MEMORABILIA

LA FABRIQUE DU CHAOS CIVILISATIONNEL

Scroll down to content
@DR

Différentes analyses ont déjà été produites pour répondre à cette question, mais aucune ne s’est attardée sur deux notions, établies, à plus de trois siècles de distance, par le philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679) et par le professeur américain de sciences politiques (et auteur à succès) Samuel Huntington (1927-2008), qui apparaissent comme les deux critères fondamentaux du politique : la violence et la civilisation. Tout le reste, en effet – le type de régime, la formation de l’État, la structure des institutions et le rapport qu’elles entretiennent entre elles, la forme du droit en vigueur, etc. –, est secondaire et soumis à ces deux critères.

Car au fondement du politique sont logés deux concepts : l’unité et le pouvoir. L’unité politique présuppose une homogénéité culturelle, un peuple pourvu d’un projet civilisationnel commun. L’exercice du pouvoir présuppose la capacité de discriminer entre l’ami et l’ennemi, capacité qui inclut la détermination collective de faire usage de violence face à l’ennemi désigné, car il n’y a pas d’exercice du pouvoir sans violence. Or, le logiciel macronien – et plus largement le logiciel social-libéral moderne – ne dispose d’aucun de ces deux fondements. Emmanuel Macron, et plus largement tous les acteurs politiques désireux d’ignorer ou de minimiser ces critères, ne peuvent donc qu’échouer face aux défis actuels, et particulièrement face à l’hystérie revendicatrice et violente, multiforme, qui a saisi notre pays et qui le tire vers le bas.

Désigner l’ennemi, l’ennemi sait faire, lui…

Il est un point qu’il nous faut éclairer dès maintenant : l’ensauvagement de la société, qui occupe très largement l’actualité médiatique, n’est pas réductible à un simple phénomène de hausse de la délinquance. Maintenir l’analyse de l’ensauvagement au niveau premier du « fait divers » revient à ignorer volontairement les causes du conflit qui oppose les groupes ensauvagés au reste de la population et aux institutions républicaines. Car cette hausse, tout à fait réelle par ailleurs, n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle n’est que le voile social qui masque un choc civilisationnel dont la composante violente est de plus en plus visible.

Lire aussi : Emmanuel Macron, un ennemi qui vous veut du bien

Si Emmanuel Macron est incapable de discerner la pertinence du paradigme civilisationnel huntingtonien pour analyser la violente fracturation de la société française, s’il est également impuissant à désigner l’ennemi, pour y faire face, le combattre et le réduire, en revanche, ceux qui commettent ces violences y parviennent parfaitement. Le Français égorgé par un islamiste, qu’on pense à Arnaud Beltrame ou au père Hamel, est l’ennemi désigné. Le Français battu, lynché, poignardé en pleine rue ou dans le métro par un migrant, est l’ennemi désigné. La Française violée par un réfugié est l’ennemi désigné. La cathédrale de Nantes, incendiée par un Rwandais en situation irrégulière, est l’ennemi désigné. La statue de Colbert, dégradée par un indigéniste africain, est l’ennemi désigné. Les forces de police, agressées plus de 110 fois par jour, sont l’ennemi désigné. Sans compter les clips de rap qui appellent à tuer des bébés blancs ou à niquer la France, clips qui désignent, là encore, la population majoritaire de ce pays, et ce pays lui-même, comme l’ennemi.

Huit Français sur dix voient bien le déclin

La France est de longue date confrontée à ce conflit civilisationnel. L’inaction cumulée des gouvernements successifs a conduit la France à devenir, selon les termes employés par Samuel Huntington dans Le Choc des civilisations, un « pays déchiré », un pays où l’enjeu est désormais celui d’un « changement d’appartenance ». Les partisans de ce conflit civilisationnel engagé contre la France sont des indigénistes, présents de plus en plus massivement sur le territoire national, appuyés par différents types d’organisations et d’institutions, principalement issues de l’extrême gauche politique, syndicaliste, associative et médiatique.

Qu’est-ce qu’un conflit civilisationnel ? Huntington le définit comme un ensemble de « relations perpétuellement tendues qui dérapent de temps en temps vers la violence ». Notons par ailleurs qu’Huntington inscrit dans le phénomène d’indigénisation toutes les « résurgences des cultures non occidentales », c’est-à-dire à la fois les revendications africaines, décoloniales, et la résurgence islamique, qui sont à l’heure actuelle les deux principales formes d’opposition à la civilisation française – et à la République.

78 % des Français estiment que « la France est en déclin », un résultat en hausse – de neuf points ! – depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, alors que son arrivée au pouvoir l’avait fait très sensiblement chuter

La nature civilisationnelle de ce conflit est évidente pour une très large partie de la population française. En effet, selon les résultats, publiés mi-septembre, du baromètre annuel « Fractures françaises » réalisé par Ipsos/Sopra Steria pour Le Monde, le Cevipof, la Fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne, 78 % des Français estiment que « la France est en déclin », un résultat en hausse – de neuf points ! – depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, alors que son arrivée au pouvoir l’avait fait très sensiblement chuter.

De façon plus précise, que pensent les Français selon cette enquête ? À 61 %, ils jugent qu’« on ne se sent plus chez soi comme avant » ; 66 % estiment qu’« il y a trop d’étrangers en France » ; 58 % pensent que l’islam n’est pas « compatible avec les valeurs de la société française » (alors que ce chiffre ne s’élève qu’à 9 % et 19 % pour les religions catholique et juive). Le choc civilisationnel ne fait donc pas mystère pour la « France périphérique » ; il n’est moralement inacceptable que pour les élites bourgeoises des métropoles, particulièrement les élites médiatiques et politiques, celles qui façonnent l’opinion et les lois.

