MEMORABILIA

L’éditorial du Figaro: «Macron, des jours heureux aux jours tristes»

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La grande victime de la crise sanitaire est la confiance des gouvernés dans leur gouvernants, déjà bien entamée par la crise de l’autorité. Un doublé qui n’annonce rien de bon…Artofus.

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Par Vincent Trémolet de Villers, directeur adjoint de la rédaction du Figaro.

14 octobre 2020.

Et le rideau sur l’écran est tombé. Emmanuel Macron a prononcé le mot «couvre-feu» et avec lui ce qu’il porte de symboles historiques, de vie réduite, de tristesse collective. Le chef de l’État l’a confié, il aurait voulu éviter cette extrémité, mais il fallait choisir la moins mauvaise solution. C’est le principe même de la tragédie. Les autorités sanitaires plaidaient sourdement pour des confinements locaux, quand ce n’était pas un confinement national ; Macron a choisi de laisser les portes entrouvertes pour que continuent les écoles, les transports, la vie professionnelle, les cultes… Les institutions fondamentales de la vie commune.

La société de la distance s’installe pour des mois

Puisque ce maudit virus repousse les jours heureux à des dates très lointaines, la société de la distance (de la défiance?) s’installe pour des mois. Les Français, dans leur grande majorité, vont supporter ce moindre mal. Mais dans les longues soirées d’automne, ils ne pourront s’empêcher d’égrener le chapelet des échecs: les masques inutiles et obligatoires, les tests pour tous mais pour rien, l’application de traçage dont le premier ministre ne connaît même pas le nom, les lits de réanimation qui manquent une fois encore, les soignants que l’on n’a pas su retenir, que l’on n’a pas su recruter… L’indiscipline des Français a beau jeu! C’est d’abord ce fiasco bureaucratique qui impose aux citoyens de rester chez eux.

«Désormais, le geste gouvernemental par excellence, s’inquiète Pierre Manent, c’est le confinement général.» Le chef de l’État n’est pas retourné à cette extrémité, mais il est légitime de s’inquiéter, non plus d’un recul, mais d’une réduction, installée, assumée, acceptée, de nos libertés. La sphère privée elle-même est coupable d’échapper aux règlements de l’État.

Qu’importe! Il recommande d’ouvrir la fenêtre, approuve les promenades en plein air, compte le nombre d’assiettes à table… La police, quand elle ne sera pas confrontée aux artificiers de Champigny-sur-Marne ou aux agresseurs d’Herblay, devra surveiller et punir, après 21 heures, de simples promeneurs, pourtant sagement masqués, sur la voie publique.

Ce n’est pas une bonne nouvelle.

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