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Ivan Rioufol: «Un théâtre d’ombres masque la vraie France»

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CHRONIQUE – La vraie France ne ressemble ni à ses élites déphasées, ni aux révolutionnaires fanatisés qui occupent l’espace politique actuellement délaissé.

Par Ivan Rioufol

LE FIGARO

17 septembre 2020

«N’en déplaise à Emmanuel Macron et ses saillies contre le “nationalisme” et le “populisme”, c’est une France majoritairement sensible au souverainisme national qui ronge son frein», estime Ivan Rioufol.
«N’en déplaise à Emmanuel Macron et ses saillies contre le “nationalisme” et le “populisme”c’est une France majoritairement sensible au souverainisme national qui ronge son frein», estime Ivan Rioufol.François BOUCHON/Le Figaro

Les Français, apparemment déboussolés, savent où ils ne veulent pas aller. Samedi dernier, les plus révoltés ont refusé de suivre l’extrême gauche déguisée en «gilets jaunes». Le fiasco de la reprise des protestations, lancées spontanémentle 17 novembre 2018, doit tout à la violence des «antifas» et au sectarisme de La France insoumise. Ces «squatteurs» se sont approprié le mouvement sans leaders, en le dénaturant irrémédiablement. C’est sous les insultes que l’humoriste Jean-Marie Bigard a été violemment éjecté d’un rassemblement, samedi matin place de la Bourse, à Paris. La petite foule lui reprochait d’avoir défendu les policiers, dont certains avaient été qualifiés de «nazis» par Jérôme Rodrigues, une des figures de l’épopée initiale. L’échec de la journée du 12 septembre n’a pu que rassurer le gouvernement. Pour autant, la France ne se reconnaît pas dans ce théâtre d’ombres construit sur un vide.

La démobilisation du peuple fatigué, traumatisé de surcroît par la peur entretenue sur le Covid-19, est une aubaine pour les coucous: ils sont prêts à s’installer dans les nids laissés vacants. C’est ainsi que l’abstention aux municipales a parfois favorisé l’élection d’écologistes exaltés. Le maire EELV de Lyon trouve que le trop populaire Tour de France, en dépit de son hommage à la bicyclette, est «machiste et polluant» et propose de le réformer. Le maire de Bordeaux a décidé de supprimer le sapin de Noël, sur la place Pey Berland, en évoquant un « arbre mort» «L’opinion des fachos, je m’assieds dessus», a-t-il déclaré pour justifier son choix. Il a promis une «charte des droits des arbres»,en attendant peut-être, si l’on suit sa logique, une charte des droits des légumes. Reste à savoir si les Français désabusés vont accepter encore longtemps de se laisser caricaturer par ces «ayatollahs verts» qui disent parler en leur nom.

Si la question fiscale taxe carbone sur le carburant) a été la première étincelle de 2018, la mise à mal de la souveraineté pourrait être à la source d’un deuxième sursaut collectif

La vraie France ne ressemble ni à ses élites déphasées, ni aux révolutionnaires fanatisés qui occupent l’espace politique actuellement délaissé. Derrière les Verts suivent aussi les Insoumis (LFI) et leurs copinages électoralistes avec des mouvements racialistes et islamistes. Tous se rapprochent de la gauche radicale américaine. Elle-même s’est laissée envahir par le ressentiment et la brutalité. Elle est devenue, par ses excès, le meilleur agent électoral de Donald Trump. En dénonçant dernièrement un «fascisme d’extrême gauche», le président des États-Unis a mis, habilement, le camp démocrate devant ses compromissions idéologiques avec les minorités quérulentes. Ceux qui, dans la gauche française, espèrent faire à nouveau la grande alliance pour 2022 en y incluant ces extrêmes fascisants sont mal venus de s’indigner des semblables initiatives qui visent à unir les droites pour sortir cette opposition de l’ornière.

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Derrière l’hébétude qui accable la France mise sous cloche, s’observe un pays qui n’en peut plus de demeurer le spectateur de son propre déclin. Un sondage (Le Monde, mardi) assure que 78 % des Français pensent que leur pays est sur une pente descendante. Alors que la pensée progressiste reste la clef de voûte du macronisme, 74 % des gens disent «s’inspirer des valeurs du passé». Ils sont 60 % à voir la mondialisation comme un danger, tandis qu’elle est encore promue par les adeptes de la société ouverte. Et 65 % estiment que le pays «doit se protéger davantage du monde d’aujourd’hui». Ce besoin de protection est tel que 82 % des gens disent «avoir besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre»Ils sont même 55 % à se dire favorables au rétablissement de la peine de mort! La France silencieuse n’a donc rien à voir avec ses représentants convertis au globish, ni avec les vautours qui s’agitent à son chevet.

Le retour du souverainisme

«Les peuples sont las», aurait pu dire le cardinal de Retz de notre époque incertaine. Déjà, en 2004, une note des préfets avait noté: «Les Français ne croient plus en rien. Ils estiment que ce n’est même plus la peine de faire part de son point de vue ou de tenter de se faire entendre».Mais cette impression est incomplète. En réalité, les gens sont, par la force des évidences, les témoins atterrés de l’effondrement d’un système qui, à l’issue des «trente piteuses» (venues après les «Trente Glorieuses»), ne maîtrise plus rien: ni la sécurité, ni l’autorité, ni l’immigration, ni le roman national, ni les lois essentielles, ni la monnaie. L’édifice vermoulu ne tient plus, dans une VRépublique qui elle-même s’asphyxie démocratiquement, que par les redistributions sociales massives qui atténuent pour l’instant les colères. Si l’acte I de la nouvelle révolution française s’est achevé samedi avec la déroute de la reprise des «gilets jaunes», l’acte II reste à écrire. Avec, cette fois, davantage de matière grise.

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N’en déplaise à Emmanuel Macron et ses saillies contre le «nationalisme» et le «populisme», c’est une France majoritairement sensible au souverainisme national qui ronge son frein. Entre les déracinés et les enracinés, l’opinion penche vers ces derniers. D’ailleurs, si la première révolte des «gilets jaunes» fut celle de la France périphérique opposée au mondialisme et attachée à ses territoires, le Covid-19 est venu achever ce premier mouvement de fond. En effet, l’épidémie a imposé concrètement le retour aux frontières et aux relocalisations. Le bougisme d’En Marche! est devenu, confinement oblige, un anachronisme. La doctrine du macronisme et de la France ouverte se révèle inopérante face à une société réfractaire à ces utopies. Si la question fiscale taxe carbone sur le carburant) a été la première étincelle de 2018, la mise à mal de la souveraineté pourrait être à la source d’un deuxième sursaut collectif.

Le Réveil des somnambules

Le Réveil des somnambules : tel est le titre du recueil des «blocs-notes» 2018-2019 (L’Artilleur), disponible en librairie depuis ce mercredi (voir mon blog). Une introduction, écrite cet été, actualise ces chroniques hebdomadaires, tenues depuis 2002.

La France, à la fois éruptive et amorphe, en colère et résignée, saura-t-elle sortir de sa torpeur? Elle fut ébranlée une première fois par la poussée de fièvre des Oubliés. Cependant, l’émotivité et l’improvisation ne sauraient être à nouveau les seuls ressorts d’une révolte populaire sans doctrine ni slogans, ni buts clairement définis.

Un urgent travail de réflexion collective doit être mené par ceux qui, philosophes ou politiques, sont prêts à venir en aide aux Français abandonnés et dépossédés de leur destin, au nom d’un politiquement correct suicidaire. Pour ceux-là, l’enjeu est simple: se réveiller, ou mourir.

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