MEMORABILIA

Zineb El Rhazoui : «  Le CCIF mène un djihad judiciaire »

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ENTRETIEN. Sous protection policière, l’ex-journaliste de « Charlie Hebdo » pointe du doigt le rôle d’associations islamistes – comme le Collectif contre l’islamophobie en France.

Propos recueillis par Clément Pétreault Publié le 19/10/2020 à 10:26 | Le Point.fr 

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Alors que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin vient d’annoncer son intention de dissoudre le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), l’ex-journaliste Zineb el Rhazoui raconte les menaces dont elle est victime de la part de ces activistes dissimulés derrière le masque de l’antiracisme. Harcelée, insultée, menacée et placée sous protection policière permanente, l’autrice de Détruire le fascisme islamique (Ring) a été condamnée à mort par des islamistes du monde entier. Apostate devenue une figure militante laïque, elle sait ce que peuvent coûter les mots et se dit prête à mourir pour le droit au blasphème, chaque jour attaqué. Aujourd’hui, elle défend le modèle laïque français et dénonce les activistes de la haine, contre lesquels les pouvoirs publics tardent à agir. Vendredi, lorsqu’elle a appris l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, le sol s’est dérobé sous ses pieds. Puis les messages sont arrivés. Zineb El Rhazoui a reçu des dizaines de textos lui narrant les moindres détails de cette macabre décapitation, «  un acte d’une rare barbarie  », souffle-t-elle.

Le Point : Quel est ce tissu associatif islamiste que vous dénoncez  ? Que fait-il  ?

Zineb El Rhazoui : C’est un fait, tous les fascismes ont besoin d’entretenir à leur base le sentiment d’appartenance à une communauté qui se vit comme persécutée, privée de son passé glorieux, appelée à se dresser contre l’autre pour retrouver une dignité fantasmée. Ce mécanisme est présent chez de nombreuses associations islamistes qui sévissent en France, sans que cela alerte les pouvoirs publics. Le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), par exemple, navire amiral de l’arsenal islamiste dans l’Hexagone, milite depuis des années contre un «  délit  » qui n’en est pas un dans le droit français, je veux parler de cette imposture sémantique appelée «  islamophobie  ». La tactique du CCIF est de se placer sous la bannière de la lutte contre le racisme, dont la définition est encadrée par la loi, pour bénéficier des mêmes protections juridiques. Toute personne qui critique l’islam se voit automatiquement traitée de raciste, voilà un chantage juridique qu’il est grand temps de rendre inopérant. Tomber dans ce piège en renonçant à sa parole, c’est contrevenir aux principes fondateurs de la nation française que sont la liberté, le droit de débattre, de défendre ou de critiquer toutes les idées. Toutefois, le CCIF est loin d’être la seule association à alimenter cette entreprise de division, il y en a d’autres, moins connues mais tout aussi dangereuses, comme la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), fondée par Abdelaziz Chaambi, un fiché S qui avait réclamé l’exécution de la fatwa contre Salman Rushdie au début des années 2000, et Action droits des musulmans (ADM), qui organise des ateliers de «  cyberautodéfense  » réservés aux musulmans.

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Vous menez campagne contre des associations connues pour leur engagement islamiste. Souhaitez-vous leur dissolution  ?

Je fais partie de ceux, nombreux, qui appellent à la dissolution de ces associations communautaires qui n’ont jamais défendu d’autres chapelles que les leurs. L’intérêt général, dont elles se réclament, ne les intéresse pas. Le CCIF, par exemple, mène un djihad judiciaire en harcelant des intellectuels français, des journalistes ou des enseignants dans le but de museler toute critique de l’islam. Les plaintes qu’il intente sont le plus souvent déboutées, mais le mal est fait pour la personne qui en a été victime et qui, pendant des mois, a dû subir un harcèlement médiatique et dépenser des milliers d’euros en frais de justice. Cette association met en place une logistique juridique pour construire des dossiers judiciaires qui démontreraient une persécution collective et un racisme d’État. Mais le CCIF ne défend que les musulmans parmi les Français et encore, que les musulmans qui mettent en avant leur religion. Cessons de les considérer comme des défenseurs des droits civiques, l’humanité ne les intéresse pas. Si cette association submerge l’institution judiciaire, c’est dans le but d’obtenir une jurisprudence qui lui permettrait de faire inscrire l’«  islamophobie  » dans le droit français. Mais il ne faut pas se tromper, l’«  islamophobie  » et le blasphème sont les deux revers d’une même médaille. Dans le monde musulman, les personnes qui critiquent l’islam ne sont pas traitées d’islamophobes : c’est inutile, puisqu’il y a les lois anti-apostasie, les crimes d’atteinte à la foi ou à la religion. En Occident, les islamistes se cachent derrière la bannière de l’antiracisme pour faire avancer leur propre racisme, ils se servent de la liberté d’expression pour museler toute critique de leurs dogmes et instrumentalisent la démocratie pour imposer leur modèle totalitaire.

