MEMORABILIA

« Fatima Ouassak, une imposture intellectuelle au service de la pensée décoloniale ».

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Par  Victor-Isaac Anne Publié le 08/10/2020

Valeurs actuelles

Auteur d’un brûlot victimaire, l’épouse du porte-parole du Comité Adama croule sous les éloges médiatiques. Plongée dans l’univers mental de cette militante racialiste. 
 

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Cheveux noir de jais, visage empli d’aménité, la politologue et militante associative Fatima Ouassak s’est imposée comme la nouvelle figure de la pensée décoloniale. Depuis la sortie de son essai fin août, La puissance des mères et son sous-titre explicite, Pour un nouveau sujet révolutionnaire, cette porte-voix autoproclamée des quartiers populaires est admise à tous les honneurs. De France Culture à France Inter, en passant par MediapartLes Inrocks ou Reporterre (cette liste n’est pas exhaustive), le “combat” de cette militante, exhortant les mères à prendre le pouvoir dans l’espace public, est complaisamment portée aux nues. L’ont-ils seulement lue ? 

En fait de réflexion sur la place des mères dans la société française, l’auteur gratifie ses lecteurs d’un plaidoyer brûlant pour le racialisme. Dès la quatrième de couverture, Fatima Ouassak donne le ton : « Depuis la Ve République, l’État français mène une guerre larvée contre une partie de sa population. Les jeunes des quartiers populaires descendant de l’immigration post-coloniale subissent une opération, quotidiennement répétée, de “désenfantisation” : ils ne sont pas traités comme des enfants mais comme des menaces pour la survie du système. Combien d’entre eux sont morts à cause de cette désenfantisation ? Combien ont été tués par la police en toute impunité ? Combien de mères ont pleuré leurs enfants victimes de crimes racistes devant les tribunaux ? » Les 257 pages de l’ouvrage sont à l’avenant ; une enfilade de sophismes mâtinée d’une détestation viscérale de la France et de son histoire. 

Dans ce système, nos enfants sont discriminés, de nos ventres jusqu’à leur tombe 

Pour l’auteur, c’est entendu, les institutions nationales, à commencer par l’école, sont fondées pour l’essentiel sur l’exploitation et la domination des personnes “racisées” : « Dans ce système, nos enfants sont discriminés, de nos ventres jusqu’à leur tombe », écrit-elle. Et de matraquer cette assertion tout le long du livre dans l’espoir, croit-elle, de l’imposer comme vérité. Plus pernicieux encore, Fatima Ouassak, sous couleur de lutte pour l’émancipation, enrégimente discrétionnairement les populations noires et arabes des quartiers populaires dans la catégorie des victimes par essence : « Être parent dans un quartier populaire, c’est être stigmatisé par les institutions, être considéré comme incapable de bien élever ses enfants et coupable de reproduire des schémas familiaux archaïques et rétrogrades. » On ne sache pas que la militante décoloniale ait sondé les populations visées pour parvenir à de telles essentialisations. 

Une « peur panique » à l’idée qu’on place ses enfants dans des trains

Qu’importe, Fatima Ouassak, ivre de sa supériorité intellectuelle, s’arroge le droit de parler au nom des “siens”, les “racisés”, rangés par ses soins dans une catégorie homogénéisée : les opprimés. Tout cet essai est ainsi fondé sur une approche raciale terriblement binaire opposant les dominés issus de l’immigration post-coloniale et les dominants qui maintiennent les premiers au plus bas étiage. L’auteur en veut pour preuve un certain nombre de crimes racistes et de bavures policières commis ces soixante dernières années qui, assemblés les uns aux autres, feraient système. Si on ne « tire [plus] sur l’arabe comme on [tirait] sur le lapin », comme c’était le cas, affirme-t-elle, en France dans les années 80, la mécanique raciste, elle, demeure intacte. Partant de ce postulat, Fatima Ouassak affirme sans rire éprouver « une peur panique » à l’idée « qu’on vienne un jour lui prendre [ses] enfants, pour les mettre dans un train à destination de nulle part. La peur qu’on balance un jour [sa] fille dans la Seine ou dans la Loire, parce qu’elle aura manifesté son refus du fascisme ». Plus loin, la gravité affectée le dispute au pathos : « Je connais bien mon histoire, l’histoire de France. Je sais que ces peurs ne sont pas infondées, je sais que c’est possible. » 

