MEMORABILIA

Décapitation de Samuel Paty: le dossier de la famille Anzorov n’avait pas convaincu l’Office de protection des réfugiés. (Et pourtant)…

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En peu de mots : La « Cour nationale du droit d’asile » a du sang sur les mains…Artofus.

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En 2010, l’Ofpra avait refusé de lui accorder le statut de réfugié politique.

Par Jean Chichizola 18 octobre 2020. LE FIGARO

Hommage à Samuel Paty, décapité vendredi à Conflans-Sainte-Honorine.
Hommage à Samuel Paty, décapité vendredi à Conflans-Sainte-Honorine. PASCAL ROSSIGNOL/REUTERS

«Après le faux mineur isolé de l’attentat contre les anciens locaux de Charlie Hebdo, lâchait dimanche un expert du terrorisme, voici maintenant l’attentat perpétré par un réfugié de 18 ans dont la famille aurait dû être déboutée du droit d’asile…» Après l’horreur de la décapitation d’un enseignant par un terroriste islamiste, le week-end a en effet vu se développer une «affaire dans l’affaire».

Comme l’a révélé Le Point, la famille d’Abdoulakh Anzorov, arrivée en France après avoir quitté le territoire russe en juin 2007, s’était vue refuser, après des années d’enquête, le statut de réfugié par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 19 novembre 2010. Ce refus avait été annulé par la Cour nationale du droit d’asile le 25 mars 2011. Une décision importante car, déboutée de sa demande d’asile, la famille Anzorov aurait été susceptible d’être renvoyée de France.

L’Ofpra a visiblement estimé en 2010 que le récit du père d’Abdoulakh Abouyezid n’était pas convaincant. Ce dernier disait craindre des persécutions de la part des autorités russes ou tchétchènes en raison de son soutien aux combattants en guerre contre Moscou et leurs alliés au Caucase russe. Il expliquait avoir hébergé en 2004, à la demande d’un cousin éloigné, cinq de ces combattants et leur avoir servi de chauffeur à trois reprises. Dénoncé par son cousin rallié aux autorités prorusses, il aurait été enlevé, détenu et maltraité sept jours durant en juillet 2005 par des hommes masqués, armés et en tenue militaire. On lui demande alors de dénoncer les combattants qu’il a hébergés. Libéré contre une rançon, il quitte la Russie pour la Pologne en août 2005. Mais il est débouté de sa demande d’asile par Varsovie, ce qui a probablement affaibli la crédibilité de son dossier en France, et rentre en Tchétchénie en janvier 2007.

Son fils aîné Abdoulakh, né le 12 mars 2002 à Moscou, a alors près de cinq ans. Selon les dires d’Abouyezid Anzorov, des hommes armés en uniforme se présentent à deux reprises, en avril et mai 2007, et lui demandent de se rendre dans un poste de police pour interrogatoire. L’homme décide alors de quitter de nouveau la Tchétchénie avec sa famille le 9 juin 2007. C’est ce récit que la Cour nationale du droit d’asile a décidé de valider, contre la décision de l’Ofpra, en considérant qu’Abouyezid Anzorov craignait «avec raison au sens des stipulations de la convention de Genève (relative aux statuts des réfugiés) du fait du soutien qu’il a apporté à la résistance tchétchène, d’être persécuté en cas de retour dans son pays». Nul ne pouvait bien sûr prévoir en 2011 que le fils aîné d’Abouyezid Anzorov allait, neuf ans plus tard, décapiter Samuel Paty. Mais un haut fonctionnaire ne cachait pas dimanche que l’affaire agaçait fortement en haut lieu.

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Le fait est que cet imbroglio administratif ajoute encore au traumatisme. Et l’on peut aussi s’interroger sur l’attribution du statut de réfugié au jeune Abdoulakh mis en cause par deux fois en 2018 pour violences en réunion et dégradation. Selon un spécialiste, ces faits commis alors qu’il était encore mineur n’auraient toutefois pu, selon la législation en vigueur, justifier un refus du statut. Au demeurant, le jeune homme, inconnu des services de renseignement, faisait plutôt profil bas.

Connu pour des violences urbaines

Dans son quartier de La Madeleine, à Évreux (Eure), connu pour ses violences urbaines, il était un individu lambda dans la soixantaine de familles tchétchènes installées sur place depuis 2003-2004. Proche de la famille Anzorov, Zelimkhan* décrit un garçon «pas agressif, proche de sa famille. On le voyait régulièrement accompagner son grand-père à l’hôpital». Abdoulakh vivait en effet avec ce grand-père mais aussi avec ses parents et ses cinq frères plus jeunes. Le père, Abouyezid, travaillait dans la sécurité. Son fils faisait des chantiers, envisageait lui aussi une formation dans la sécurité et pratiquait la boxe. Ces derniers jours, il aurait exprimé à ses proches sa colère après avoir pris connaissance de l’affaire du collège de Conflans.

L’enquête dira s’il a été aidé par des complices. Pour sa part, Zelimkhan affirme que «ce qui s’est passé n’a rien à voir avec notre communauté. Nous sommes tous choqués». Comme Zelimkhan, plusieurs associations communautaires, comme l’Assemblée des Tchétchènes d’Europe ou l’Union des Tchétchènes et Ingouches des Alpes-Maritimes, ont condamné l’attentat.

Mais cet assassinat remet de facto sous les projecteurs une communauté dont les éléments radicaux sont surveillés de longue date par les services antiterroristes. Ces derniers partagent un même constat avec les anciens de la communauté: le danger d’une radicalisation ultrarapide de jeunes via «l’imam Google». Comme ce fut peut-être le cas pour le terroriste de Conflans.

* Le prénom a été modifié

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