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Vous mettez en garde contre des associations manifestement islamistes qui se dissimulent derrière une vocation caritative…

Oui, je pense notamment à Barakacity, qui se targue d’être une ONG de charité ; vu le niveau de prosélytisme islamiste de cette association, on se demande quelle est sa réelle vocation. Son président fait l’apologie du djihad, refuse de serrer la main aux femmes, considère que critiquer la polygamie serait une marque d’«  islamophobie  » et j’en passe… On sait de longue date qu’un des leviers les plus efficaces de l’implantation des islamistes les plus belliqueux a toujours été le domaine caritatif. Lorsque les dictatures arabes ont abandonné toute ambition de progrès social, le vide a été occupé par les islamistes, qui étaient là pour nourrir la veuve et l’orphelin. Les islamistes n’aident pas les pauvres à échapper à leur condition mais les transforment en leurs obligés. Et, lorsqu’ils ouvrent des écoles, ce sont des écoles coraniques incapables de proposer une éducation émancipatrice du peuple qu’ils prétendent aider. Le projet islamiste est un projet global, il possède une approche politique, sociale, médiatique, culturelle et même une aile militaire représentée par le terrorisme. Si ces différents aspects de la nébuleuse islamiste n’ont souvent pas de lien opérationnel entre eux, il n’en demeure pas moins qu’ils œuvrent collectivement pour construire le même projet de société. Ainsi, on peut observer en France que, à chaque attentat, des islamistes «  condamnent  » l’acte terroriste lui-même, tout en exigeant la même chose que les terroristes : qu’on cesse de caricaturer leurs croyances.

La semaine dernière, le Raid a débarqué chez le fondateur de l’association islamiste Barakacity. Cette perquisition a-t-elle un lien avec la campagne de harcèlement qu’il a menée contre vous sur les réseaux sociaux  ?

Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que ce triste sire s’est acharné sur moi pendant plus de trois semaines après s’être acharné sur Zohra Bitan, le tout avec une violence inouïe et des attaques exclusivement en dessous de la ceinture. Il a récupéré des informations privées sur moi et ma famille qu’il a publiées en les noyant dans un océan de calomnies. Il m’a fabriqué une vie de Mata Hari de cinéma et s’est acharné sur mon sort en utilisant les réseaux sociaux pour me lyncher. Ce procédé est typiquement le même que celui qui a coûté la vie à Samuel Paty. Je ne suis pas une fragile, j’ai l’habitude des attaques des islamistes et de leurs complices, mais j’aurais davantage respecté cet illuminé s’il s’en était au moins pris à mes idées. J’ai observé en silence les tourments de ce monsieur pendant des semaines, puis j’ai fini par lui écrire un mail dans lequel j’énumérais quelques informations sur lui, des informations qu’il n’avait jamais rendues publiques. Je lui ai évidemment dit qu’il pouvait dormir tranquille, car je n’avais aucune intention de les rendre publiques, mais je voulais simplement lui démontrer ma supériorité morale, à moi l’athée, sur le croyant étriqué qu’il est, qui parle du matin au soir d’Allah et du Coran sans que cela l’aide visiblement à devenir un être meilleur. Cet homme s’acharne à me présenter comme l’incarnation de la haine sur Terre mais s’en prend à un enfant de 4 ans à qui il menace d’accrocher une cible dans le dos en révélant son nom… Je suis heureuse et fière de protéger ses enfants comme lui de vouloir nuire au mien. Au fond, mon message est un message d’amour. Je souhaite à tous ces islamistes ce que j’ai voulu pour moi : la liberté et l’émancipation, qu’ils ne soient soumis à aucun dieu ni maître, et qu’ils soient irréductibles dans leur humanité. Je veux partager mon chemin de libération avec eux, et le seul mal que je leur souhaite, c’est de voir la lumière et d’entrer enfin dans la fraternité universelle.

