MEMORABILIA

« Le pacte faustien de Macron avec l’islam de France »…

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Par  Victor-Isaac Anne Publié le 23/10/2020 – Valeurs actuelles

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En confiant les rênes de l’islam de France au Conseil français du culte musulman, le président de la République accomplit un vieux rêve… des Frères musulmans.

C’était il y a un peu plus d’un an, le 28 mai 2019. Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, en charge des cultes, boude le dîner annuel de rupture du jeûne du ramadan avec le Conseil français du culte musulman (CFCM). Pour la première fois depuis l’élection d’Emmanuel Macron, aucun représentant du gouvernement ne daigne honorer de sa présence ce repas traditionnel. Comme un pied de nez à cette instance – censément – représentative des Français musulmans, le patron de la Place Beauvau, en concertation avec le chef de l’État, se rend, le lendemain, à Strasbourg pour un banquet similaire, à l’invitation du Conseil régional du culte musulman (CRCM). Au cours du dîner, Christophe Castaner distille les piques directes et indirectes à l’encontre du CFCM, déplorant d’abord la « frilosité » de cette organisation puis soulignant la nécessité pour l’islam de se doter de « représentants réellement représentatifs ».

À l’époque, la rupture semble consommée entre l’État et cette instance fondée en 2003 sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur. Puis vient le discours de Mulhouse sur le « séparatisme islamiste », le 18 février 2020. Dans son allocution, le président de la République jette les bases d’un plan pour lutter contre les dérives communautaires religieuses sur notre territoire. Parmi les principales mesures annoncées, la fin progressive des « imams détachés » et « psalmodieurs », un contrôle renforcé des financements étrangers de lieux de culte, ainsi que la substitution des enseignements internationaux de langues étrangères (Eile) aux enseignements de langue et de culture d’origine (Elco), ces cours dispensés par des enseignants désignés et rétribués par leur pays d’origine.

Une association décrédibilisée 

En coulisse, le gouvernement amorce un nouveau rapprochement avec le CFCM dans lequel il voit, in fine, un partenaire fiable pour mener à bien sa stratégie. Crise sanitaire oblige, le dossier sur le séparatisme est ajourné avant de réapparaître au menu de la rentrée politique. Début septembre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, ont d’abord précisé le contenu du projet de loi contre le séparatisme, avant qu’Emmanuel Macron dévoile les grandes lignes du texte, le 2 octobre, aux Mureaux.

Au cours de son discours, le président annonce avoir confié au CFCM trois missions importantes afin d’organiser le culte et de parvenir à un « islam des Lumières » débarrassé des influences étrangères. Pour « détacher le lien avec l’islam consulaire », cette instance sera chargée de « labelliser des formations d’imams », d’ « assumer une responsabilité cultuelle qui sera la certification des imams » et d’élaborer une charte de l’imam dont la transgression entraînera la révocation du religieux. De bien lourdes responsabilités pour une association dont le bilan frôle le néant depuis dix-sept ans.

La légitimité de cette organe de représentation d’une religion sans clergé n’a jamais cessé d’être questionnée

La création du CFCM intervient après plusieurs tentatives de l’État de trouver un interlocuteur au sein d’une communauté éclatée en de nombreux courants. Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur sous la présidence de François Mitterrand, est le premier à s’être essayé à l’organisation du culte islamique avec le lancement du Conseil de réflexion sur l’islam de France (Corif), en 1990. Trois ans plus tard, le nouveau premier flic de France, Charles Pasqua, met fin au Corif pour s’appuyer exclusivement sur la grande mosquée de Paris. En novembre 1999, Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur du gouvernement Jospin, reprend le dossier et lance une consultation sur l’islam de France. Laquelle débouche sur la signature d’un accord-cadre prévoyant l’élection d’un Conseil français du culte musulman. Il verra finalement le jour en 2003 sous le patronage de Nicolas Sarkozy.

En ce temps-là, déjà, la légitimité de cet organe de représentation d’une religion sans clergé était fortement questionnée. Depuis, le CFCM n’a cessé de faire l’objet de critiques ; l’État lui reprochant son inertie et ses querelles intestines, les fidèles, son illégitimité institutionnelle, son déficit de crédibilité et sa trop grande proximité avec le pouvoir. « L’écrasante majorité des musulmans français sont sunnites. Or, ce courant religieux ne connaît d’autre autorité que Dieu. Il n’y a donc aucune raison qu’ils se reconnaissent dans une organisation qui serait suspecte de collusion avec l’État », analyse Philippe d’Iribarne, directeur de recherche au CNRS et auteur d’ Islamophobie : intoxication idéologique (Albin Michel). Un constat partagé par Laurence Taillade, essayiste et présidente du Parti républicain solidariste : « Il est illusoire de penser que des Français musulmans, à 95 % sunnites, vont approuver ce type d’organisation. Ce qu’on leur demande ici, c’est d’aller vers le chiisme, autrement dit l’impensable. »

Le péché des clercs

Plus problématique encore, cette instance est noyautée en partie par les Frères musulmans. Or c’est Nicolas Sarkozy qui a ouvert la boîte de Pandore. En avril 2003, le futur chef de l’État se rend au congrès de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), vitrine française des Frères musulmans. À cette occasion, il accepte d’intégrer l’UOIF au CFCM moyennant le respect des principes républicains. Le même mois, cette organisation porteuse d’un « islam orthodoxe », selon Nicolas Sarkozy, obtient 13 sièges au conseil d’administration du CFCM.

