MEMORABILIA

« Terrorisme islamiste : la laïcité marche sur la tête, il faut la remettre sur ses pieds. »

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Par  Vincent Coussedière Publié le 30/10/2020 VALEURS ACTUELLES.

Face à l’islamisme, le véritable défi n’est pas de faire respecter la laïcité mais de fabriquer des Français. Ce n’est pas la laïcité qui permet l’assimilation mais l’assimilation qui permet la laïcité.

D’aucuns se félicitent que la parole se soit libérée après le meurtre de Samuel Paty, celle des enseignants comme celle du président de la République, les premiers n’hésitant plus à dénoncer la pénétration de l’islamisme dans l’école, le second déclarant la guerre au terrorisme islamiste et à l’islamisme radical. Ils ont sans doute raison, nommer l’ennemi est le premier pas qui permet de mener la guerre. Mais le deuxième pas consiste à définir la bonne stratégie pour l’emporter et, sur ce point, il semble que les anciens réflexes aient rapidement repris le dessus, après la sidération produite par l’attentat. En effet, si les mesures de court et moyen terme semblent aller dans la bonne direction, les mesures de long terme se résument à une seule : restaurer et réaffirmer notre fameuse “ laïcité ”.

Après presque 300 morts causés par le terrorisme islamiste, après la construction de centaines de mosquées sur le territoire, dont la porosité avec l’islamisme est avérée, après deux lois sur le voile et la burqa, toujours contestée et fragilisée pour la première, jamais véritablement contrôlée et appliquée pour la seconde, après l’islamisation non seulement de nombreux quartiers de banlieue mais des quartiers de certaines grandes villes, où le marché halal fleurit, après les signes de contestation quotidienne de l’égalité homme-femme dans les services publics, après les menaces portant sur l’habille ment en pleine rue, après la découverte que les associations sportives sont de hauts lieux d’endoctrinement, après l’attentat contre Samuel Paty et la prise de conscience de l’abandon du terrain de l’éducation par les enseignants et leur administration, on nous ressort l’antienne de la “ laïcité ”.

Ne devons-nous pas mieux à cet enseignant, qui n’est pas seulement mort de l’islamisme mais de notre impuissance à briser son essor ? Plutôt que nous congratuler sur les vertus émancipatrices de l’école républicaine, ne devrions-nous pas nous remettre en question, et sortir définitivement de cet idéalisme de la laïcité ? Cessons de croire que c’est parce qu’elle est mal ou insuffisamment appliquée qu’elle n’est pas un rempart. Ouvrons les yeux et assumons qu’elle n’a été qu’une sorte de ligne Maginot face à l’islamisation, masquant notre impuissance et nous donnant la bonne conscience d’avoir “ agi ”.

Stopper l’islamisation avec la laïcité est un défi qui s’apparente beaucoup à celui qui consisterait à vouloir vider lamer avec une petite cuillère.

Notre dernière trouvaille, pour nous persuader de la pertinence de notre laïcité, est de nous dire qu’elle est la raison pour laquelle les islamistes ont fait de nous leur cible privilégiée. Nous nous trompons. C’est parce que nous sommes faibles que nous sommes attaqués, et nous sommes faibles en raison d’une laïcité qui marche sur la tête, ou qui, comme le baron de Münchhausen, croit pouvoir se tirer par les cheveux du marasme où elle s’enlise. Il est plus que temps d’appliquer à la laïcité la méthode que Marx appliqua à la dialectique hégélienne. Il est plus que temps de constater que la laïcité “ marche sur la tête ”, et qu’il faut la “ remettre sur ses pieds ”.

Comment remettre la laïcité sur ses pieds ? En cessant de croire qu’elle peut se fonder elle-même, et en la reconduisant au contraire à ce qui la fonde : la nation française et la lente sédimentation de mœurs partagées au cours d’une longue histoire. Placer la loi du peuple au-dessus de la loi de Dieu, remettre la religion au second plan en la reléguant davantage dans la sphère privée et en réclamant la discrétion de son expression publique, tout cela était possible pour un peuple dont la construction avait cessé d’être essentiellement religieuse pour devenir nationale.

Le fondement de la laïcité, ce n’est rien d’autre que la nation.

Si l’on veut refabriquer de la laïcité, il faut refabriquer des nationaux. Or le silence des commentateurs politiques sur ce point est proprement effrayant et abyssal, si l’on excepte la courageuse et brillante Marion Maréchal.

La véritable question n’est pas celle de la laïcité, le véritable défi n’est pas d’expliquer la laïcité, mais de se demander pourquoi il faut désormais l’expliquer, de se demander pourquoi elle ne va plus de soi. Elle ne va plus de soi parce que nous avons renoncé à fabriquer des Français qui assimilent la France et, donc, la laïcité.

Le véritable défi est là, et nous nous le masquons, effrayés par son ampleur : nous disons “ guerre contre le terrorisme islamiste ” pour ne pas dire “ islamisation ” et “ immigration ” ; nous disons “ laïcité ” pour ne pas dire “ assimilation ”.

Nous continuons, en bons “ républicains ”, de nous bercer de l’illusion que c’est la laïcité qui va permettre l’assimilation, alors que c’est l’assimilation qui permet la laïcité.

Il faut remettre la laïcité sur ses pieds, c’est-à-dire sur son socle historique : l’assimilation à la française.

* Vincent Coussedière est philosophe.

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