MEMORABILIA

Islamisme : la conquête

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Par  Mickaël Fonton Publié le 29/10/2020 VALEURS ACTUELLES

– Emmanuel Macron souhaite que les islamistes “se sentent en danger” en France. La chose serait si nouvelle, après plusieurs décennies d’aveuglement et de lâcheté, qu’elle paraît, en l’état, bien peu probable.

C’était un jour de printemps, il y a deux ans de cela. L’actualité tournait autour de l’arrestation d’une femme voilée, se perdait en controverses sur la pertinence de la loi de 2010 et rebondissait sur le “Hijab Day” organisé par Sciences Po Paris. Attablé à une brasserie de Montparnasse, Alain Finkielkraut étirait une moue navrée. « Hidjab, jilbeb, burqa, qamis… tous ces mots que nous ne comprenions pas, que nous n’aurions jamais dû comprendre et qui, pour notre malheur, nous sont devenus familiers. » Le fait est là, incontestable, qui accablait le philosophe : nous n’aurions jamais dû avoir à nous soucier des subtilités de la tenue islamique et, pourtant, nous y sommes désormais contraints.

On pourrait croire que cette contrainte est purement médiatique et qu’il suffirait, pour y échapper, de ne pas s’intéresser au sujet. L’échappatoire n’aurait qu’un temps. Il est en effet une autre contrainte, que l’on doit au même mouvement d’irruption de l’islam dans la société française et qu’il est plus difficile de négliger : la peur. La peur dans une salle de spectacle, dans un train, un avion, un hall de gare. La peur dans la rue. « Nous sommes contraints d’avoir peur, reconnaît Yves Mamou, ancien journaliste au Monde et auteur du livre le Grand Abandon, les élites françaises et l’islamismeL’angoisse est clairement un des effets de l’islamisation de la société. C’est être attentif aux véhicules qui déboulent quand on est assis à la terrasse d’un café, ou ressentir spontanément de la crainte devant tel individu qu’on croise dans la rue. »

S’il donne lieu à ces événements dramatiques et fortement mobilisateurs, on aurait tort, cependant, de croire que le problème réside d’abord dans cet extrémisme ou ce radicalisme. Car alors la solution pourrait tenir en quelques “mesures fortes” : davantage de sécurité, une meilleure recension des fichés S, l’expulsion des éléments belliqueux ou un système de reconnaissance faciale dans le métro, comme le proposait dimanche le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari. Telle est la façon de faire de nos dirigeants, le produit de leur logiciel : la République, l’État, l’administration, la communication.

Après le meurtre de Samuel Paty, Emmanuel Macron a convoqué deux Conseils de défense et multiplié les déclarations martiales. « Je veux qu’à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, les islamistes se sentent en danger », a affirmé le président français. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, s’en est pris à l’islamo-gauchisme ; Gérald Darmanin, son homologue de l’Intérieur, a dénoncé l’emprise du lobby halal (lire l’encadré). Les mesures ont fusé : on apprenait la fermeture de la mosquée de Pantin, l’expulsion (programmée…) de l’activiste Abdelhakim Sefrioui, la dissolution du CCIF, l’interpellation du patron de l’ONG BarakaCity. À ces premières actions, supposées montrer la détermination gouvernementale, se sont ajoutés des projets législatifs en bonne et due forme : “renforcement du projet de loi sur le séparatisme”, création à cet effet d’un “pôle spécialisé” (il n’en existait pas jusque-là ?), etc. Cette « volonté […] peut être contrecarrée par des obstacles juridiques et pratiques », observait toutefois le Journal du dimanche dans son édition du 25 octobre.

Les branches coupées repousseront

N’accablons pas le gouvernement, qui fait ce qu’il peut, c’est-à-dire pas grand chose. « Ces mesures sont toujours bonnes à prendre, commente d’ailleurs Georges Bensoussan, coordinateur de l’ouvrage les Territoires perdus de la République et de sa suite, Une France soumiseC’est une bonne chose de dissoudre le “collectif Cheikh Yassine”, voire d’expulser Sefrioui, de fermer telle ou telle mosquée. Le problème, c’est que tout ça va se reconstituer très vite. » Les branches coupées repousseront car le terreau dans lequel l’arbre prend racine est trop profond, trop fertile. L’écosystème islamiste est désormais trop dense pour être réduit comme fut réduit l’ETA, par capture successive de ses chefs. « Il y a toute une économie basée non sur le repli mais sur la lutte, poursuit Georges Bensoussan. Le terme de séparatisme n’est pas le bon car ils ne veulent pas vivre à part, ils veulent subvertir et conquérir. Ils ne sont à l’écart que s’ils sont faibles. En position de nombre, donc de force, le djihad n’est pas une possibilité mais une obligation. »

Or le nombre est là. Le chiffre exact fait défaut, notamment en raison de l’absence de statistiques ethniques, mais les différentes estimations (les travaux de Michèle Tribalat, de Jean-Paul Gourévitch, voire les propos de certains responsables musulmans comme Dalil Boubakeur) laissent deviner la présence en France de 7 à 10 millions de musulmans. Deux conséquences à ce chiffre : même si un pourcentage très faible (disons une personne sur cent) est animé d’intentions belliqueuses, cela donne 70 000 à 100 000 candidats au “séparatisme”. Abdelhakim Sefrioui sera vite remplacé. Surtout, untel nombre est largement suffisant pour changer la face d’une société, pour la rendre, en de nombreux endroits, étrangère à elle-même.

