MEMORABILIA

« Enseignant assassiné : la note explosive du renseignement territorial »


Une note du 12 octobre dénonçait la « polémique » née après le cours de Samuel Paty. Un inspecteur devait lui rappeler les « règles de laïcité et de neutralité ».

Par Aziz Zemouri Publié le 17/10/2020 Le Point.fr 

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Tout y était : la « vive polémique » née à la suite du cours de Samuel Paty sur la liberté d’expression ; la volonté d’apaisement de la principale du collège ; les mails de doléances de plusieurs familles ; l’inspecteur envoyé pour rappeler au professeur Paty « les règles de laïcité et de neutralité » ; les manœuvres de Brahim C. pour faire croire aux enquêteurs que sa fille avait participé au cours – ce qui est faux – et qu’elle avait été atteinte dans son « intégrité psychologique ». Le 12 octobre, les agents locaux du Renseignement territorial (RT) 78 avaient consigné tout cela dans une note, envoyée à leur hiérarchie.

Intitulé « Incident en lien avec les principes de laïcité au sein du collège Bois d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine », le document retrace, jour après jour, le conflit qui a éclaté dans l’établissement scolaire. Le lundi 5 octobre, Samuel Paty dispense ainsi son cours sur la liberté de la presse en montrant à ses élèves des caricatures publiées par Charlie Hebdo. Selon les services de renseignement, le professeur aurait pris le soin de demander à ses élèves si certains étaient de confession musulmane, et leur aurait proposé, si cela les gênait, soit de sortir de la classe en compagnie d’une auxiliaire de vie scolaire, ou de fermer les yeux quelques secondes.

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Un inspecteur envoyé sur place pour rappeler au professeur « les règles de laïcité et de neutralité »

Le lendemain, une mère contacte la principale, affirme que sa fille a été mise à l’écart car musulmane. L’enseignant est invité à s’expliquer avec la famille de la jeune fille et à « s’excuser s’il avait été maladroit », ce que fait Samuel Paty. La situation empire pourtant, avec la réception de plusieurs mails par la principale, dont l’un se veut accusatoire : « Face au climat actuel de la Franceoù un climat d’islamophobie s’est installé, pourquoi cherchez-vous à diviser dès le plus jeune âge ? » peut-on lire.

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Brahim C. (dont la fille n’était pas présente en classe, contrairement à ce qu’il a fait croire sur les réseaux sociaux) se présente alors avec un dénommé Abdelhakim Sefrioui, fiché depuis au moins quinze ans, vieux routier de l’islam radical, et qui se décrit comme un responsable de la communauté musulmane française. Les deux hommes qualifient le professeur de « voyou », refusent de le rencontrer et annoncent leur volonté de manifester devant l’établissement scolaire.

La hiérarchie de la principale décide de mandater sur place le vendredi 9 octobre un inspecteur de l’équipe laïcité et valeurs de la République afin, notamment, de rappeler au professeur « les règles de laïcité et de neutralité ». « En outre, cela permettait de préparer la rencontre programmée entre le professeur, la principale puis les parents d’élèves », précise le RT.

« Si vous voulez qu’on soit ensemble et qu’on dise stop »

La note du RT souligne également la publication sur YouTube d’une vidéo où Brahim C. appelle à dire « stop ». « Ce voyou ne doit plus enseigner à nos enfants », entend-on sur la vidéo. Et les services de renseignement de conclure que la communication entre la direction et les familles avait visiblement permis « d’apaiser les tensions », lesquelles étaient « principalement du fait de la famille C. », les responsables de la communauté musulmane locale ne s’étant pas manifestés.

Puis les agents du renseignement écrivent : « Au sein du collège, aucune tension majeure n’est palpable, tant du côté de la communauté éducative que des fédérations de parents d’élèves, qui tout en reconnaissant une certaine maladresse du professeur [bien apprécié par sa hiérarchie], ne le désavouent pas pour autant. »

Brahim C. fait partie des personnes placées en garde à vue depuis vendredidans l’enquête ouverte sur l’assassinat terroriste du professeur Paty, décapité sur la voie publique pour le seul fait d’avoir enseigné la liberté d’expression. Quelle suite avait été donnée à cette note cruciale ? Pourquoi n’a-t-elle pas été transmise au sommet de la hiérarchie judiciaire ? L’enquête devra le déterminer.

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