Cette comparaison à peine voilée entre la situation des enfants “racisés” des quartiers populaires et celle des enfants juifs dans les années 30 refait de nouveau surface dans une référence au film La vie est belle de Roberto Benigni. « Armons nos enfants afin de leur éviter d’être broyés par le système discriminatoire », introduit-elle, avant de dresser ce parallèle fallacieux : « Dans [ce film], jusqu’au bout, jusque dans l’horreur absolue, le père cherche à émerveiller son enfant, à lui épargner l’horreur de la réalité. » L’horreur de la réalité, en l’occurrence, c’est un camp de concentration en Allemagne. La politologue laisse ainsi accroire que la situation d’une partie de la jeunesse française est aussi préoccupante que celle d’enfants déportés. 

Déclaration de guerre aux quartiers populaires

Contrairement à ce qu’elle affirme, Fatima Ouassak ne s’inscrit pas dans une démarche d’ouverture, mais défend une approche revancharde et victimaire. L’écrasante majorité des références historiques mobilisées dans cet ouvrage tiennent la France pour coupable. Seule la Commune – quelle coïncidence – semble trouver grâce à ses yeux. En réalité, la militante des quartiers se figure en pétroleuse soufflant sur les braises du ressentiment. Animée par une rancœur jamais apaisée, la politologue explique que la République œuvre à l’oppression et l’humiliation des “dominés”. Prenant l’exemple du dispositif gouvernemental de “reconquête républicaine” dans les quartiers déshérités, elle affirme : « Il y en a eu des expressions racistes et colonialistes dans la bouche de l’institution dès qu’il s’agit des descendants de l’immigration postcoloniale. Mais jamais avec le degré de violence et d’infamie qui est clairement une déclaration de guerre. Cette expression signifie que nous ne sommes pas chez nous là où nos familles vivent souvent depuis près d’un siècle, que nous sommes considérés comme des ennemis et que la République va s’employer à nous faire plier le genou. Mais de quelle République parle-t-on ? S’agit-il des IIIe et IVe qui ont massacré, pillé et violé nos grands-parents là-bas, ou alors la Ve qui a noyé nos parents dans la Seine ici ? »

Stratégie du pompier pyromane

Cette vision étroite et monolithique de l’histoire est doublée d’une rhétorique positivement complotiste. Notamment, lorsqu’elle accuse le système « hostile » et « raciste » de vouloir « casser » ces familles issues de l’immigration postcoloniale, pousser les enfants à la « rupture familiale », quand d’autres, les nantis du système, « donnent aux leurs des prénoms d’empereurs romains et passent leurs temps dans la rue à tirer par la manche le petit dernier qui refuse d’aller au cours de solfège ». On arrive alors à l’idée que ce prétendu “racisme systémique” justifie toutes les revendications et exactions en retour. « Que brûlent toutes les bibliothèques si cela peut apaiser un peu de la douleur et de la tristesse des familles de victimes de crimes policiers, et celles de l’ensemble des enfants des quartiers populaires dont la vie, aux yeux de l’Etat, vaut moins que la brique et le béton », écrit-elle. 