Dix-sept ans plus tard, les avatars de la confrérie ont étendu leur influence sur cette structure nationale. Classée “organisation terroriste” par les Émirats arabes unis en 2014, l’UOIF, qui s’est rebaptisée Musulmans de France, figure parmi les cinq fédérations statutaires qui désignent la moitié des membres du CFCM. Au reste, cette instance représentative est très perméable aux influences étrangères, comme l’illustre le cas de l’actuel président du CFCM, Mohammed Moussaoui. Outre cette fonction, il est également membre du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME). Or, dans un dahir (décret du roi du Maroc) de 2008, il est notifié que les personnalités choisies par le Maroc pour siéger au CCME l’ont été pour « leur attachement aux constantes et aux valeurs sacrées de la nation, à son identité homogène », qu’elles ont pour mission d’œuvrer « au rayonnement de la mère patrie » ou encore « d’émettre des avis sur les principales orientations des politiques publiques permettant d’assurer aux Marocains résidant à l’étranger le maintien de liens étroits avec leur identité marocaine et notamment celles relatives à l’enseignement des langues, l’éducation religieuse et l’action culturelle ». Un programme manifestement incompatible avec le souhait d’Emmanuel Macron de rompre le cordon consulaire. D’autant plus que ces filiations entre les fédérations du CFCM et les pays d’origine sont légion ; ainsi du Rassemblement des musulmans de France sous influence du Parti de la justice et du développement marocain, d’idéologie islamiste, ou des liens entre Musulmans de France (ex UOIF) et la succursale tunisienne des Frères musulmans, le parti Ennahdha.

Le frère Tariq Ramadan, il est devenu porte-drapeau, mais il faudrait qu’il y en ait 36 000 pour faire savoir ce qu’est l’islam

En plus du CFCM, Emmanuel Macron a identifié deux autres partenaires pour organiser cet “islam des Lumières” : l’Association musulmane pour l’islam de France (Amif), fondée par Hakim El Karoui, un consultant proche du président, et la Fondation de l’islam de France (Fif), présidée par l’islamologue Ghaleb Bencheikh.

Or, là encore, l’ombre de l’islam politique plane sur ces deux organisations. Pressentie pour réguler les secteurs économiques du halal et du pèlerinage, la première est présidée par Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, longtemps membre de l’UOIF. Le vice-président de l’Amif, l’imam d’Ivry-sur-Seine Mohamed Bajrafil, favorable au voilement des fillettes et ancien espoir de Tariq Ramadan, disait en 2012 de ce dernier : « Le frère Tariq Ramadan, il est devenu porte-drapeau, mais il faudrait qu’il y en ait 36 000 [soit le nombre de communes en France à l’époque, NDLR], pour faire savoir ce qu’est l’islam, parce qu’il ne peut pas tout faire tout seul ! » Quant au président de la Fif, Ghaleb Bencheikh, ses positions rigoureusement républicaines achoppent sur ses liens avec la Ligue islamique mondiale, principal vecteur de diffusion du wahhabisme dans le monde.

Au régal de la confrérie

« Où que l’on regarde, les Frères musulmans sont en arrière-plan », observe Yves Mamou, journaliste et auteur du Grand Abandon : les élites françaises et l’islamisme (L’Artilleur). Selon lui, le président de la République n’ignore rien du dessein hégémonique de ses interlocuteurs, mais s’est avisé « qu’en France, pas plus qu’au Moyen-Orient, cette religion n’est représentable. Aussi, l’abandonne-t-il indirectement aux mieux organisés de la communauté : les Frères musulmans ». 

Dans un discours prophétique prononcé en 2016 à la Fondation Varenne, le romancier algérien Boualem Sansal disait ceci du rapport de l’Institut Montaigne, “Un autre islam français est possible”, rédigé par Hakim El Karoui : « La France est déjà très avancée dans la voie de son islamisation par un islam importé, archaïque et brutal, sectaire et haineux, affairiste et opportuniste en diable, fortement teinté de salafisme mais pas seulement, adepte du djihad mondialisé, et ces propositions généreuses inespérées vont formidablement aider à son expansion et son enracinement. » Nous y sommes.

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