MEMORABILIA

« Le CCIF, spécialiste du harcèlement judiciaire ».

Les appels à la dissolution se multiplient contre cette association souvent partie prenante dans des affaires liées à l’affirmation d’un islam politique.

Par Clément Pétreault Le Point. 19 octobre 2020.

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– Le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), était depuis sa fondation par Samy Debah en 2003, une association en quête de respectabilité, qui « justifiait son existence par une démultiplication de procédures judiciaires confiées à de jeunes avocats mal payés », explique Pierre-François Mansour, chercheur spécialiste du mouvement décolonial et des nouveaux modes de militantisme, qui a cosigné Les Territoires conquis de l’islamisme au début 2020 (PUF). « Sauf que, récemment, quelque chose a changé dans les méthodes et la substance du CCIF. Les organisateurs se sont mis à donner la parole à des figures connues d’un islam très rigoriste, comme le théoricien Aissam Aït-Yahya, un théoricien aux thèses plus que discutables. On suppose qu’il a écrit sous pseudo des textes qui tombent clairement sous le coup de la loi », explique le spécialiste, mais aucune preuve formelle ne permet de lui attribuer la paternité de ces écrits violents.

Community Organising

Pour le chercheur, l’ADN qui définit le CCIF est un alliage d’islamisme et de community organising (activisme politique théorisé aux États-Unis pour émanciper des classes populaires). On ne sait pas grand-chose du mode de fonctionnement et de financement de cette organisation qui se rêve en « Crif des musulmans ». « Le CCIF ne publie pas ses comptes, on ne sait pas qui le finance. On se demande si le Qatar met encore la main à la poche ou si c’est la Turquie qui en a pris le contrôle », avance le chercheur.

Dans les milieux diplomatiques français, on soupçonne Ankara de mettre parfois la main à la poche pour attiser la conflictualité et encourager les musulmans à s’élever contre une laïcité qui constituerait un obstacle à l’expression de la foi de tout Français musulman. Le CCIF rebondit sur l’actualité quand il ne cherche pas à la créer. Dans un texte intitulé « Nouveau guide de la laïcité, ce qu’en pense le CCIF », les responsables associatifs pointent « le ton employé, principalement offensif et excluant, en regard avec les débats récents réenclenchés par la politique Macron ».

Lire aussi : « La manifestation « contre l’islamophobie » a été dominée par une affirmation identitaire islamiste »

Statistiques

Régulièrement ciblés par des plaintes du CCIF, les militants laïques français connaissent bien cette organisation. Pour Amine El Khatmi, président du Printemps républicain – un mouvement politique clairement engagé en faveur de la laïcité –, les responsables du CCIF sont extrêmement procéduriers et passent leur temps à faire des procès pour des propos qui ne tombent pas sous le coup de la loi. « Pour moi, c’est clairement une officine islamiste. Cette simple affirmation m’a valu des menaces de plainte », relate ce défenseur de la laïcité.

Le CCIF publie régulièrement des « statistiques » des actes « islamophobes », mais intègre dans ces chiffres des événements dont le caractère anti-musulmans devrait être sujet à discussion. Ainsi, des fermetures de mosquées qui prêchent la violence, l’expulsion d’imams prédicateurs de haine ou des interpellations d’individus liés au terrorisme seraient, pour le CCIF, des actes « islamophobes ». « Qu’une organisation défende les musulmans, ça peut se comprendre, mais qu’elle défende un islam politique qui veut imposer ses vues sur la République, c’est non », affirme Amine El Khatmi qui relève que, dès qu’un incident sur la laïcité surgit dans le paysage médiatique, « le CCIF n’est jamais loin ».

Vers une dissolution ?

Gérald Darmanin a annoncé ce matin souhaiter la dissolution de cette association dont les activités électrisent les débats depuis plusieurs années. « Il n’est pas exclu que Gérald Darmanin se soit un peu avancé, car, en l’état actuel du droit, rien ne permet de dire qu’ils ont explicitement et délibérément appelé à la violence », analyse un proche du dossier. « En l’état actuel de la législation, ça va être compliqué, car, dans les dossiers de dissolutions, il faut des délits constitués. 

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Zineb El Rhazoui : « Le CCIF mène un djihad judiciaire » 

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