Lire aussi : LR en marche vers Emmanuel Macron

L’autre fondement, la violence, obéit à la même logique. La nécessité de rendre au pouvoir politique ses attributs premiers, c’est-à-dire non seulement l’autorité (82 % des sondés manifestent « le besoin d’un vrai chef pour remettre la France en ordre »), mais l’usage légal et légitime de la violence physique, voire du permis de tuer, s’impose aujourd’hui à 55 % de la population française, alors que dans les médias, la simple évocation de la mort pénale est sujette à censure et à discrédit.

L’« idiot utile » de l’islamisation

Emmanuel Macron ne se contente pas d’afficher une impuissance politique face au chaos civilisationnel qui a saisi la France, il en est un acteur – certains diraient qu’il en est « l’idiot utile » – de l’indigénisation. Croyant mener une politique du « en même temps » équilibrée, à travers sa lutte (législative) contre les « séparatismes » ou celle (verbale) contre la délinquance, il favorise en réalité les opposants à la France et à la République par une politique en tous points libérale. Pourquoi ?

Un conflit civilisationnel se joue sur deux tableaux, au moins, dont l’un des deux est d’ordre culturel. Si l’exercice d’un soft power civilisationnel est strictement non violent physiquement, sa nature métapolitique lui confère cependant une supériorité sur tous les principes politiques libéraux, et notamment la laïcité. Un principe libéral est protecteur uniquement face à une domination politique étatique ; face à une domination métapolitique, il est impuissant. La laïcité, par exemple, protège relativement bien l’État de l’influence politico-religieuse (à condition que les responsables politiques ne la dévoient pas) ; en revanche, elle est entièrement impuissante face aux influences culturelles dirigées contre la société civile.

Le cadre juridico-politique des droits de l’Homme se révèle en effet extrêmement favorable à l’expression du soft power civilisationnel islamique, notamment grâce au concept de libertés fondamentales

Pour le dire autrement, la loi islamique n’a, pour le moment, pas les moyens de s’imposer au Parlement ; en revanche, les Français assistent dans leur quotidien, en bas de chez eux, impuissants, à la multiplication des voiles, des burkinis, du halal, des mœurs islamiques. Le cadre juridico-politique des droits de l’Homme se révèle en effet extrêmement favorable à l’expression du soft power civilisationnel islamique, notamment grâce au concept de libertés fondamentales (au sein desquelles on trouve la liberté religieuse). Les responsables politiques – Emmanuel Macron le premier – continuent de considérer le voile, le halal, la construction de mosquées, et l’ensemble des mœurs islamiques, comme des « expressions de la foi musulmane ». En agissant ainsi, ils sacralisent ces éléments au regard des droits de l’Homme, intouchables. En réalité, ces attributs appartiennent à la civilisation islamique : ce sont des attributs culturels, que le pouvoir politique devrait pouvoir réguler pour protéger la civilisation française.

Un président qui amplifie le dissensus

Une autre façon de nourrir l’indigénisation de la société française consiste à ne pas contrôler l’immigration, ce qui favorise l’augmentation de l’armée de réserve culturelle indigéniste. Or, nous savons qu’une partie de cette armée de réserve ne se contente pas d’une guerre symbolique – porter le voile comme la vice-présidente de l’Unef Maryam Pougetoux lors d’une audition à l’Assemblée nationale, ou revendiquer la liberté de se baigner en burkini dans une piscine municipale, ce qui est désormais autorisé à Rennes et le sera bientôt dans plusieurs autres villes de France.

Lire aussi : Contre le macronisme, l’hésychasme !

L’autre tableau, celui qui justifie les termes de conflit et de choc civilisationnels, est plus inquiétant, car il est celui de la violence physique, de l’ensauvagement, et, en palimpseste, de la guerre civile. Pour que l’ordre soit rétabli, le Léviathan – aujourd’hui l’État républicain – devrait faire un usage bien plus violent de la force, voire extrêmement violent si les nécessités l’imposent. Cependant, cet usage a été paralysé, suivant la même logique de sacralisation de l’individu, par la politique libérale des droits de l’Homme, laquelle, après avoir consolidé autant que faire se peut la suppression de la peine de mort, s’emploie à dépouiller l’État de l’usage de la force. Le citoyen ne peut plus se défendre. La République ne sait plus défendre le citoyen autrement « qu’en droit », et jamais plus « en fait ». Et la République ne peut même plus se défendre elle-même.

Le choc des civilisations, dans sa version « soft power » mais aussi « hard power », est la grande problématique du XXIe siècle. Emmanuel Macron, comme tous les libéraux, y est idéologiquement opposé. Par cette opposition, il nourrit, au détriment des Français, une bonne conscience : celle d’appartenir au camp du Bien. Le hic, c’est que les faits donnent chaque jour un peu plus raison à Samuel Huntington. Dès lors, non seulement l’aveuglement volontaire d’Emmanuel Macron favorise le chaos civilisationnel qui a saisi la France et qui la conduit vers une forme de désappropriation culturelle, mais il pousse également la République au bord du gouffre, amenant le contrat social plus près de son point de rupture que jamais auparavant dans l’histoire de la Ve République. Avec, comme seul horizon politique, la très redoutée stasis : la guerre civile.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :