MEMORABILIA

Entre posture et naïveté, Macron ressort la ligne Maginot contre “le séparatisme”

Par  Arnaud Benedetti Publié le 05/10/2020 Valeurs actuelles.

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Après avoir longtemps louvoyé, le président de la République s’est enfin décidé à traiter timidement le sujet, convoqué par la pression de l’opinion et la réalité qui détricote au quotidien son marketing de “la communautarisation heureuse”, explique notre chroniqueur Arnaud Benedetti.

Les mots ne suffisent pas, on le sait. Ils suffisent d’autant moins lorsque les actes ne les confirment pas, ou mal. Ils suffisent encore moins lorsqu’ils délivrent une représentation tronquée de la réalité. Emmanuel Macron l’a encore démontré lors de son discours des Mureaux où il entendait poser les bases du futur projet de loi contre le séparatisme.

La rhétorique du macronisme sur ce sujet est le produit d’un déni que la campagne du candidat en son temps avait amplement révélé. Du déni total, le Président est désormais passé au stade du demi-déni. Par idéologie autant que par calcul électoral, voire par méconnaissance aussi, Emmanuel Macron s’est refusé pendant trois ans et demi à traiter un enjeu qui, par le seul fait de le nommer, recèle pour celui qui s’y essaye, il est vrai, le germe de toutes les suspicions et autres diabolisations politico-médiatiques. Le Président y entre désormais à petit pas, convoqué par la pression de l’opinion et la réalité qui détricote au quotidien son marketing de « la communautarisation heureuse ». Mais Emmanuel Macron le fait en triturant l’ADN de la République, dont il omet comme nombre de néo-républicains, qu’elle est le fruit d’une très longue histoire française, ce que les pères fondateurs de la IIIe République ou le Général de Gaulle n’ignoraient point.

Le « séparatisme » dont le chef de l’État se veut le pourfendeur intraitable est en soi déjà l’expression d’un contresens, quand bien même l’Élysée s’est enfin décidé à le qualifier expressément d’islamiste, mais en certifiant avec d’autres, commentateurs et acteurs, qu’il s’agit de cibler prioritairement l’islamisme radical, laissant subliminalement entendre qu’il existerait un islamisme acceptable car modéré. D’aucuns y verront, à tort ou à raison, le « nudge » d’un éventuel accommodement avec des formes assouplies de communautarisme. Au demeurant, le chef de l’État a préféré voir dans des déterminants sociaux et mémoriels les moteurs de la menace qu’il entend combattre plutôt que de chercher dans la dynamique d’un imaginaire politique la « contre-société » qu’il a par ailleurs dénoncée.

Cette « contre-société » qu’il désigne sous le vocable de « séparatisme » est d’abord un projet, non pas seulement une entreprise de sécession de la République, mais de conquête de celle-ci. Elle prospère par la recherche de la visibilité, de la culpabilisation de toutes les formes d’opposition à cette dernière, voire de leur pénalisation, et par un entrisme continu dans différentes sphères publiques, politiques comme en témoigne la porosité de la gauche radicale avec ce courant, associatives ou même administratives. Si « séparatisme » il y a, il ne constitue qu’une étape dans une stratégie plus globale. Le dispositif imaginé par le Président a tout de la ligne Maginot ; car il ne couvre qu’insuffisamment la défense du territoire républicain, se refusant de penser qu’à l’universalisme émancipateur de la République puisse s’opposer une autre forme d’universalisme de nature régressif celui-ci, mais dont l’islamisme se veut le vecteur.

A ne penser qu’à demi, non seulement on pense mal, mais on n’agit qu’à moitié. C’est cette demi-bataille que prétend mener le chef de l’État, dénonçant certaines formes d’islamisme, les plus ouvertement frontales mais se refusant à relever celles qui, plus culturelles mais tout autant politiques, en constituent une base-arrière mentale dont l’objectif consiste à ne pas se plier à la centrifugeuse de l’assimilation. Or, l’abandon de celle-ci depuis des décennies tant dans le vocabulaire que dans les pratiques des dirigeants laisse à découvert le modèle de notre res publica. De ce point de vue, le discours présidentiel, se refusant à réhabiliter la matrice assimilatrice, relève plus de la posture que de la politique. Ce n’est pas la République en actes, mais la République de l’esquive !

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