Fort heureusement, les opprimés des quartiers populaires peuvent compter sur l’action de Fatima Ouassak, le pompier pyromane qui se propose d’éteindre l’incendie qu’il a soigneusement allumé. Dans son livre, celle-ci défend une nouvelle offre politique « véritablement révolutionnaire », articulée autour de l’écologie, de la réappropriation des espaces publics et de lutte contre le système d’oppressions. Vaste programme auquel la militante s’affaire déjà à l’échelle locale à travers deux organisations implantées à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) : le Front de mères, syndicat de parents d’élèves dont elle est la cofondatrice, et Ensemble pour les enfants de Bagnolet (EEB), association d’inspiration écologiste dont elle est aussi à l’initiative. Parmi ses principaux combats, l’introduction d’une alternative végétarienne dans les établissements scolaires. De mauvais esprits y voient un moyen indirect d’imposer à terme le hallal dans les établissements scolaires. L’intéressée s’en défend. Nous ne sommes pas obligés de la croire. « La foi islamique – convoquée à plusieurs reprises dans son livre – n’est pas compatible avec les rapports sociaux basés sur l’oppression (classiste, raciste, patriarcale) et la prédation  (capitaliste et impérialiste) », expliquait-elle à Reporterre en juin 2019. Or, dans son ouvrage, l’auteur explique précisément que la consommation de viande imposée aux enfants résulte d’un système d’oppression. Pourquoi en irait-il autrement du refus des plats confessionnels ? 

Paternalisme arrogant

Comme son époux Youcef Brakni, le sulfureux porte-parole du Comité Adama, Fatima Ouassak, pour couper court à la critique, recourt toujours à la même arme : le procès en racisme ou en islamophobie. La crainte d’être associé à « l’extrême droite » est un puissant dispositif inhibiteur. Partant, Valeurs actuelles est allé à la rencontre de certains habitants de Bagnolet, lassés d’être instrumentalisés par les Bonny and Clide de la pensée décoloniale. Militante associative et habitante de la cité de la Capsulerie, Murielle (le prénom a été changé), une franco-camerounaise mère de cinq enfants, n’a pas de mots assez durs pour dénoncer l’imposture Ouassak : « Cette femme qui passe son temps à prôner la haine et la division ose s’exprimer en notre nom. Mais qui représente-t-elle au juste ? Dans ce quartier, nous sommes nombreux, noirs et arabes, à ne pas nous reconnaître dans ce qu’elle défend. En tant que parent d’élèves, j’affirme que mes enfants ne subissent pas le racisme au quotidien, dans la rue ou à l’école. Ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas, mais ce phénomène qu’il faut combattre reste à la marge. » Au reste, Murielle fustige une forme de paternalisme arrogant de la cofondatrice du Front de mère : « Aux yeux de Fatima Ouassak, nous sommes oppressés sans le savoir. Dans sa grande générosité, elle vient nous apporter la lumière. Nous n’avons pas attendu cette femme et son mari pour améliorer le quotidien dans nos quartiers où, d’ailleurs, on ne les voit pas souvent. » 

Enseignante résidant dans la ville frontalière de Montreuil, Nacira (le prénom a été modifié) a assisté à la réunion de lancement du Front de mères, le 24 mai 2017, à La parole errante, une salle de spectacle de Montreuil. Elle en est sortie abasourdie : « Je n’en croyais pas mes oreilles. Mme Ouassak expliquait doctement aux personnes réunies que l’école créait volontairement les conditions de l’échec des enfants noirs et arabes, et que tout était conçu pour les broyer. Ce qui est un mensonge. Beaucoup de parents d’élèves – je peux en témoigner – investissent beaucoup dans l’école et la considèrent toujours comme une planche de salut. Ouassak n’a pas à parler en leur nom, surtout pour déformer et détourner leur confiance dans cette institution. »

Bien sûr, Fatima Ouassak n’ignore pas que nombre de personnes issues de l’immigration africaine, soit parce qu’elles se sont élevées socialement, soit parce qu’elles ne souscrivent pas à son combat victimaire, démentent son propos. Ces derniers, explique-t-elle dans sons livre, sont simplement passés entre « les mailles du filet » et occupent en réalité des postes où « ils restent à leur place, [font] allégeance et courbent l’échine malgré les discriminations qu’ils continuent de subir. En France, quand on est musulman et/ou issu de l’immigration postcoloniale, on continue d’être discriminés quel que soit le niveau social dans lequel on évolue ». C’est entendu, dans ce système où l’épiderme fait le verdict, les “racisés” ne doivent leur place qu’à leur servilité. Les individus concernés seront ravis d’apprendre qu’ils demeurent des esclaves à ses yeux.Lire les commentaires

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