MEMORABILIA

Arthur Chevallier – Éloge du Puy du Fou

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CHRONIQUE. Le parc d’attractions de Philippe de Villiers est injustement attaqué depuis sa création. Ses détracteurs feraient bien d’aller y faire un tour.

Par Arthur Chevallier

– Publié le 15/09/2020 | Le Point.fr 

La sottise et l’ignorance n’ont ni patrie ni conviction ; elles sont les suppléantes de la faiblesse. Leur empire s’étend où elles ne rencontrent aucune opposition, l’intelligence par exemple, le bon sens parfois. Ainsi le maire de Bordeaux s’est étonné de l’indignation provoquée par l’interdiction d’un sapin de Noël dans le centre-ville, ajoutant que les critiques émanaient des « conservateurs et des réactionnaires ». L’indignation était générale, pourquoi la circonscrire à la droite ? Cette confession révèle sa conviction : Noël serait une fête de droite ; comme si les premiers punis, les enfants, étaient l’avant-garde du parti Les Républicains. Cette anecdote s’ajoute à des décisions contestables des maires élus en 2020. Après avoir voulu interdire la patrouille de France, critiquer le tour de France, proposer le remplacement des statues de Napoléon, qui s’étonnera de les voir contester Noël ? Changeront-ils la couleur du ciel ? C’est qu’ils ignorent que la continuité est la condition de la pérennité. Et si, au lieu de promouvoir la destruction, on s’attachait à la perpétuation ? Et si, le temps d’un week-end, on quittait Lyon et Bordeaux pour le Puy du Fou ?

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Le Puy du Fou est attaqué depuis sa création. On reproche au parc et à son créateur, Philippe de Villiers, de promouvoir une histoire de France réactionnaire, antirépublicaine, nationaliste, bref, dangereuse. Le discrédit et la cabale sont à son endroit généralisés. Voilà une méthode qui permet de confondre de façon malhonnête le combat culturel, l’histoire de France et l’idéologie. Le premier est inhérent à la démocratie libérale, la deuxième est un patrimoine commun aux Français, la troisième est subjective. Or, le rayonnement de l’histoire de France ne relève ni de l’idéologie ni du combat culturel, mais de la citoyenneté, laquelle provoque le sentiment d’appartenance à un passé, lequel explique notre présent, lequel fonde l’avenir, sans quoi il n’y a pas de communauté. Sauf à penser qu’on peut être français sans connaître la France, ce paradigme est incontestable. La connaissance n’est d’ailleurs pas une idée d’origine conservatrice ni réactionnaire, mais progressiste : l’individu, comme l’explique Condorcet dans ses Cinq Mémoires sur l’instruction publique, s’émancipe par l’éducation et les sciences, lesquelles se retrouvent en une seule matrice : la culture. Cela étant, une deuxième question s’impose : le Puy du Fou raconte-t-il son histoire de France ou l’histoire de France ? Dans la mesure où une réflexion est par nature subjective, la neutralité étant une prétention de sot, il n’y a d’histoire que colorée, nuancée, personnelle.

« Non, le Puy du Fou n’est pas une université »

Celle racontée au Puy du Fou est féerique, virevoltante, inattendue, ambitieuse poétique et, c’est le plus important, éclectique. Les spectacles mettent en scène la rébellion des Gaulois contre l’Empire romain ; l’avènement de Clovis ; l’invasion des Vikings ; une cité du Moyen Âge attaquée par les Anglais ; la légende du roi Arthur ; le Grand Siècle, de Richelieu à Louis XIV ; le général vendéen Charette ; la Belle Époque (1900) ; la guerre de 1914. Quant à la Cinéscénie, cette fresque où la démesure le dispute à la grâce, (23 hectares, 2 500 comédiens), elle est l’odyssée grandiose de la Vendée, du Moyen Âge à la Seconde Guerre mondiale. Le spectateur retiendra un des derniers tableaux où le visage d’un des lieutenants du général de Gaulle, le maréchal originaire de Vendée de Lattre de Tassigny, est projeté sur la face d’un château avant d’inscrire en lettres gigantesques le mot « liberté ».

La chrétienté y est à proportion de son importance dans un pays où le catholicisme fut religion des rois, donc de l’État, jusqu’en 1789 ; les guerres de Vendée à l’époque de la Révolution française, polémique récurrente à propos du Puy du Fou, sont évoquées bien sûr, mais, contrairement à ce qu’on répète, comme un traumatisme régional, et non comme un argument contre la République. Du reste, le Puy du Fou est-il le seul à questionner l’humanisme de Robespierre et de Saint-Just ? Quant aux drapeaux tricolores, ils flottent par centaines dans nombre de spectacles et nombre de lieux du parc. La poésie et la féerie du Puy du Fou ne le classent ni dans la catégorie des manuels ni des musées. Ses dirigeants confirment en répétant qu’ils ne font pas œuvre d’historien, au sens scientifique du terme. Non, le Puy du Fou n’est pas une université, mais un bal où se rencontrent la fantaisie pleine de grâce de William Shakespeare et l’allégresse pleine d’esprit de Sacha Guitry.

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La France n’est pas un corps statique. De son historicité dépend sa grandeur dans la mesure où sa réputation est fondée sur son passé, du château de Versailles au général de Gaulle, en passant par la Révolution française et Napoléon Bonaparte. Il n’y a rien de choquant à ce qu’on l’interroge, l’étudie et l’interprète. Cela étant, il ne suffit pas de contester ses idoles pour en justifier la destruction ; et il n’est pas naturel de critiquer systématiquement ceux qui la perpétuent. Tout n’est pas politique. Est-ce si compliqué à comprendre que l’amour pour la France suffit à la défendre ? En combattant l’Histoire, le Nouveau Monde défie l’éternité ; il apprendra à ses dépens que, au regard des siècles, la connaissance et la transmission sont des vertus lucratives.

Référence livres et lieu

Condorcet, Cinq mémoires sur l’instruction publique, Paris, Garnier Flammarion, 1993.

Philippe de Villiers, La Saga du Puy du fou, Paris, Albin Michel, 1997.

Grand parc du Puy du Fou, 85590 Les Epesses, France.

*Arthur Chevallier est éditeur chez Passés composés. Son dernier essai, « Napoléon sans Bonaparte » (éditions du Cerf), a paru en janvier 2019. Le 12 septembre est sorti « Le Goût de Napoléon » (éditions Le Petit Mercure), un recueil de textes sur l’Empereur.

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