guerre pour préserver la paix ne vaut pas seulement pour la Grèce. Il s’adresse à l’Europe entière, sommée de se réveiller de son sommeil stratégique. L’instabilité du monde et l’affaiblissement du système multilatéral invitent le Vieux Continent à ne compter que sur ses propres forces.

Derrière la Turquie hostile, il y a l’agressivité russe, la désertion américaine et l’expansionnisme chinois, autant de défis sur le terrain de la puissance. Si les Européens se couchent devant Erdogan, ils risquent de le payer cher et pour longtemps, les drames du passé nous l’ont appris.

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