MEMORABILIA

De Conflans-Sainte-Honorine à Nice : ce mal français qu’on ne saurait nommer

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Par  Jean Kedroff Publié le 29/10/2020 VALEURS ACTUELLES

Après des années de déni, la réalité s’impose à nous : une guerre civilisationnelle avec l’islam radical est en cours. Pourtant, la classe politique française s’engage plus volontiers sur d’autres fronts.

Hier soir, pour lutter contre la propagation explosive du Covid-19, le président français Emmanuel Macron a dû annoncer le reconfinement général de la nation. Pourtant, ce matin, c’est “l’autre” mal qui se rappelle au bon souvenir du président, comme s’il avait peur d’être relégué au second plan. Il s’agit d’un mal qui ne frappe pas moins les jeunes que les vieux, pas moins l’été que l’hiver, il s’agit d’un mal structurel : l’islamisme.

« La guerre »

Ce matin, moins de deux semaines après la décapitation de l’enseignant Samuel Paty, un triple attentat a été commis dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption, en plein cœur de Nice. Le quotidien local Nice-matin rapporte une attaque au couteau qui aurait fait trois morts, dont une femme de 70 ans, sauvagement égorgée. L’auteur de l’attaque répétait en boucle « Allah Akbar ». Quelques heures plus tard, deux autres attaques sont déjouées par les forces de l’ordre, respectivement à Avignon et à Argenteuil. Après s’être rendu à la basilique de Nice, le maire de Nice Christian Estrosi a posé un diagnostic sans appel : « Il est temps que la France s’affranchisse des lois de la paix ». Comprenez : le France est en guerre.

Nommer l’ennemi

Début octobre, Emmanuel Macron avait défini l’ennemi commun : le « séparatisme islamiste », après des mois de débats sémantiques animés par l’obsession de ne pas tomber dans « le piège de l’amalgame ». Il s’agit de lutter contre un « projet conscient, théorisé », selon le chef de l’Etat, « qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République ». Après la décapitation de Samuel Paty, qui avait visiblement fait l’objet d’une « fatwa » par plusieurs musulmans radicalisés, Gérald Darmanin avait de nouveau martelé : « Nous sommes en guerre ! » Cette dernière prise de conscience a donné lieu à une série de mesures : l’annonce de la dissolution de plusieurs associations à tendance islamiste, comme le CCIF ou BarakaCity, la fermeture de quelques mosquées radicalisées, comme celle de Pantin, ou encore la traque des individus ouvertement islamisés.

Le discrédit de la gauche

Il s’était pourtant trouvé plusieurs personnalités de la sphère politique et médiatique pour modérer le danger islamiste, voire le nier complètement. Certains ont ainsi préféré voir dans l’assassin de Conflans-Sainte-Honorine un « déséquilibré »isolé, tandis que le journaliste Jean-Michel Aphatie expliquait sur LCI que « ce sont des causes sociales qui incitent des gens à commettre des folies. » Quant à Jean-Luc Mélenchon, qui s’est escrimé comme il a pu pour ne pas prononcer le mot « islamisme », il a fini par déclarer qu’il y avait « un problème avec la communauté tchétchène en France » dans un raccourci aussi simpliste que maladroit. Enfin, en vertu d’une drôle de compassion inversée, Edwy Plenel a préféré déplorer l’« exécution sommaire » du jeune Tchétchène, qui aurait pourtant pu être « facilement évitée » que celle des 263 victimes de l’islamisme depuis 2012. Par ailleurs, une syndicaliste de la CGT appelait à se désolidariser des « politiciens qui veulent surfer sur les préjugés nationalistes, xénophobes et antimusulmans », lors d’une cérémonie d’hommage à Samuel Paty.

Ce déni se heurte cependant à une réalité qui ne tolère plus le mensonge. « Tout un pan de la gauche est aujourd’hui totalement dépassé et discrédité par la gravité des événements », nous confie Christian Makarian, écrivain, journaliste et directeur délégué de l’Express. De fait, la dénonciation des dangers de l’islam radical semble enfin n’être plus l’apanage de quelques “voix de ceux qui crient dans le désert”, et s’invite aujourd’hui dans le débat politique français. Mais si la prise de conscience qu’il faut agir sans plus tarder semble avoir enfin mis en branle un exécutif réticent, la question reste de savoir comment combattre le mal qui nous ronge. « Au-delà des mots, on observe les actes », remarquait, dimanche dernier, François d’Orcival. Où sont-ils ? Quelques mises en garde à vue, quelques expulsions, quelques dissolutions d’associations vont-elles déraciner un mal qui se loge dans des milliers de cœurs ?

Les faux combats

Par ailleurs, focaliser le débat sur l’importance de la « liberté d’expression » et du « droit au blasphème », n’est-il un refuge facile ? Depuis le meurtre de Conflans-Sainte-Honorine, Emmanuel Macron s’est érigé en nouveau défenseur du droit à publier des caricatures offensantes pour des millions de croyants. Pendant que Gerald Darmanin ouvre le débat sur la liberté d’expression qu’il veut « totale, même quand ça gêne », l’islamisme continue de foisonner dans les « territoires perdus de la République », se nourrissant de sa haine envers la France « impie ». Tandis que le Garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti se disait « peu convaincu » par l’utilité d’une loi visant à réaffirmer « la prééminence des règles de la République », plusieurs djihadistes préparaient les attaques de ce jeudi.

La difficile prise de conscience

L’exécutif a peur d’ouvrir les yeux sur une réalité alarmante : nous sommes entrés dans une guerre civilisationnelle, au cœur même du territoire national. « Cet attentat n’est manifestement pas téléguidé de l’étranger », a fait remarquer Darmanin à propos de l’assassinat de Samuel Paty. Ce nouveau type de djihadisme “made in France”, qu’il a schématiquement qualifié « de quatrième génération », n’est que l’aboutissement d’un processus de sécession qui s’est fait au nom d’un projet politico-religieux, en guerre avec la civilisation française et occidentale. Les lieux où se sont déroulés les deux derniers attentats ne sont pas anodins. « À treize jours d’intervalle, ce sont les deux piliers de la culture française qui ont été visés : l’école, creuset des valeurs démocratiques et républicaines, et l’église, symbole de l’héritage chrétien de la France, remarque Christian Makarian. Ces actes terroristes ne cherchent pas à défendre une identité musulmane. Ils cherchent à ébranler, par la terreur, l’édifice des valeurs sur lesquelles repose la société française ».

Le problème français

Ainsi, réticent à dénoncer l’islamisme, le gouvernement donne aux « fou de Dieu » un message de soumission. Par ailleurs, en incitant au blasphème, la France humilie des millions de musulmans, et les fédère contre la république. « Cette attitude contradictoire trahit, d’une part, l’acculturation de la classe politique française vis-à-vis du phénomène religieux, et, d’autre part, la peur de la classe politique de regarder en face le morcellement de la nation », conclut Christian Makarian. Par ailleurs, ouvrir les yeux sur l’échec patent du projet intégrateur républicain impliquerait de reconnaitre l’aveuglement, voire la complicité de plus d’une génération d’hommes et de femmes politiques français. Face à une population meurtrie par la crise économique et sanitaire, l’exécutif, angoissé par une résurgence des gilets jaunes, n’a qu’une priorité : détourner l’attention du mal qui nous ronge, pour ne pas nourrir les conflictualités. En ouvrant les vannes de l’argent public, comme cet été, ou en s’engageant pour de fausses causes. Jusqu’à quand ?

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