MEMORABILIA

[D’Orcival] L’“islam de France” rêvé par Emmanuel Macron peut-il réellement se concrétiser ?

Scroll down to content

Par  François d’Orcival

Valeurs actuelles

Le “réveil républicain” annoncé par Emmanuel Macron comporte une double clé : sur l’islamisme qu’il faut combattre et sur l’islam qui se discute…

Sa stratégie, Emmanuel Macron l’appelle celle du « réveil républicain ». Il l’a longuement exposée vendredi dernier, le 2 octobre, aux Mureaux, une commune d’Île-de-France douloureusement affectée par les dérives du terrorisme islamique. Après trois années de réflexion (ou de retard), il a décidé de passer à l’action en faisant présenter par le gouvernement un projet de loi de lutte contre cette “radicalisation” qu’il appelle le “séparatisme”. Et il constate : « Nous avons nous-mêmes construit notre propre séparatisme » chez nous, et pas seulement au Sahel ou au Levant ; celui-ci est partout tout aussi direct et insidieux. Son projet de loi sera présenté le mercredi 9 décembre prochain.

Ce sera dix-sept ans après le discours prononcé par Jacques Chirac le 17 décembre 2003 dans lequel celui-ci avait annoncé son projet de loi sur le voile islamique à l’école, accompagné par la création d’un observatoire et d’un code de la laïcité – pour alerter les Français et les pouvoirs publics sur les « risques de dérive » … Le 15 mars suivant, Luc Ferry, alors ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, signait la loi en question après l’avoir présentée aux parlementaires en leur expliquant qu’il ne s’agissait « ni de refonder la laïcité, ni d’en modifier les frontières », mais de viser « les appartenances communautaires militantes ». Une loi, « non pas d’arrivée », disait-il, mais « de départ ». Une formule bien choisie : en relisant le discours prononcé par Emmanuel Macron, on se demande encore si ce qu’il vient d’annoncer sera le texte d’une arrivée ou seulement d’une étape.

Le « réveil républicain » qu’il annonce comporte une double clé : celle, d’une part, qui s’emploie à combattre l’islamisme par tous les moyens ; celle, d’autre part, qui consiste à vouloir « bâtir enfin un islam en France qui puisse être un islam des Lumières ». Autant le combat contre l’islamisme ne souffre pas de débat, autant l’idée de vouloir « ensemble bâtir une organisation qui va nous permettre, je l’espère, je le crois, de construire un islam des Lumières dans notre pays » est franchement discutable.

Quelle langue arabe, quel coran et quelles sourates faire vivre et enseigner ?

Non pas que l’on ne doive pas souhaiter que l’islam soit « en paix avec la République », mais parce que cette structuration apparaît être une pure fabrication intellectuelle. Elle suppose, et Macron en exprime le vœu, la formation d’imams et d’intellectuels assurant la promotion de cet islam compatible : « Nous allons nous-mêmes former nos imams et nos psalmodieurs », dit-il. Qui ça, “nous-mêmes” ? L’État ne le peut pas, alors qui ? Il va plus loin : il veut investir « massivement » pour créer des postes d’enseignant de l’islam, afin que « la France devienne ce pays où on puisse enseigner la pensée d’Averroès, d’Ibn Khaldoun, que nous puissions être un pays d’excellence dans l’étude des civilisations musulmanes » . Ce qui passe par la nécessité d’enseigner davantage la langue arabe à l’école ou dans le périscolaire, l’arabe qu’il s’agit de faire vivre et d’ « exalter »

Mais quelle langue enseigner – l’arabe coranique, le littéraire, le standard du Levant, les dialectaux du Maghreb ? Et quel Coran ? Veut-on supprimer du Coran la sourate 5 qui affirme à propos des juifs : « [Ils] disent que la main de Dieu est fermée. Que leur propre main soit fermée et qu’ils soient maudits à cause de leurs paroles » (verset 64) ; et au sujet des chrétiens : « Ils ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé. Nous avons donc suscité entre eux l’inimitié et la haine jusqu’au jour de la résurrection » (verset 14).

Au Caire, le centre de recherches islamiques de l’université Al-Azhar a publié une déclaration pour rejeter les « fausses accusations » portées envers l’islam par le président français : « De telles déclarations racistes sont de nature à enflammer les sentiments de 2 milliards de musulmans dans le monde »

Ce communiqué remet nos ambitions à leur place : nous pouvons combattre chez nous l’islamisme, mais l’islam des Lumières restera dans le domaine des Lumières.

***********

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :