MEMORABILIA

« Emmanuel Macron lutte contre le séparatisme islamiste sans affronter les Frères musulmans »…

Par  Vladimir Razimowsky Publié le 12/10/2020 Valeurs actuelles

Infiltration tous azimuts des islamistes, formation des imams laissée aux intégristes, projet de califat mondial… Le président de la République n’a pas interdit les Frères musulmans dans son allocution contre le séparatisme islamiste. Analyses.

« Ce à quoi nous devons nous attaquer, c’est le séparatisme islamiste. » Le président de la République Emmanuel Macron a désigné l’ennemi dans son allocution du 2 octobre dernier aux Mureaux (Yvelines) et présenté son plan de lutte. Parmi les mesures annoncées, la formation du personnel religieux par le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), une association qui sert d’interlocuteur avec l’État au sujet de l’Islam en France et qui se compose de diverses tendances, dont les Musulmans de France, ex-Union des organisations islamiques de France (UOIF) et émanation française de la société islamiste des Frères musulmans.

Le chef de l’État a accusé la confrérie d’avoir « porté des messages de rupture, un projet politique, une radicalité. » L’imam de Drancy Hassen Chalghoumi les fustige : « Ils sont le cancer de l’Islam et distillent leur poison en France. Ils ont commis des assassinats contre le pouvoir en Égypte qui les a chassés. Ils se sont réfugiés en Europe et y véhiculent un islam politique. » Un fanatique conservateur égyptien influencé par le salafisme, du nom d’Hassan el-Banna, a fondé la confrérie en 1928 dans le but d’endiguer la propagation de la laïcité dans les pays arabes. L’organisation procède de l’action non-violente et moderne comme la participation aux élections afin d’instaurer des républiques islamiques. Son implantation s’étend de l’Afrique (Lybie, Tunisie, Mauritanie) à l’Europe (France, Royaume-Uni, Suisse) en passant par le Moyen-Orient (Turquie, Yémen, Koweit, Qatar, Palestine). Difficile d’en connaître les membres, selon la sénatrice Les Républicains du Val d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio, auteur d’un rapport fouillé qui a impressionné le Président, car « ils prêtent allégeance et la gardent secrète. Ou alors des musulmans partagent l’idéologie des Frères sans adhérer à la confrérie. »

Des imams islamistes imposés

Hassen Chalghoumi, président de la Conférence des imams de France qui oeuvre pour un islam républicain, explique leur fonctionnement : « Les Frères musulmans ont tissé un réseau de 200 mosquées et d’associations dans le pays. Ils se réunissent en congrès au Bourget en Seine-Saint-Denis chaque année depuis 1988, où ils invitent des condamnés internationaux et donnent des conférences. » Comme l’imam Hassan Iquioussen en 2016  qui traitait en 2003 les Juifs d’« avares et usuriers » et les considérait comme « le top de la trahison et de la félonie ». La sénatrice les tient pour responsables « des quartiers et des villes [qui] sortent de la République. » Et illustre leur présence dans les banlieues : « Les lieux de prière constituent le point central d’un quartier car ils fédèrent les pratiquants. Les Frères musulmans proposent des aides scolaires, des activités sportives, culturelles, tiennent des commerces, distribuent de la nourriture, organisent des barbecues… ». Chalghoumi cite en exemple l’association Aqwaf qui organise des repas, des fêtes et des pèlerinages. Jacqueline Eustache Brinio relativise leur nombre dans la communauté musulmane mais pas leur influence : « C’est une minorité gesticulante car la majorité des musulmans ne s’y reconnaissent pas. »