Les attentats menés au nom de Dieu sur le territoire français ces cinq dernières années ne marquent-ils pas une forme d’échec du modèle républicain laïque  ? 

Certainement pas. Non seulement il faut défendre ce modèle, mais il faut aussi en être fier. Je crois même qu’il est grand temps de l’exporter. Notre diplomatie, qui promeut nos entreprises, notre culture et notre art de vivre, ne fait pas la promotion du modèle laïque français, alors qu’il existe partout en Europe une véritable demande de compréhension de la part de pays qui se sentent démunis devant les problèmes sociaux et culturels que leur pose une immigration récente. La France connaît ces problèmes depuis longtemps et a réussi, quoi qu’en disent certains, à intégrer beaucoup plus de personnes musulmanes dans sa communauté nationale que n’importe quel autre pays d’Europe. Le secret, c’est la laïcité.

Mais c’est pourtant cette laïcité qui est à présent au cœur de toutes les querelles…

Ce qui rendrait grandement service à la laïcité aujourd’hui, c’est que ses grands textes soient traduits par des intellectuels bilingues qui constatent l’échec des modèles multiculturalistes partout dans le monde. La laïcité n’est pas comme un simple sécularisme anglo-saxon, elle est beaucoup plus que ça. Elle n’est pas simplement le fait de «  croire ou ne pas croire  » comme le répètent en boucle nos hommes politiques, omettant de dire en quoi il s’agit de croire, induisant le mot «  dieu  » dans le débat et divisant implicitement les Français entre croyants et non-croyants. Non, la laïcité, c’est que la question de la croyance ne doit même pas se poser dans la gestion de la chose publique, la Res publica, la République. Je ne cesse de le répéter à tous les ennemis de la laïcité : c’est grâce à la laïcité que vous avez des mosquées et que vous pouvez exercer votre religion librement. Sans elle, vous auriez dû payer une dîme à l’État catholique pour exercer votre culte. Les Français de confession musulmane qui luttent contre la laïcité se trompent de combat. La France, grâce à sa laïcité, leur offre une chance civilisationnelle historique : gagner le droit au blasphème, qu’ils n’ont jamais pu acquérir en quinze siècles d’existence. Cela ne veut pas dire qu’ils sont obligés de blasphémer, mais ils peuvent léguer ce droit à leurs enfants, un droit qui a déjà fait couler beaucoup de sang dans l’Histoire. Nous, les Français apostats menacés de mort par la charia, nous sommes prêts à mourir pour le droit au blasphème  !

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Attendez-vous des mesures pour renforcer l’école laïque et républicaine  ?

J’ai reçu des dizaines de messages d’enseignants blessés dans leur chair par cette insoutenable décapitation. Dans le corps enseignant, la laïcité est une problématique concrète. Ne laissons pas les profs se débattre et porter seuls sur leurs épaules le poids de l’option idéologique que l’école doit prendre, cette décision doit être politique et impulsée par le haut. Après cet acte barbare qui a profondément ébranlé les Français, il est grand temps d’intégrer les caricatures dans les programmes scolaires français ; l’éducation civique doit en passer par là, pour tous les élèves de France. J’ai vu beaucoup de gens proposer que ces caricatures soient montrées à la rentrée dans tous les établissements ; j’approuve cette proposition, mais je pense qu’elle ne suffit pas. Il faut introduire ces dessins de façon durable dans les programmes, car ils font après tout partie de l’histoire de notre pays.

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Et au-delà de l’école  ? 

Au-delà du domaine de l’éducation, je constate un large besoin de justice aujourd’hui en France. L’impunité et le laxisme dont nous sommes témoins tous les jours sont des bombes à retardement sur le plan politique. Il est grand temps de faire preuve de fermeté, en réformant notamment la justice. Les peines doivent être exécutées et les terroristes et leurs complices idéologiques sévèrement sanctionnés. Je crois aussi qu’il faut revenir sur la déchéance de nationalité. Lorsque l’on est passé devant les drapeaux tricolores dans une cérémonie de naturalisation et qu’ensuite on se compromet dans des actes terroristes tournés contre la France et son peuple, on doit être déchu, sans discussion. Pour les cas où ça n’est pas possible, il faut envisager des options de déchéance des droits civiques, voire l’indignité nationale.

Zineb El Rhazoui. Journaliste et essayiste, autrice de «  Détruire le fascisme islamique  » (Ring, 2016).

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