Quand le Conseil d’État choisit l’immigration

« Les questions à se poser pour savoir si une ville est sous emprise musulmane sont assez simples, explique Erwan Seznec, ancien journaliste à Marianne, qui vient de publier Nos élus et l’islamEst-ce qu’il y a des charcuteries ? Du jambon dans les super marchés ? Est-ce que, dans les établissements scolaires publics, il y a du porc à la cantine ? Croise-t-on des filles maghrébines non voilées ? des couples mixtes ? Est-ce que, dans le collège Pablo-Neruda du coin, on trouve encore des élèves de confession juive ? » Si la réponse est à chaque fois négative, alors le degré d’imprégnation islamiste est certainement au plus haut. « Pour moi, le signe le plus frappant, c’est l’absence de mixité, avance de son côté Georges Bensoussan. Les femmes ont disparu de l’espace public. Elles ne se trouvent plus que dans certaines boutiques de vêtements. Dans la rue, dans les épiceries et dans les cafés plus encore, il n’y a plus de femmes. Autre élément révélateur : la présence de librairies musulmanes, qui sont parfois des lieux d’endoctrinement mais dont les vitrines présentent toujours des ouvrages rassurants. »

Le constat ne fait pas peur comme fait peur la décapitation en pleine rue de Samuel Paty, mais il reste effrayant en ce qu’il traduit la mutation complète d’un univers familier, la dénaturation d’un morceau de France. « Et il n’y aura pas de retour en arrière, soutient Erwan Seznec. La mixité sociale est morte. Vous ne la verrez pas revenir de votre vivant. À Marseille, il y a des endroits où il n’y a plus que des Noirs. Ou plus que des Maghrébins. Vous imaginez ? Des collèges entiers de Comoriens… » Que peut-il bien rester de la France, dans de tels établissements ?

Le processus qui nous amenés là est connu : immigration de masse, regroupement familial, créations d’écosystèmes hexogènes d’où la langue française était de plus en plus absente. Hausse du chômage, regain du religieux (5 mosquées en 1965, 100 en 1970, plus de 2 500 aujourd’hui). Et puis toute la suite, les foulards de Creil, les émeutes de Vaulx-en-Velin, les attentats de 1995- 1996. Ce qui étonne encore, dans cette histoire cent fois racontée, c’est la diversité du déni. Tout ce qui se savait et qui a été passé sous silence. Deux exemples, au hasard : en 1990, le colonel Yves Biville livre un rapport sur les difficultés des conscrits d’origine maghrébine à s’intégrer. Ses statistiques sont éloquentes : six fois plus de violences, trois fois plus de désertions, une insubordination toujours plus grande. Haine de l’armée, haine de la France. Que fera-t-on de son travail ? Plutôt que de mettre le paquet pour soigner la maladie de la désintégration, on ira jusqu’à casser ce thermomètre un peu trop fiable en supprimant le service militaire.

Autre chose, plus proche : en 2008, un tournoi de basket “inter-mosquées” féminin interdit aux hommes est organisé à Vigneux, dans l’Essonne. La presse s’émeut d’une semblable initiative, évoque un possible sectarisme, se rassure bien vite en songeant aux kermesses d’antan. « Finalement, c’est passé comme une lettre à la poste et, aujourd’hui, des tournois inter-mosquées, il y en a pléthore », glisse Erwan Seznec.

Et quand on s’avise de protester, de décrire, d’alerter, il reste la dernière arme, patiemment fourbie ces dernières années : l’accusation (de racisme, d’islamophobie) et avec elle le procès, le jugement. « Vous me ferez relire mes citations, implorait ainsi un spécialiste. Je ne redoute pas l’agression dans la rue, je me méfie de la 17 chambre ! » À juste titre. Au-delà de quelques procès fortement médiatisés (Zemmour, Bruckner, Bensoussan), la justice quotidienne, banale, semble avoir pris fait et cause pour la personne d’origine étrangère. « Le Conseil d’État, c’est la, se désole Yves Mamou. Du regroupement familial au burkini en passant par les foulards de Creil, ils ont vraiment choisi l’immigration de masse. » Premier vice-président de la cour administrative d’appel de Paris, Michel Bouleau avait publié en 2016 une tribune dans le Recueil Dalloz. Intitulée « Les illusions du législateur », elle montrait qu’en ce qui concerne le droit des étrangers, les jugements rendus étaient très largement “humanitaires” et ne respectaient pas la loi. Ils penchaient en faveur de l’étranger. « Cette chronique est particulièrement intéressante, écrit Michèle Tribalat, dans la mesure où l’on s’imagine souvent […] qu’il suffi t de changer la loi pour infléchir la politique migratoire. » Or les personnes chargées d’appliquer cette loi la contournent. Il faudra bien plus que des mesures fortes, il faudra une révolution copernicienne. « Même si Macron voulait changer quoi que ce soit, il n’y arriverait pas », tranche Mamou. Les islamistes ont encore du temps devant eux avant de se sentir en danger.

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