L’objectif des islamistes a évolué depuis sa création. Le géopolitologue Alexandre del Valle, auteur de Le Projet : la stratégie de  conquête et d’infiltration des Frères musulmans en France et dans le monde (éd. L’Artilleur), le fixe : « Empêcher la laïcisation des musulmans en Europe et établir un califat mondial où la charia est la source de la loi. » Et de développer leur stratégie : « Les Frères séparent les musulmans des autres citoyens en séparant les femmes des hommes par le voile, par le repli communautaire, par les écoles musulmanes, en revendiquant le droit à la différence. Ils instrumentalisent l’anti-racisme pour faire passer le séparatisme. Ils prétendent combattre l’islamophobie pour instaurer le délit de blasphème et exigent des lois spéciales. » Selon lui, les islamistes multiplient leur présence dans les corps intermédiaires de la société : « Ils investissent les domaines de la culture, de l’éducation et du sport. Les associations de loi 1901, caritatives, les clubs sportifs, les mosquées, les syndicats, les universités, les écoles pour préparer les consciences des musulmans. Ils mènent un combat culturel comme le faisaient les marxistes. Leur projet procède de l’infiltration tous azimuts. »

Hassen Chalghoumi prolonge l’idée d’un groupe autonome : « Ils organisent un État dans un État pour séparer les musulmans de la société française. » Emmanuel Macron a même discouru sur une « contre-société ». La femme politique de droite dénonce aussi les écoles clandestines : « Il y a de plus en plus de mosquées, de plus en plus d’écoles hors contrat et coraniques. Par écoles coraniques, on désigne des lieux d’enseignement du Coran aux enfants. Il s’agit le plus souvent de pavillons transformés pour accueillir du public non-déclarés et qui ne respectent pas le code de l’urbanisme. » L’imam drancéen alerte sur la propagande : « Les Frères manipulent des jeunes musulmans naïfs avec un discours victimaire et tiennent un double discours selon le public. Ils diffusent leur idéologies à travers de nombreux sites web. Les Musulmans de France financent par ailleurs des associations qui bâtissent et gèrent des mosquées en contrepartie d’un imam choisi par les Frères. » Alexandre del Valle intègre le nom de l’organisation dans leur stratégie : « Ils ont renommé l’UOIF en Musulmans de France pour séduire en faisant oublier qui ils sont et pour accaparer la communauté musulmane toute entière. »

Le loup dans la bergerie

Le Président a déclaré dans son discours qu’« un travail a été mené par le CFCM, par l’AMIF [Association Musulmane pour l’Islam de France, NDLR], pour justement bâtir une solution. » Or les Frères musulmans dominent le rapport de force au sein du CFCM, comme l’explique Alexandre del Valle : « Quatre blocs se distinguent par ordre d’influence : les Frères musulmans, les Marocains conservateurs, les Turcs pro-Erdogan qui montent en puissance et enfin les Algériens de la Grande mosquée de Paris qui ont perdu du terrain. Le président Moussaoui est certes un Marocain seulement conservateur mais est contraint de composer avec les intégristes présents au ¾ . » Les Frères musulmans y représentent l’islam de leurs soutiens financiers : le Qatar, la Turquie et le Koweit.

L’imam Chalghoumi a trouvé Emmanuel Macron « courageux et responsable ». Mais formule deux regrets : « En chargeant le CFCM de labéliser la formation des imams, il fait entrer le loup dans la bergerie. L’islam consulaire continuera à former les imams. Et le Président n’interdit pas les sectes. » La sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio « attend la loi » mais reconnaît au chef de l’État le mérite de « nommer les choses ». Tout en pointant son incohérence : « Il met en garde contre le danger séparatiste et les dérives islamiques. Mais pour ne pas heurter, il promeut l’enseignement de l’arabe et donne 10 millions d’euros à la Fondation de l’Islam de France dont je me demande à quoi elle sert. Il veut lutter contre l’islamisme mais lui ouvre des portes. » Alexandre del Valle se dit déçu des annonces : « Il y a un énorme décalage entre le constat les mesures, déplore-t-il. Emmanuel Macron a bien dénoncé le séparatisme islamiste à Mulhouse en février dernier. Mais il a retenu peu de propositions de la commission d’enquête sénatoriale. Par exemple, interdire des associations pro-Erdogan et fréristes. » L’universitaire croit connaître les raisons de la pusillanimité : « Macron a essayé de satisfaire tout le monde. D’une part, les élus locaux qui ont besoin de voix islamistes qui disposent d’un tissu associatif. D’autre part, le groupe composite de LREM. Deux groupes de pression le traversent : le multiculturalisme anglo-saxon à la Trudeau qui pense faire coexister diverses communautés et le multiculturalisme anti-chrétien de l’extrême-gauche. »

