MEMORABILIA

A LIRE ! …Le nombre de lits de réanimation en France n’a pas augmenté depuis mars.

Par Cécile Thibert

Le Figaro 30 septembre 2020.

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Aujourd’hui comme en mars dernier, le nombre de lits de réanimation constitue toujours le nerf de la guerre épidémique. En juillet, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait annoncé qu’au moins 12. 000 lits de réanimation pourraient être mobilisables à l’automne, contre 5000 lors de la «première vague». Alors que la France connaît un rebond de l’épidémie de Covid-19, avec une augmentation du nombre de contaminations, des hospitalisations et des admissions en réanimation, des médecins dénoncent l’absence de progrès en la matière.

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C’est le cas du Pr Philippe Juvin, qui déclarait sur France Info : «C’est quand même assez incroyable que huit mois après la crise, on soit dans un système où on n’a pas augmenté le nombre de lits de réanimation ou d’hospitalisations, on l’a même réduit. Paradoxalement, au mois d’octobre, nous risquons d’avoir moins de moyens hospitaliers à la disposition des malades du Covid qu’au mois de mars». Qu’en est-il vraiment ?

Force est de constater que cet objectif n’est pas rempli, et surtout qu’il n’est pas atteignable, faute de bras. «Faire croire aux Français qu’il y a 12 000 lits de réanimation, c’est mentir en connaissance de cause, assène le Pr Djillali Annane, chef du service de médecine intensive réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches (Hauts-de-Seine). Une confusion est entretenue entre lits de soins critiques et lits de réanimation : les lits de soins critiques englobent les lits de réanimation, au même titre que les lits de soins continus (qui ne sont normalement pas équipés de ventilateurs, NDLR). La réalité est que nous disposons de 5058 lits de réanimation en France (10 % dans le privé, NDLR)». Soit autant qu’avant la pandémie. Un niveau insuffisant : l’Allemagne dispose de 3,4 fois plus de lits de réanimation, et les États-Unis 4 fois plus. La France n’a pas toujours été sous-dotée : le pays disposait de 1000 lits supplémentaires il y a quinze ans. D’après les représentants de la profession, 7500 lits sont nécessaires.

Alors pourquoi ne pas les ouvrir, ces lits ? Tout le monde se souvient des images spectaculaires de cet hôpital de 1000 places, construit en quelques semaines à Wuhan (Chine). «Même si nous avions le budget, nous n’aurions pas les professionnels pour faire ­fonctionner ces lits», réagit le Pr Jean-Michel Constantin, anesthésiste réanimateur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. «Il ne faut pas forcément des lits supplémentaires, mais il faut former du personnel.» Et cela ne se fait pas en un claquement de doigts…

«Grave constat d’échec»

En six mois, non seulement aucun lit n’a été ouvert, mais les capacités existantes ne sont pas exploitées à 100 %, loin de là. Un problème chronique et ancien. «Un certain nombre de lits restent fermés, faute de personnel, constate le Pr Annane, amer. Si vous n’avez pas d’hommes et de femmes pour soigner les patients, vous pouvez avoir les plus beaux équipements de la Terre, ça ne sert strictement à rien.» Entre 500 et 600 lits de réanimation sont en permanence fermés pour cette raison, selon un document du Conseil national professionnel de médecine intensive réanimation adressé à la Cour des comptes le 30 septembre que s’est procuré Le Figaro. «Actuellement, nous ne sommes même pas en mesure de faire fonctionner la totalité des lits de réanimation», souligne le Pr Annane.

Lors de la première vague, la catastrophe avait été évitée grâce à la déprogrammation des opérations jugées non urgentes, à la transformation de certains services (les lits de soins continus ont été équipés en ventilateurs), ainsi qu’à la mobilisation de soignants venant de régions peu touchées. Mais cette fois, les choses sont différentes. «Il n’y aura pas de renfort extérieur car toutes les régions sont touchées», souligne le Pr Annane. Sans compter que les activités habituelles ont repris, les services tournent déjà à plein régime. Or pour le médecin, pas question d’annuler les opérations prévues. «Le refaire serait une grave erreur éthique et déontolo­gique, estime-t-il. Tous ces éléments font qu’on ne voit pas comment élargir la prise en charge en réanimation sans une profonde dégradation des soins. C’est un grave constat d’échec.»

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