Un Frère musulman plutôt qu’un salafiste terroriste

Del Valle anticipe l’enseignement de l’Islam au personnel religieux : « Il n’a pas retiré non plus la formation des imams aux Frères musulmans. Les Turcs, les Frères musulmans et le Qatar, avec l’Algérie et le Maroc, formeront les imams par l’intermédiaire du CFCM chargé d’apposer le label de certification. La formation sera donc soit islamiste, soit conservatrice conformément à l’islam marocain. Cela ne va pas faciliter l’intégration des musulmans. » L’essayiste fait la distinction entre l’islam de la confrérie et l’islam Marocain qui participent du Conseil : « L’islamisme frériste est totalitaire et trouve des circonstances atténuantes à la violence. L’islam marocain peut être très conservateur mais ne sera jamais violent. » Il s’interroge sur l’efficacité du label : « Il sert de droit de regard à l’État qui pense ainsi contrôler les intégristes et les mettre sous tutelle. Est-ce que cela va marcher ? Je ne sais pas. Mais les appels au meurtre et l’infériorité de la femme ne seront par exemple pas enseignés aux imams. » Les Frères musulmans disposent d’ores-et-déjà de leur institut de formation des imams, à Château-Chinon (Nièvre) et à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Le sulfureux et renommé théologien qatari Youssef al-Qaradâwî en a même présidé la première remise de diplômes. Alexandre del Valle se montre plutôt enthousiaste quant à l’enseignement renforcé de l’arabe dans les établissements scolaires publics : « Les professeurs du public dispensent un arabe non coranique, modelé par des grammairiens chrétiens d’Orient. » 

Emmanuel Macron a intégré l’Association Musulmane pour un Islam de France dans son plan de lutte. L’énarque Hakim El Karoui, proche d’Emmanuel Macron pour être passé par la banque Rothschild, l’a fondée le 22 janvier 2019. Le but de l’AMIF consistait à élaborer un islam français, débarrassé des influences étrangères, laïc et réformé. Le macroniste a donc préféré faire appel à des musulmans français plutôt qu’à des musulmans sous influence étrangère. Toutefois des mouvements intégristes bien français existent, à l’exemple de l’imam de Brest se finançant lui-même et pour qui la musique est diabolique. Alexandre del Valle l’explique : « Hakim el Karoui est un musulman modéré et utopique qui a pris de mauvais alliés. Il s’est entouré de Frères musulmans qui se présentent comme modérés et à distance de la confrérie, tels que l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou. Il a été trop pragmatique parce qu’il a composé avec les forces en présence qui ont perverti son projet. Pour El Karoui, il vaut mieux un Frère musulman qu’un salafiste terroriste. » Jacqueline Eustache Brinio admet ne pas saisir ses intentions : « Il se contredit sur le voile. Il dit “En tant que Français, je suis contre le voile des femmes dans l’espace public. En tant que musulman, j’y suis favorable.” » Hakim El Karoui est aussi l’auteur du rapport “Un islam français est possible”  en août 2017 pour l’Institut Montaigne. L’imam de Drancy note qu’« il n’a émis aucune critique à l’égard des Frères musulmans, des Musulmans de France, de la Turquie et du Qatar. »

Reste à savoir si l’islam de France est possible malgré la présence autorisée des islamistes. Hassen Chalghoumi croit détenir la réponse : « Sans les Frères musulmans, tous les musulmans seraient frères. »

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